La rue de Saint Malo : la vie ou la mort !
Mireille Cann, présidente de « Vivre la Rue » veut alerter l’opinion et les élus

Mireille, à « Vivre la rue », vous avez des soucis, des préoccupations actuellement, il vous semble que l’avenir de cette rue très particulière, qui fait partie vraiment de l’histoire de Brest, n’est pas encore garanti ?
On pensait que c’était bien parti, que çela allait suivre un cours vers la restauration et là depuis quelques mois c’est l’inquiétude, à nouveau. Des géomètres sont venus, ils ont fait tous les relevés topographiques, ils vont encore revenir, un géomètre de Lyon est venu avec un appareil très sophistiqué. Il va y avoir un plan en trois dimensions de la rue ; mais on ne sait toujours pas pourquoi faire. Il y a quelque chose qui se prépare, il y a des gens qui savent ce qui va être fait ...
Et parallèlement il y a des maisons qui risquent de s’effondrer ?
Oui, oui, ce que l’on demande depuis si longtemps, c’est à dire de faire les petits travaux quelquefois qui suffiraient pour maintenir un pignon, pour sauver une cheminée, ceux-là ne sont pas faits. Cela fait des années que l’on alerte les élus là-dessus, sur les dégradations. L’année dernière à plusieurs reprises, j’ai posté, au maire, des photos des nouvelles fissures. Je les mettais en face de leurs responsabilités en disant un accident peut arriver, on a vu en 2003 un pignon s’écrouler, c’était la nuit, tant mieux ...
En plus vous êtes prêts à participer, à donner votre contribution à cette réhabilitation ?
Bien sûr, nous ne travaillons que là-dessus. Nous avons trouvé des tas de gens qui sont très intéressés à travailler là-dessus, notamment on imagine évidemment de refaire ça en bio construction puisque c’était construit comme ça !
Ca suffit le béton à Brest ! On en a marre ! Les vieilles maisons en pierre, terre, chaux, résistent très, très bien au temps. Ce n’est pas le temps qui a démoli ces maisons, ce sont les dégradations ici, ce sont les personnes qui ont dégradé ( toitures volées), (incendies et dégradations volontaires) Notre projet en bio construction c’est un projet sain, en même temps ça permettrait de faire un chantier école, d’initier. Notre projet de bio construction avec un chantier école, avec ses techniques particulières peut- intéresser les écoles notamment celles qui font du bâtiment. Le lycée Dupuy de Lôme est déjà intéressé.
Il n’est pas spécialement coûteux en plus ?
Mais beaucoup moins ! Un sac de chaux de 40 kgs vaut 8 euros, les pierres elles sont là, la terre il y en a, il y a ce qu’il faut, maintenant il faut couvrir ces toitures comme elles étaient , à l’ancienne ! C’est-à-dire avec du zinc qui ne coûte pas cher du tout non plus.
Cela peut-être un exemple ?
Cela peut être un chantier intéressant, il y en a d’autres qui vont venir voir, une rue comme ça qui se rebâtit avec les moyens, les mêmes qu’avant et qui se révèlent être les meilleurs encore aujourd’hui. Cela peut être un exemple unique et ça coûterait pas cher, il y un centre de formation qui s’appelle Archibio qui est très intéressé pour venir travailler ici et des jeunes architectes qui aimeraient acquérir ces techniques viendraient bien ici aussi se former .
Mais si rien n’est fait là qu’est-ce qu’on peut imaginer ?
Un jour, des gens envoyés sans doute par la CUB vont décréter que les maisons sont trop dégradées et qu’il faut maintenant les faire tomber en gardant quelques petits murs comme ça pour faire joli ! Je sens ça très proche le moment où ils vont nous dire qu’il faut partir , pour cela on va avancer des raisons de sécurité, c’est évident !
Et on arriverait à un paradoxe extraordinaire parce qu’on verrait le quartier des Capucins, vivre, renaître, et puis la rue de Saint-Malo quelque part végéter, ou quasiment disparaître ?
Oui, oui ! Un petit décor comme ça en passant, mais plus un lieu de vie plus un lieu de création,quelque chose de mort de fini !
Cela ne racontera plus rien aux gens. Là, maintenant, on voit encore les habitats populaires, on voit où vivaient les ouvriers, on voit que c’étaient des petites maisons, que des familles entières vivaient dans une pièce.
Cela fait beaucoup réfléchir les enfants que l’on reçoit ici, parce que on reçoit beaucoup les enfants de beaucoup d’écoles, certains ados viennent là aussi. Soudain ils prennent conscience que le téléphone portable c’est très récent en fait et qu’il n’y a pas si longtemps des gens vivaient entassés dans des pièces sans eau. On leur explique l’histoire de ces gens qui vivaient là il n’y a pas si longtemps, il y en a qui sont encore en vie pour le raconter. Je pense que c’est nécessaire de montrer aux jeunes que la vie n’a pas toujours été comme elle est aujourd’hui .
On ne peut pas reconstruire une ville ou faire un nouveau quartier qui serait alors le centre de Brest sans prendre en compte tout le vécu, tout ce qu’il y a eu avant. Ou alors on va droit au mur. Il faut tenir compte du passé et du présent de ce qu’il y a aujourd’hui, Le plateau des Capucins c’est magnifique ! C’est très intéressant, moi je vois des tas d’artistes à Brest. Brest pullule d’artistes, mais la plupart n’ont pas de lieu pour travailler. J’espère qu’ils vont pouvoir travailler là, dans une de ces nefs magnifiques qui appellent à la création.
Nous on est là et on a envie de continuer à être là parce qu’on a encore plein de projets, c’est bouillonnant de projets ici, il n’est pas question de partir ! Moi çela fait 14 ans passés maintenant, que je vis dans cette maison, je ne vais pas me laisser exiler , c’est ici qu’on vient demander des renseignements sur la rue et c’est ici que viennent les étudiants, on a de nombreux stagiaires je ne vais pas les recevoir dans un appartement .
Selon toi, il manque encore une vraie volonté politique de la part des élus locaux ?
Je viens de rencontrer Jacques Quillien, maire adjoint du quartier. Il me parle du projet mille pattes (espace de lien,social). Oui ! Cela serait bien mais on aimerait bien aussi un espace multimédia dans le coin, ce serait bien pour le quartier. Notre PAPI (point d’accès Internet) ici marche très bien et les gens viennent ici dans ce PAPI, venir simplement au PAPI de Vivre la rue, c’est l’occasion de discuter de boire un café, c’est convivial. Il ne faut pas qu’on parte d’ici !
Sur l’histoire de la rue de Saint Malo, retrouvez Mireille Cann


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