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Villes tentaculaires et agriculture péri-urbaine sont-elles compatibles ?

A l’échelle mondiale, près d’un hectare de surface de terre agricole disparait chaque seconde. Jusqu’à 30 millions d’hectares de surfaces cultivées sont perdus chaque année du fait de la dégradation de l’environnement, de l’industrialisation et de l’urbanisation, soit l’équivalent de la superficie de l’Italie.

En France, chaque année, plus de 600 000 hectares de terres agricoles sont transformées en zones goudronnées et/ou bétonnées : des routes, des voies de TGV, des zones d´activité ou encore des terrains à bâtir.

Sur le territoire de Brest Métrople Océane, le mouvement est le même Du fait de l’urbanisation, 45 hectares de terres agricoles vont disparaitre dans le secteur de la Fontaine Blanche, la ferme biologique de Traon Bihan sera, du coup, amputée d’une quinzaine d’hectares.

Parallèlement, le nombre d’exploitations est en constante régression, les terres agricoles, sont la plupart du temps monopolisées par l’extension et la concentration des exploitations, c’est le cas un peu partout, notamment dans le Finistère.

Depuis peu, cependant, on commence à assister aujourd’hui à une prise de conscience de l’importance de préserver les surfaces agricoles.
Les villes commencent à reconsidérer l’agriculture périurbaine comme un simple moyen d’entretenir la nature mais bien comme une opportunité de nourrir les habitants des villes toutes proches. Elles conçoivent les zones agricoles comme indispensables à son équilibre : espace de loisirs, production de proximité de ressources alimentaires, réservoir écologique, qualité paysagère, épandage de ses déchets organiques...

L’agriculture péri-urbaine représente des enjeux particulièrement importants :

un enjeu climatique :

Soutenir
l’agriculture péri-urbaine est un bon moyen de réduire les émissions de gaz à effet de serre. A ce titre elle doit figurer dans tout Plan Climat territorial.
Consommer local, c’est réduire les déplacements liés à l’acheminement des denrées alimentaires.
Favoriser dès aujourd’hui l’agriculture périurbaine permet également d’anticiper sur la future hausse du prix des hydrocarbures qui ne pourra être que répercutée sur le prix des denrées alimentaires venant de loin.

Autre effet bénéfique : les milieux urbains présentent
notamment une particularité thermique appelé « îlot de chaleur urbaine » (ICU), sorte de dôme d’air plus
chaud couvrant la ville, pouvant atteindre une différence de température de 10° entre l’air de la ville et celui
de la campagne environnante. Or, les études et modélisation actuelles montrent que le maintien d’une
végétation environnante, notamment l’agriculture périurbaine (maraichage…) permet de réduire de façon
significative la température régnant en ville et donc d’améliorer le confort urbain.

un enjeu de biodiversité

La biodiversité se concentre essentiellement dans les espaces boisés
et agricoles ainsi que dans les milieux aquatiques.
La diversité des milieux, par leur interpénétration, les interfaces (haies, lisières, chemins, cours d’eau,…) favorise fortement la biodiversité.
L’agriculture biologique, en particulier, est un élément favorable à la biodiversité.

un enjeu pour l’emploi et l’insertion des publics en difficulté

L’agriculture périurbaine est une agriculture qui nécessite un nombre relativement important d’emplois à
l’hectare, annuels et saisonniers. Du fait de sa proximité des zones d’habitat, ces emplois sont accessibles
à un large public. De plus, ces emplois nécessitent un faible niveau de qualification à l’embauche, mais
permettent d’acquérir de véritables savoir-faire (un débouché possible pour des populations en difficulté d’insertion sur le marché du travail).

La commercialisation de proximité durable est une source d’emplois supplémentaires non négligeable.

L’initiative de Terres en villes

Terres en Villes qui anime un réseau d’échanges national sur l’agriculture péri-urbaine et les moyens de l’accompagner, est un exemple d’un début de prise de conscience.

C’est le 15 juin 2000, que « Terres en Villes » des élus intercommunaux et des responsables agricoles, créent .
Cette association, paritaire entre élus et responsables agricoles, regroupe aujourd’hui 23 aires urbaines, chacune étant représentée par l’intercommunalité et la Chambre d’agriculture :
Aix-en-Provence, Amiens, Angers, Aubagne, Besançon, Caen, Chambéry, Grenoble, Ile-de-France, Lille, Lorient, Lyon, Ceinture Verte de Mancelle, Nancy, Nantes, Perpignan, Poitiers, Rennes, Saint-Etienne, Saint-Nazaire, Strasbourg, Toulon, Toulouse.

L’exemple de Nantes Métropole

Avec un territoire marqué par 15 000 ha de zones agricoles et 15 500 ha de zones naturelles (dont 9 500 ha de zones humides), l’activité agricole reste une activité économique importante, avec près de 330 exploitations, 1 400 emplois directs et une très grande diversité de productions et des produits locaux emblématiques.

Malgré une extension urbaine rapide, Nantes Métropole mène une véritable politique de développement et de soutien à l’agriculture périurbaine. Elle s’est fixée plusieurs objectifs :

  • garantir la pérennité des espaces agricoles,
  • maintenir l’usage agricole des terres et des sièges d’exploitation,
  • mettre en place un observatoire agricole, avec un travail spécifique à poursuivre sur le foncier,
  • conforter l’activité économique et l’équilibre ville/campagne avec le développement de la vente directe et des circuits courts : soutien à des fermes communautaires (points de ventes collectifs comme la ferme de la Ranjonnière - magasin de producteurs situé dans un bâtiment appartenant à la communauté urbaine de Nantes),
  • soutenir le défrichage des terres susceptibles d’être à nouveau cultivées,
  • soutenir une agriculture de qualité respectueuse de l’environnement, en cohérence avec la politique de l’eau et de préservation des milieux aquatiques,
  • promouvoir une agriculture contributrice au plan climat, en favorisant la valorisation énergétique des ressources et la production des énergies renouvelables

Autre exemple : celui de Lille

En métropole lilloise, la Communauté urbaine, la Chambre d’agriculture du Nord et leurs partenaires privilégient 3 grands axes :

- la protection des espaces agricoles grâce au PLU (Plan local d’Urbanisme) communautaire et à l’intervention foncière

- le soutien au maraîchage lillois et au marché d’intérêt national,

- la mise en valeur d’espaces agri-naturels métropolitains et leurs circuits de ferme.

Mais on ne résumer les actions entreprises à ces deux exemples phares, d’autres villes agissent :

- la protection rigoureuse des espaces agricoles et de l’armature verte grâce au SCoT (Rennes, Grenoble…), au Schéma Général des Espaces agricoles et Naturels périurbains en pays voironnais, aux projets nature dans le Grand Lyon, au plan paysager à Angers, à l’élaboration de PAEN (Grand Lyon, Saint-Etienne…) voire de zones agricoles protégées à Vernouillet en Ile-de-France,

- les actions agri-environnementales comme l’opération « l’éleveur et l’oiseau » dans la zone Natura 2000 des basses vallées angevines,

- la circulation des engins agricoles comme à Marne Gondoire en Ile-de-France,

- l’installation agricole périurbaine comme dans l’Est toulousain avec le lotissement maraîcher, à Aubagne avec les prêts à taux
zéro,

- l’organisation des marques collectives, de plate forme regroupant l’offre de produits locaux (Grenoble, Aix en Provence, Perpignan…)

- le développement de la commande publique de la restauration collective (Besançon, Grenoble, Rennes…), la création de
légumerie (Lorient, Grenoble) et l’agro-alimentaire (Amiens,
Saint-Etienne…),

- la relance des marchés de détail comme le FISAC grenoblois, le développement des AMAP et de la production biologique,

- les nombreuses actions favorisant les échanges entre agriculteurs et citadins comme « de la vache à l’assiette » à Angers ou la semaine du goût de l’Y Grenoblois.

Ces actions des collectivités sont porteuses d’espoirs, mais il est clair que beaucoup reste à faire pour espérer inverser la lame de fond qui détruit nos terres agricoles. Il ya urgence car bientôt, il sera trop tard pour se poser la question, il n’y aura plus de terres agricoles à proximité des centres urbains. L’activité agricole sera cantonnée à certaines zones, loin des villes (peut être même dans certains pays du sud ), les produits alimentaires standardisés seront acheminés à grands frais avec un bilan CO2 désastreux.

Le voulons-nous ?

Posté le 5 décembre 2011 par Christian Bucher
©© Brest-ouvert, article sous licence creative common info
Nouveau commentaire
  • Décembre 2011
    15:00

    Villes tentaculaires et agriculture péri-urbaine sont-elles compatibles ?

    par Chris Perrot
    L’exemple nantais présenté dans l’article ne met pas en avant le projet d’Aéroport de Notre Dame des Landes qui sacrifierait au bétonnage 1700 hectares de terres agricoles.