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L’usine Cargill à Brest, ses nuisances et ses risques : l’arrêté du préfet du Finistère veut mettre fin à de graves dérives

L’usine brestoise : un élément du puzzle de l’empire Cargill

L’usine de trituration du soja et de colza, située dans la zone portuaire de Brest, appartient au groupe Cargill. Ce groupe est la première société privée familiale américaine, le n° 1 des exportateurs américains de céréales. Cargill emploie près de 99000 personnes, possède 1000 installations dans 63 pays.

Ses activités couvrent le commerce de produits tels que céréales, café, coton, caoutchouc, sucre et pétrole, le commerce de produits financiers, transformation alimentaire, production de semences, d’alimentation et d’engrais.

En 2000, son chiffre d’affaire mondial était de 49, 5 milliards $ (360 milliards de F). En France, de 9 milliards de F.

En Europe, Cargill est le plus grand transformateur d’oléaginaux avec une part de marché située entre 25 % et 35 %. L’industrie de la trituration et du raffinage des huiles en Europe est d’ailleurs détenue à 90 % par les groupes américains Cargill, ADM et Bunge.

En France, Cargill effectue le commerce de matières premières agricoles, la transformation de malt, des oléagineux et de viande de volaille, la vente d’ingrédients alimentaires et la vente de produits financiers.
Cargill y a plusieurs sites industriels : Orléans, Saint Germain en Laye, Strasbourg, Chateau Gontier
et les 2 usines de trituration de soja et de colza à St Nazaire et Brest.

Dans ces usines, colza, graines de tournesol et les fèves de soja sont transformés en huile destinée à l’alimentation, aux usages industriels, et ajoutés dans l’alimentation animale.

Le soja transgénique arrive en masse au port de Brest porte d’entrée de la majeure partie des OGM qui arrivent en France. En quelle quantité exactement, on ne le sait pas, là aussi "circulez, il n’y a rien à voir". En novembre 1999 déjà les militants de greenpeace s’étaient enchaînés aux grilles de l’usine de Brest pour s’opposer aux importations de soja transgéniques.

Les militants de Greenpeace devant les grilles de l’usine de Brest en novembre 1999
photo Greenpeace

Les Verts du pays de Brest, lors de leur conférence de presse du mercredi 29 septembre ont réclamé une information sur l’entrée des végétaux OGM au port de Brest.


Une usine Cargill brestoise décidée à produire toujours plus, coûte que coûte

"CARGILL s’engage à mener ses activités dans le respect de la législation en vigueur et avec le souci permanent de préserver l’environnement " : peut-on lire sur le site de Cargill France.

Depuis des années, bruit permanent, odeurs nauséabondes, poussières,etc... sont le lot quotidien des riverains du port de Brest (voir les interviews de Monsieur Youinou et de Madame Urien).

Le décalage est immense entre ce slogan "publicitaire" et la réalité vécue à Brest.

L’environnement, le cadre de vie, les risques industriels, la santé publique, le respect du droit, autant d’éléments négligés dans le fonctionnement de l’usine Cargill de trituration de soja et colza, installée à Brest dans la zone portuaire.

Cette réalité navrante, ce sont d’abord les riverains qui doivent l’endurer (bruits, odeurs, poussières,...) au quotidien. Elle est confirmée totalement par la lecture de l’arrêté du préfet du Finistère du 9 avril 2004 et celui du compte-rendu du Comité d’Hygiène Départemental (18 mars 2004), qui nous livrent un certain nombre d’informations que les brestois et le reste de la population, sont en droit de connaitre.

Depuis une dizaine d’années, l’usine de trituration de soja et de colza de Brest avait progressivement augmenté sa capacité de production, avec une accélération les 2-3 dernières années pour atteindre 660 081 tonnes pour l’exercice 2001/2002 et 739 974 tonnes pour l’exercice 2002/2003(soit une augmentation de 65%). Alors même que cette usine n’a d’autorisation que pour une capacité de 450 000 tonnes par an (2000 tonnes/jour en soja et 1500 tonnes/jour en colza).

Suite aux nombreuses plaintes des riverains, un premier arrêté préfectoral, en date du 26 février 2003, met en demeure la Société CARGILL FRANCE de déposer un dossier de demande d’autorisation, en régularisation, au titre de l’extension de ses activités de trituration de soja et de colza dans son usine de BREST, et ceci dans un délai de trois mois.

Sous cette contrainte, la Société CARGILL FRANCE introduit une demande de régularisation de sa production de son usine de trituration de Brest en mai 2003. Demande si mal rédigée et argumentée que le préfet est obligée d’exiger, à nouveau, de l’entreprise, toujours dans un délai de trois mois, les informations manquantes.

La réponse de la direction Cargill France, parvenue 6 mois après (courrier en date 16 décembre 2003), n’apporte pas les réponses attendues. Le préfet parle même "tant sur le forme que sur le fond de graves lacunes" :
- absence d’informations concernant la gêne olfactive
- absence d’informations permettant d’évaluer les nuisances sonores
- absence d’une étude globale sur les risques liés à l’ensemble des activités de l’usine, des produits dangereux quotidiennement utilisés (gaz naturel, hexane, poussières combustibles) susceptibles d’être à l’origine d’accidents graves (explosion, incendie). Cette d’étude de danger est pourtant une disposition réglementaire relative à la loi de 19 juillet 1976 relative aux installations classées.

L’attitude de la direction de Cargill France et de ses représentants locaux faite "d’irresponsabilité environnementale et sanitaire", d’absence de volonté d’informer la population et les pouvoirs publics sur la réalité des nuisances et des risques encourus, est particulièrement choquante.

Elle l’est à un point tel que le représentant des industriels exploitants des installations classées n’hésite pas à déclarer lors du Conseil Départemental d’Hygiène du 18 mars 2004, "qu’il est atterré par l’attitude des industriels et leur manque de conscience du risque".

Aujourd’hui, plus de trois mois se sont écoulés depuis la date de mise en oeuvre de dernier arrêté préfectoral , il serait temps de faire le point sur les prescriptions bien précises :

- concernant le contrôle de la production limitée au chiffre initial de 450 000 tonnes : "L’exploitant communique à l’inspecteur des Installations Classées, une fois par mois, avant le 2 du mois suivant, un état des triturations journalières respectivement en soja et en colza".

- concernant les odeurs : "L’établissement est aménagé et équipé de telle sorte qu’il ne soit pas à l’origine de nuisance olfactives pour le voisinage" (...)
"Les gaz odorants générés par l’établissement sont collectés, canalisés puis, au besoin, traité dans des installations d’épuration appropriées maintenues en permanence en bon état de fonctionnement".

- concernant le bruit : "L’exploitant fait réaliser, à ses frais, par un organisme reconnu pour ses compétences, à une évaluation des émergences imputables à ses activités, de jour, en période intermédiaire et de nuit" (...) "Les résultats de cette évaluation complétés, au besoin, des mesures correctives correspondantes, du calendrier de mise en oeuvre, sont transmis à l’Inspecteur des Installations classées ".

- concernant les dangers : "L’étude des dangers définit les mesures d’organisation et de gestion pertinentes pour la prévention de ces accidents et de leurs effets.
L’ étude des dangers intègre, non seulement les unités de fabrication et de stockage, mais aussi les infrastructures et les activités connexes aux installations. L’étude des dangers doit permettre, indépendamment de l’analyse et de la prévention des risques :
- de fournir les éléments nécessaires à la préparation du Plan de Secours Interne (PSI) et, au besoin, du Plan de Secours Spécialisé (PSS) ;
- de définir les règles nécessaires à la maîtrise de l’urbanisation".

Le risque allergène non pris en compte

C’est d’autant plus regrettable que l’arrêté du préfet ne fasse référence au risque allergène du soja. Il est réel et important.
Le soja est un allergène très puissant. . Des allergènes majeurs impliqués ont été détectés dans la gousse du soja. Il est aujourd’hui considéré par le corps médical comme un "allergène d’origine alimentaire classique". Lorsqu’il est inhalé, sous forme de poussières, notamment lors des opérations de déchargement dans les ports, il peut provoquer des cas d’asthme épidémique qui ont été observés à Barcelone, Carthagène, Tarragone, Valence, La Corogne, Naples, la Nouvelle Orléans et enfin en Nouvelle Zélande . On a enregistré des cas mortels, causés par une anaphylaxie (choc allergique).

Des résultats et vite !

Aujourd’hui, la population ne comprendrait pas et n’acceptera pas que les délais des prescritions préfectorales ne soient pas respectées ; elle veut connaître tous les résultats d’analyse (odeurs, bruits) qui devront être rendus publics et exige la mise en oeuvre de dispositions techniques (filtres,...) remédiant aux insupportables nuisances et limitant au maximum les risques auxquels elle est exposée.

Posté le 21 octobre 2004 par Christian Bucher
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Nouveau commentaire
  • Septembre 2005
    19:03

    > L’usine Cargill à Brest, ses nuisances et ses risques : l’arrêté du préfet du Finistère veut mettre fin à de graves dérives

    par Hélène
    Bonjour, N’étant pas de Brest, j’ai emménagé rue Poullic ar lor début aout, et depuis environ 2 semaines je remarque un bruit sourd qui n’éxistait pas auparavant. Est il du à cette usine cargill ? comment se fait il qu’il n’existait pas pendant le mois d’aout ? Je vous remercie de votre aide ! cordialement, Hélène