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Deux tiers des tourteaux de soja importés en France sont des OGM !

Dans une conférence de presse récente, les Verts du pays de Brest demandaient à ce que la population connaisse la part de soja OGM débarqué dans le port de Brest, qui est, avec Lorient et Nantes-Saint Nazaire, la porte d’entrée des centaines de milliers de tonnes de tourteaux de soja importés chaque année en France pour l’alimentation animale (bovins,...).

C’est bien pour cela que les deux usines de transformation de soja du groupe américain CARGILL se trouvent à Saint Nazaire et Brest (avec les nuisances que l’on connaît).

L’Europe a progressivement capitulé devant le soja importé en masse des Amériques et n’a pas cherché à développer une filière de production européenne. Du coup l’Europe a perdu la possibilité de choisir véritablement de s’approvisionner en soja non transgénique, car elle n’a plus les cartes en mains.

Déjà 2/3 du soja importé est OGM et le Brésil, longtemps terre sans OGM, est en train de suivre le mouvement de fond vers la production transgénique sous la formidable pression des multinationales de l’agro-alimentaire.

L’insuffisante criante de l’Europe en production de protéines végétales !

En protéines destinées à l’alimentation animale, l’Europe n’est autosuffisante qu’à 25%. Pour la seule année 2000, l’Union Européenne a consommé 67 millions de tonnes de matières riches en protéines, pour nourrir son élevage. la même année elle n’en a produit sous forme de protéines d’origine végétale que 12 millions de tonnes.

Une importation massive aux 2/3 transgéniques !

Le soja, très riche en protéines, est massivement importé des trois principaux pays producteurs ( les États-Unis, l’Argentine et le Brésil). L’Europe n’a donc pas fait le choix de pousser d’autres cultures riches en protéines, telles que le lupin, les pois etc...

Le soja OGM passe inaperçu dans la chaîne alimentaire, car les produits animaux - viande, lait et oeufs - ne sont pas soumis à l’étiquetage obligatoire des OGM.

les militants de greenpeace devant l’usine Soja de Brest en novembre 1999
photo Greenpeace

Deux tiers des tourteaux de soja importés en France sont aujourd’hui génétiquement modifiés(chiffres issus d’une analyse du ministère de l’Agriculture établie sur des statistiques de l’année 2003) et cités par la revue Agreste primeur, (numéro 153) novembre 2004

Cette étude révèle aussi que si 59 % des industriels de l’aliment du bétail proposent une offre sans OGM, seuls 12 % d’entre eux offrent une garantie sans OGM pour l’ensemble de leurs productions.

En général ce sont les petites structures qui font le choix du sans OGM, pas vraiment par choix "écologique" mais le plus souvent parce qu’elles n’ont pas les capacités de stockage permettant de séparer deux lots, avec et sans OGM. 

Au total, un quart des fabrications - soit 5,8 millions de tonnes - répondent à un cahier des charges exigeant l’absence d’OGM. Le coût du choix de cette absence est estimé à 10 euros supplémentaires par tonne de tourteaux de soja négociée autour de 175 euros la tonne.

Certaines entreprises de transformation ou de distribution assume ce surcoût, et ont fait le choix que leurs produits animaux soient exempts d’OGM. Ainsi, l’entreprise Carrefour possède sa propre filière d’approvisionnement qui représente 25 à 27 000
tonnes de soja importé par mois.

Le Brésil succombe à son tour au soja transgénique !

Ces entreprises se tournent alors vers le Brésil, deuxième producteur mondial, seul pays à cultiver encore majoritairement du soja conventionnel. Mais cela ne pourrait ne pas durer.

Car au Brésil, la lutte est inégale entre d’un côté, des millions de petits paysans luttant pour préserver leur terre et leur indépendance et de l’autre, des multinationales semencières. L’Etat du Rio Grande do Sul, région de monoculture intensive, premier producteur et exportateur de soja du Brésil, lui-même au deuxième rang mondial, est le lieu d’affrontement principal.

Les lobbies pro-OGM y font une énorme pression pour abroger la loi fédérale, qui interdit la production et la commercialisation d’aliments transgéniques.

Déjà, on estime que sur la campagne 2005-2006, près de 50% du soja brésilien devrait être génétiquement modifié.

L’Europe doit reprendre la main. Mais le veut-elle ? Le peut-elle ?

La solution passe sans aucun doute dans une plus grande indépendance de l’Europe en matière de production de protéine d’origine végétale. De ce point de vue on ne peut que constater avec regret que les protéagineux très riches comme le pois, féverole, lupin, ( richesse en protéines du lupin 38 à 42 % contre 23 à 26 % pour les pois et 28 à 32 % pour la féverole) ont été les cultures les plus touchées par les réductions de surface. La réforme de la Pac de 1993 avait donné un premier coup de frein à leur culture en Europe. La réforme Agenda 2000 a provoqué un nouveau recul.

Dans l’UE à quinze, quatre pays seulement se sont lancés de manière significative dans la production de protéagineux. La France est de très loin le premier producteur européen, avec à elle seule 60 % de la production de l’UE, essentiellement à partir de pois, suivent ensuite Le Royaume-Uni devant l’Allemagne et le Danemark.

On note en France un petit regain d’intérêt pour la féverole (18 000 ha en 2000) et le lupin (10 000 ha en 2000).

Le lin oléagineux qui contient une proportion importante d’acide gras oméga 3, commence à être recherché pour l’alimentation des animaux. On estime que les besoins de production de lin pourraient monter à 50 000 ha.

Le soja français voit aussi ses superficies augmenter (130 000 hectaires).
Une filière « Soja de Qualité » avec une garantie d’origine et de qualité (semences non OGM) a été créée.

Mais comme cette production engendre des coûts supplémentaires de l’ordre de 20 %, elle a besoin de financements extérieurs.

La région Languedoc-Roussillon propose désormais une aide à l’hectare de soja produits dans la région selon des normes agri environnementales. L’Auvergne a décidé de financer 50 % du coût des semences de pois, de soja (non OGM), de féverole, de lupin et de luzerne.

Une série d’initiatives régionales qui devrait intéresser fortement les élus régionaux en charge de la mise en oeuvre du choix de la nouvelle majorité du conseil régional de Bretagne d’aller "vers une Bretagne sans OGM dans l’assiette" .

Posté le 22 novembre 2004 par Christian Bucher
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Nouveau commentaire
  • Novembre 2004
    19:25

    > Deux tiers des tourteaux de soja importés en France sont des OGM !

    par Marc PION

    Des solutions existent

    La dépendance aux protéines végétales est surtout le fait de l’indusrialisation de l’agriculture.Si la majorité du soja sert à nourir nos poulets et nos cochons, il faut remettre en cause la quantité d’ animaux produits en Europe. De même l’hyper industrialisation de la production laitière avec la généralisation du maïs entraine une consommation accrue de soja (chaque ha de maïs "consomme" 5 T de soja).

    Pourtant de nombreux paysans utilisent des systèmes sans soja importé. Aujourd’hui ce sont surtout des producteurs laitiers qui, avec de l’herbe comme fourrage, n’ont pas besoin de complément azoté. Mais certains producteurs de porcs et de volailles montrent qu’avec de petits volumes de production on peut limiter l’utilisation du soja à moins de 10% de la ration ( soit - 2 fois de la normale).

    C’est ce genre d’initiatives qu"il faut généraliser car du soja qu’il soit OGM ou pas reste une matière première couteuse et surtout très nocive pour les petits paysans brésiliens, argentins ou américains...