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Le combat d’Eugène Riguidel, le marin rebelle et libre, citoyen du monde

Le 3 octobre dernier, de nombreux militants opposés au nucléaire attendent l’arrivée de 140 kg de plutonium militaire américain à Cherbourg.

A l’occasion d’une répétition de sortie en mer de la flottille antinucléaire, Eugène Riguidel et 2 militants de Greenpeace (Jon Castle et Pernillia Svenberg) en même temps que deux militants de Greenpeace (Jon Castle et Pernillia Svenberg) pour avoir dépassé les bouées délimitant la zone militaire du port de Cherbourg à bord de « La Rieuse », voilier de 5 m 50. Ils seront interpellés et gardés à vue pendant 24h. Leur procès est fixé le mardi 30 novembre à 17h au palais de justice de Cherbourg.

Ce mardi 30 novembre, le Réseau "Sortir du nucléaire" appelle à la mobilisation et invite la population à soutenir Eugène Riguidel et ses 2 co-accusés et de venir :

* à midi, rassemblement sur le port de plaisance de Cherbourg,

* vers 15 h 30 : départ du cortège pour se rendre jusqu’au Tribunal,

* à partir de 16 h : rassemblement devant le Tribunal de Grande Instance de Cherbourg (situé au 15, rue des Tribunaux).

Formé à l’école Tabarly, Eugène Riguidel, fait partie de la légende de la voile française. Sa trajectoire est plus proche d’un Bernard Moitessier que d’un de Kersauzon. Après sa victoire dans la Transat en double, en 1979. Il a renoncé à la course en 1985, pour prendre le temps de vivre selon ses critères à lui. Aujourd’hui il a 64 ans mais il a plein de projets libertaires en tête, et puis sa jeune épouse et sa fille de 8 ans lui donnent chaque jour le goût de la vie. Il ne se veut pas être un leader, ni même une référence, il veut agir en homme libre pour un monde de paix, sans nucléaire.

Eugène Riguidel était le jeudi 25 novembre à Brest, port d’escale de son périple maritime qui le mènera d’Etel à Cherbourg pour son procès. Simplement, aves ses mots, il a expliqué le sens qu’il entend à sa vie toute entière.

Eugène Riguidel, peux-tu nous raconter les circonstances qui t’amènent à être présent à Brest aujourd’hui (NDLR : le 25) où tu es en escale à l’occasion d’un périple maritime d’Etel à Cherbourg ?

Déjà je vais vous dire merci, ça a été très sympa effectivement de pouvoir s’arrêter à Brest et de rencontrer des gens qui ont les mêmes idées et qui ont adopté la même attitude.

C’est vrai que j’ai adhéré à la flottille de la paix (NDLR :NUCLEAR FREE SEAS FLOTILLA) dès que j’en ai eu connaissance.

Je pense que c’est une mouvance particulièrement intéressante dans la mesure où elle n’est pas structurée comme toutes les autres et qu’elle est un engagement individuel avec une charte de bonne conduite évidemment, mais chacun est évidemment libre de ses engagements et de son mouvement.

Quand cette perspective d’aller repousser les bateaux de la mort (NDLR : les deux navires américains dont un leurre et un autre transportant 140 kg de Plutonium américain) à Cherbourg a été évoquée. J’ai réfléchi à comment je pouvais y aller et du coup j’ai décidé de rejoindre Cherbourg avec la Rieuse, une plate en V du golfe du Morbihan, de 5 mètres cinquante.

la Rieuse

Pendant quelques jours, on a donc sillonné la baie à la voile, avec 12 ou 15 bateaux de la Flottille de la Paix. La veille de l’arrivée des navires américains, nous avons décidé de faire une sortie d’entraînement disons, pour voir ce qu’on ferait quand les bateaux arriveraient. J’avais donc embarqué John Castle, un anglais qui est un commandant des bateaux de Greenpeace et Pernilia, une suédoise, qui fait partie également des mouvements antinucléaires.

Eugène Riguidel et Jon Castle à la sortie de leur garde à vue

Donc on a commencé à tirer des bords et puis il y avait les Zodiac avec les officiers de police judiciaire et les commandos de marine qui étaient là pour nous empêcher de rentrer dans la zone militaire. A un moment donné, j’ai surveillé un peu les risées qu’il y avait, vu la trajectoire et on a pris une bonne risée et on a filé à toute allure, on a passé le barrage et pénétré dans la zone militaire interdite. Là on s’est fait arraisonner au bout de quelques centaines de mètres par des Zodiac, bon ça s’est passé d’une façon non violente mais quand même vigoureuse parce qu’on ne s’est pas laissé faire tout de suite, on a essayé de continuer la progression, ils nous ont poussé dans le vent en me demandant de : "lâcher les ficelles"
moi j’ai dit : "il n’y a pas de ficelles"
et eux de poursuivre :"il faut raffaler les voiles"
et moi de dire "ah bon raffaler les voiles ...qu’est-ce que ça veut dire ça ?" etc..
"Arrêtez de faire le malin !"
et moi : "je dis arrêtez de me pousser parce que vous allez nous envoyer à l’empannage là vous avez intérêt à faire attention baissez la tête !"
alors là ils ont baissé la tête, heureusement parce que le bateau empanné alors là vraouhh... bon j’aurais peut-être mieux fait de me taire, mais j’ai quand même eu pitié d’eux.

On a affalé les voiles effectivement et là ils ont voulu me prendre en remorque et là j’ai amarré mon bateau, puis j’ai passé au zodiac l’autre bout du filin ils l’ont amarré sur le zodiac, ils ont commencé à nous remorquer et au bout de 30 secondes évidemment ça a lâché.
J’ai dit :" alors vraiment si c’est vous qui remorquez le plutonium tout à l’heure, on peut vous faire confiance on est tranquille là-dessus, le danger n’existe pas !"
et après ça ils ont voulu mettre la Rieuse contre un quai où le clapot évidemment la brutalisait sérieusement, alors je les ai quand même copieusement engueulés en disant : "mais qu’est-ce que c’est que ce truc ! Où sont les marins dans cette histoire !" ; ont suivi quelques menaces d’un bord et de l’autre.
Puis, à un moment donné il y a un gendarme maritime qui m’a reconnu et puis les choses se sont un peu arrangées. Mais enfin ils m’ont quand même embastillé pendant 24 heures, interrogé abondamment, gardé en prison pendant la nuit et quand ils ont voulu recommencer les interrogatoires le lendemain matin, je leur ai dit : "écoutez franchement moi j’ai déjà tout dit, j’ ai rien à cacher, voilà je suis contre le nucléaire, je suis contre le plutonium j’en ai marre de vos histoires et donc je ne réponds plus à aucune question !".

J’ai seulement rajouté que :"le fait de nous avoir gardés cette nuit et d’avoir obligé les fonctionnaires de base à rester avec nous pour nous garder est une décision vraiment ridicule".

En même temps, ils m’ont donné une convocation pour le 30 novembre donc mardi prochain pour répondre de ce délit devant le tribunal correctionnel de Cherbourg.

Venir en voilier à ce procès, c’est tout de suite que tu y as pensé ?

En fait, au début je me suis dit je vais y aller à pied comme ça après tout ça va me permettre de réfléchir à ce que je vais dire.
Je serais parti à pied de Nantes justement pour montrer que la Bretagne , que Nantes et la Loire Atlantique , c’est bien en Bretagne, mais en fait c’était un peu long et c’était un peu prétentieux

Puis Jean Le Rouzic le médecin de La Trinité/mer, qui est un antinucléaire convaincu, m’a dit : "vas-y en vélo" je me suis dit , c’est déjà pas mal : "je vais y aller à la voile". Un ami m’a prêté ce magnifique bateau qui s’appelle « Baroon » qui est un Pogo 2 et c’est comme ça qu’avec Raymond Caron et Eric, on a commencé le trajet pour aller sur Cherbourg, avec des escales.

Tu as choisi de partir d’Etel pourquoi Etel ?

D’abord un départ d’Etel, ce n’est pas par hasard, parce que la résistance paie , la preuve il y a 30 ans on a résisté à la centrale nucléaire d’Erdeven et il n’y en a pas aujourd’hui. Voilà il pourrait y avoir une centrale sur ce magnifique site dunaire, cette plage ultra fréquentée pourrait être pourrie, ah non ça vaut le coup de résister , la preuve !
Encore que l’attitude de certains est un peu dommage parce qu’ il y en a qui ne veulent pas de centrale nucléaire à Erdeven mais qui ne sont pas du tout dérangés par le nucléaire ailleurs donc c’est un peu ambigu quand même....

Bon, nous sommes partis d’Etel, nous sommes arrivés à Concarneau et là à Concarneau c’est vrai qu’il y avait beaucoup de monde à la réunion de Concarneau, ensuite,

Ensuite Concarneau-Brest nous voilà ce soir à Brest , demain matin on va quitter Brest pour gagner Cherbourg avec une escale probablement à l’AberWrach, parce qu’il y a beaucoup de sympathisants qui sont à l’AberWrach et qu’on va les saluer au passage.

Eugène Riguidel devant la sous-préfecture de Brest

Quelle signification donnes-tu à ce que tu as fait à Cherbourg ?

Donc voilà c’est un acte de désobéissance civique que je reconnais avoir effectué, donc s’ils me demandent si je reconnais les faits c’est bien évident, non seulement je les reconnais mais je les revendique comme les faucheurs d’OGM revendiquent leur action.

Mon geste, c’est une solution pour tirer la sonnette d’alarme face à des dangers aussi considérables que nous font courir des lobbies sous des prétextes militaro militaires ou financiers , je ne sais lesquels en tous les cas ne profitent qu’à eux à mon avis
Et aussi j’ai bien envie de dire au tribunal que je suis là parce que le nucléaire ne tue pas que ceux qui sont pour.

Le 30, il y aura pas mal de gens qui vont venir soutenir l’action et je pense qu’ils nous offrent, par ce procès, un tam-tam supplémentaire, une occasion de médiatiser, pour essayer d’obtenir la transparence et la démocratie en matière énergétique.

Dans cette lutte non violente, c’est certain que la connaissance des dossiers va renverser la vapeur, à un moment donné dans l’esprit des gens il y aura une réaction "nucléaire" qui va faire que la majorité des des gens seront convaincus, on sortira alors de l’atome.

Tu te définis comme un citoyen du monde ?

Oui, je suis citoyen du monde depuis 1968 après avoir écouté une conférence du scientifique Rostand. C’est vrai que ça m’a tout de suite séduit et depuis je suis citoyen du monde, régionaliste. Comme je le dis souvent : "c’est en donnant l’autonomie aux individus et l’autosuffisance aux régions que la démocratie sera possible".

J’ai rencontré, un jour, quelqu’un qui m’a raconté l’anecdote suivante : lorsque le colonel qui était responsable des essais nucléaires en Australie a été poursuivi pour crime contre l’humanité et quand on lui a demandé «  Est-ce que vous saviez que quand vous avez déclenché cet essai vous alliez tuer 5.000 personnes ? », la seule réponse qu’il a trouvée c’est de dire « non je pensais que ça n’en tuerait que 500 ».

Alors c’est pour ça que je suis prêt à aller au tribunal et à continuer, parce que tant qu’on aura affaire à des abrutis pareils il va bien falloir que l’on continue à enfoncer le clou pour passer à autre chose.

Eugène Riguidel est arrivé, hier, le mardi 30 novembre, au tribunal de Cherbourg, en cortège composé de représentants de diverses organisations (les Verts, Greenpeace, etc).

Rappelons que trois militants écologistes, dont le navigateur Eugène Riguidel, qui avaient pénétré, en voilier, le 3 octobre dans la zone militaire du port de Cherbourg pour protester contre le transport de plutonium militaire américain étaient jugés pour « introduction frauduleuse sur un terrain militaire ».

Le tribunal correctionnel de Cherbourg s’est déclaré incompétent, et a retenu l’argument des avocats de la défense ont fait valoir les faits incriminés n’étaient pas du ressort du tribunal correctionnel en raison du caractère militaire de l’infraction.

Posté le 29 novembre 2004 par Christian Bucher
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Nouveau commentaire
  • Novembre 2006
    18:32

    Le combat d’Eugène Riguidel, le marin rebelle et libre, citoyen du monde

    par Dominique RENOUF

    bonjour,

    je recherche un parrain pour le SOLEIL D’OC,premier bateau hotel électro solaire ?voir site www.naviratous.com

    Voir en ligne : recherche parrain pour projet rebel

  • Juin 2006
    13:30

    Le combat d’Eugène Riguidel, le marin rebelle et libre, citoyen du monde

    Salutà toi, Eugène, et à tes combats ! D’un musicien-navigateur qui, un jour cherchait après toi dans les rues de La Trinité. François Goethals (ex-Agence Tass, 1 papier dans le Diplo d’août 89)