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Pour un Non "alter-européen" !

Le Traité Constitutionnel Européen, nous disent les partisans du Oui, n’est que le reflet de ce qu’est l’Europe : un marché ouvert aux lois du libéralisme économique.

Soyons raisonnables, nous disent-ils encore, ce libéralisme là était déjà dans les traités antérieurs de Maastricht et Nice. Voter "Non" aujourd’hui serait renoncer à ce que nos députés Verts européens ont essayé d’améliorer depuis ces deux dates.

Je suis de ceux qui veulent dire "Non" aujourd’hui après avoir dit "Oui" hier.

Etions nous aveugles ?

Même si nous étions partagés, nous avons été nombreux, à avoir voté et même défendu le "Oui" à Maastricht.

Parce que nous voulions rompre avec les nationalismes qui ont engendré les guerres du passé. Parce que nous voulions une Europe qui respecte tous les peuples, toutes les régions, toutes les cultures de ce continent. Une Europe qui fédère ce que chacun peut apporter de mieux en matière de santé, d’éducation, de droits sociaux, de protection de l’environnement.
Parce que nous n’avons pas voulu manquer ce premier rendez-vous européen, aussi ambigu soit-il. Nous avons donc voté "Oui".

On peut nous le reprocher et nous dire que c’est à ce moment là qu’il fallait voter Non. On peut aussi penser que notre vote positif a contribué à rendre l’Europe plus crédible. Elle a aujourd’hui une monnaie unique, elle s’est ouverte à 15 nouveaux états, d’autres la rejoindront. Elle sera probablement la solution à des problèmes aussi douloureux que ceux du Kosovo, de la Serbie ou à ceux des multiples retombées de l’éclatement du bloc soviétique. Elle peut devenir un facteur d’équilibre dans le monde. En un mot : elle existe !

Nous avions donc choisi l’option "réaliste" et accompli notre "devoir" d’Européens convaincus en passant, reconnaissons le, sur beaucoup de nos convictions.

Nous revendiquons, aujourd’hui, le droit de dire que nous n’étions pas dupes.

A ceux qui pensaient nous fermer définitivement la voie d’une Europe plus sociale, plus solidaire, plus respectueuse de chacun et de son environnement, nous disons : ça suffit !

Trop tard ? Soyons optimistes. Cette "Constitution" qui avance masquée. Ce texte illisible pour la majorité des électeurs, ce traité volontairement truffé de contradictions, ce pavé indigeste, n’ira pas jusqu’au bout. Il y aura bien un grain de sable qui viendra bloquer ce mécanisme si volontairement compliqué. Nous n’avons pas la prétention de penser que notre "Non" sera révolutionnaire. Il nous permettra tout simplement de prendre date et de renforcer le camp de ceux qui veulent, vraiment, remettre de la politique dans la construction européenne. De ceux qui ne se satisfont pas de voir le vote xénophobe et l’abstention prendre de plus en plus de force à l’occasion des élections européennes.

Mais, quel que soit le résultat, se posera la question du "que faire ensuite". Je souhaite exprimer, ici, l’idée que c’est d’abord chez nous que nous devrons mener le combat.

La France moteur de l’Europe libérale.

Il est constant de voir les "euro critiques" décrire l’Europe comme une menace pour la France. Menace pour l’agriculture française, pour les emplois français, menace pour les services publics français. Ainsi l’une des plus "puissantes" économie mondiale serait menacée par des "entrants" naguère encore considérés comme "sous-développés" ?

Cette position est naturellement celle des "souverainistes", c’est aussi parfois celle des partisans d’un "non de gauche" au TCE.

Qui ne voit, pourtant, que ce traité, taillé sur mesures pour préserver les intérêts des pays initiateurs, sert, en premier lieu ceux des lobbies économiques français.

Prenons l’AGCS (Accord Général sur le Commerce des Services). N’imaginons pas que seul le capitalisme étranger en veut à nos services publics et souhaite s’attaquer à notre système d’enseignement, notre système de santé, notre sécurité sociale, nos retraites... A l’évidence le premier de nos adversaires est chez nous. Qui, sinon le MEDEF, exige une "baisse des charges sociales" qui lui permette de mieux se placer vis-à-vis de la "concurrence" européenne et mondiale. Nous l’avons compris, lutter contre l’Europe libérale c’est d’abord lutter, en France, contre la déréglementation du travail, le démantèlement des services sociaux. Les Verts évidemment se reconnaîtront dans le "front" qui regroupe déjà sur ces thèmes une gauche sociale, alter mondialiste, syndicale et politique.

Mais notre engagement doit aller bien au-delà. Nous devons défendre un "Non" réellement "alter européen". N’oublions pas que c’est en France que sont nés un certain nombre de "seigneurs" de l’économie libérale mondiale. Seigneurs de l’eau, seigneurs de l’énergie, seigneurs des armes, pour ne prendre que ces trois exemples. N’oublions pas qu’ils n’ont pu se développer que grâce à un consensus, "droite/gauche", "patronat/syndicats", que nous sommes les seuls à vouloir rompre.

Seigneurs de l’eau. Aujourd’hui encore, la gestion de l’eau est du domaine public dans la majorité des états du monde, y compris aux USA. La France a été la première à privatiser la gestion de son eau à une grande échelle à travers la mise en place d’un "partenariat public privé" dans lequel les investissements sont à la charge du contribuable et du consommateur pendant que le privé est chargé du fonctionnement et de la gestion. Inutile de développer. La façon dont le CGE et la Lyonnaise ont accumulé des bénéfices qui leur permettent d’étendre leur système sur l’ensemble de la Planète est connue. Un "marché unique où la concurrence est libre et non faussée" est exactement ce que demandent nos lobbies français de l’eau pour accaparer les marchés européens, en particuliers ceux des ex pays de l’Est.

Mettre en garde nos voisins, reprendre la main chez nous... c’est ce que nous avons commencé à faire avec le soutien d’associations de consommateurs, de syndicalistes. Sur ce terrain nous ne trouvons pas toujours à nos côtés les syndicats et partis de gauche dont les intérêts ont été trop longtemps liés à ces lobbies. A nous de leur faire comprendre qu’on ne peut à la fois vouloir défendre les services publics en Europe et privatiser dans sa ville ou sa commune. Qu’on ne sauvera pas l’emploi des travailleurs français en privatisant dans l’Europe et dans le Monde.

Seigneurs de l’énergie. Le 18 mai 2004, Nicolas Sarkozy exposait, à l’Assemblée Nationale, les raisons de l’entrée du capital privé dans EDF et de la relance du programme électronucléaire. Il faut, disait-il, que "EDF/GDF, nos champions nationaux, deviennent des champions européens". Il y a bien longtemps, en effet, que l’aspect "service public" de EDF n’est plus qu’un mythe. EDF a agit en France comme un Etat dans l’Etat capable d’imposer, contre la volonté des populations, un programme électronucléaire unique au monde. EDF agit aujourd’hui comme acteur privé de l’électricité sur tous les continents. L’entreprise a, en particulier, contribué à la privatisation de services publics de l’électricité dans plusieurs pays européens, l’exemple le plus caractéristique étant celui de la Pologne. Refuser la mainmise de EDF et de AREVA sur l’électricité européenne, lutter pour la sortie du nucléaire, revendiquer un service public européen décentralisé et démocratisé de l’énergie : c’est un programme que nous sommes les seuls, en France, à proposer pour l’Europe.

Seigneurs de l’armement. "Les états membres s’engagent à améliorer progressivement leurs capacités militaires", déclare l’article 40 du traité. Une "Agence de l’Armement" sera instituée, ajoute-t-il, pour, entre autres "renforcer la base industrielle et technologique du secteur de la défense". Quel pays peut être intéressé à un tel développement de l’industrie d’armement sinon la France, troisième marchand d’armes au monde. Quel Pays souhaite étendre la protection de son "parapluie nucléaire" à l’ensemble de l’Europe ?

Amener la France à renoncer au commerce des armes, reconvertir l’industrie d’armement, renoncer à la force de frappe. Encore un combat sur lequel nous risquons, pour le moment, d’être peu nombreux en première ligne mais auquel nous ne devons pas renoncer.


Un Non aux lobbies pour un Oui à l’Europe.

Alors voter Oui ou Non ?

Voter "Oui" serait, en ce qui nous concerne, entériner le fait que l’Europe est un marché ouvert aux seigneurs de l’eau, de l’énergie, des armes qui ont fait leur nid chez nous. Ce serait nous laisser impressionner par une campagne du "Oui" orchestrée par les principaux médias dont les liens avec les lobbies du nucléaire, de l’armement... sont de plus en plus manifestes. Et tout cela pour avoir "un peu mieux que Nice". Franchement, qui peut en voir l’intérêt ?

Si le Non l’emporte, nous dit-on encore, il n’y aura pas crise et nous en resteront à Nice. Existe-t-il le devin qui puisse prévoir quand et comment naissent les crises ? Une chose, elle, est plus proche de la réalité : faire campagne pour le "Oui" aujourd’hui, serait nous contraindre à nous taire demain.

Nous devons donc dire "Non" aux lobbies pour pouvoir continuer à dire "Oui" à l’Europe.

Gérard Borvon

Posté le 20 décembre 2004 par Gérard Borvon
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Nouveau commentaire
  • Décembre 2004
    17:02

    > Pour un Non "alter-européen" !

    par Ascoët
    Ah, enfin ! Est-ce que cet article augure d’un changement general chez les Verts ?