OGM, Agenda 21 : le point avec Pascale Loget

Pascale Loget est vice-présidente verte chargée de la mise en place de l’Agenda 21 au Conseil régional de Bretagne. Elle est aussi en avant sur le dossier OGM. Nous faisons le point avec elle sur ce dossier et celui de l’Agenda 21.
Pascale, la Région Bretagne est citée en exemple depuis qu’elle a voté au mois d’octobre le texte Vers une Bretagne sans OGM, du champ à l’assiette. Depuis, tu circules beaucoup pour délivrer " la bonne parole ", en France et en Europe. Jusqu’où sont prêtes à aller les Régions, françaises et européennes, je pense à la Toscane, sur ce sujet brûlant et existe-t-il des possibilités d’alliance entre ces régions ?

- P.L. : Beaucoup de territoires européens se sont déclarés hors-OGM, des régions avec pouvoir législatif comme la Haute-Autriche, des régions sans capacité réglementaire comme la nôtre, ou limitée comme le Pays de Galles, les Landers allemands... des régions qui s’apparentent plus à des départements comme les 53 régions des 54 régions grecques ... des agglomérations et des communes. La Toscane fait partie de ces régions européennes que nous envions, à plus d’un titre ; elle dispose de vrais capacités à réglementer, d’une agriculture très nombreuse en paysans, beaucoup de produits à forte valeur ajoutée (patrimoine, labels, AOC, politique agricole en faveur de la bio ...) Il y a un potentiel de 50 à 100 régions européennes à fédérer.
A Florence, 20 régions avaient délégué leur représentants pour signer officiellement une Charte.(PJ) C’est une plate-forme minimum - il faut bien comprendre que c’est un travail politique, ce n’est ni la position de la Bretagne, ni la position des Verts - sur la protection de l’agriculture paysanne, de la biodiversité face aux OGM, un engagement des régions à peser sur la nouvelle Commission Européenne (rencontre avec les Commissaires) pour un étiquetage des produits animaux (lait, viandes...) et pour faire appliquer le principe polleur-payeur. Une prochaine rencontre de ces régions pourrait se dérouler en Bretagne cet automne.

- Pascale Loget au rassemblement anti-OGM de Lorient
La Région Bretagne ne s’est pas contentée de voter un texte d’intention, elle a aussi entamé des démarches auprès de l’Etat du Paranà pour développer une filière soja non OGM pour l’alimentation du bétail. Peux-tu nous brosser l’historique de ces démarches et nous dire où nous en sommes concrètement ?
- P.L. : C’est un aspect souvent nouveau pour tous ces territoires engagés contre les OGM qui pour l’instant, se sont limités à protéger leur propre surface - ce qui est déjà vraiment bien - sans vraiment se rendre compte qu’ils avaient (à divers degrés) une responsabilité vis-à-vis de l’Amérique Latine. La plupart des régions engagées ont découvert, chiffres des importations à l’appui, qu’elles avaient entraîné les paysans brésiliens, argentins dans une production intensive de soja destinés à l’élevage. L’Europe est la 1er client de l’Amérique Latine sur le soja et le soja GM est la première production GM mondiale.
Cette double dépendance de l’agriculture européenne et américaine est très négative (surtout pour les paysans sud-américains), elle a mise à mal la souveraineté alimentaire et entraîné des destructions massives de l’environnement. Il faut bien comprendre que la contamination par le soja GM aggrave largement les choses là-bas, socialement et écologiquement. Si je m’exprime beaucoup sur cet aspect de solidarité Nord/Sud, c’est que je suis allée ave René Louail de la Confération Paysanne à la rencontre des paysans, organisations du Parana (Etat du Sud du Brésil) et bien-sûr, le Mouvement des Sans Terre. Je suis rentrée avec une double détermination : A court terme, soutenir le " dernier " Etat brésilien vraiment engagé dans une politique « agricultura familia » et « soja pura »(libre d’OGM). C’est urgent sinon nous restreignons considérablement notre choix de consommation et de production sans OGM. Et eux, sans marché, ils finiront contaminés comme le Rio Grande do Sul qui n’a pu résister à Monsanto...
A court et moyen terme, réduire nos importations, se passer du soja y compris « pura » en réorientant l’agriculture vers des modes de production plus autonomes (herbe, pois, protéagineux...) Nous faisons connaître au maximum cette responsabilité de l’agriculture européenne qui ne date pas d’hier (négocié avec la PAC) et qui malheureusement ne se résoudra pas en quelques mois...
Quels moyens a la Région Bretagne pour soutenir cet état du Brésil ?
- P.L. : Il faut se coordonner entre les régions européennes importatrices, préserver l’approvisionnement en soja non génétiquement modifié ; d’une part en soutenant les filières agro-alimentaires précautionneuses (ayant mis en place une traçabilité non OGM), d’autre part en soutenant les opérateurs brésiliens engagés dans le soja pura. Hormis le travail politique de pression sur Bruxelles, de communication, les possibilités pratiques doivent s’évaluer juridiquement pour ne pas entraîner de distorsions économiques ....
Greenpeace et la Confédération Paysanne viennent de mener une action médiatique à Lorient qui recevait une cargaison argentine de soja OGM. Tu étais sur le port de Lorient vendredi matin. Quel est ton sentiment sur cette opération ? Est-ce qu’elle donne du poids aux options politiques de la Région sur les OGM ou au contraire ne la met-elle pas à mal sur un dossier somme toute complexe ?
- P.L. : "Chacun ses modes d’actions", a dit Jean-Yves Le Drian qui, soulignons-le, a repris le communiqué que j’avais préparé (pj) et tenu son contrat sur cette question vis-à-vis des Verts, malgré l’intervention du Comité Régional de la Pêche. Pour ma part, je pense que cette action a parfaitement alerté les bretons et d’autres régions sur la question de l’alimentation animale. Quelques chiffres : la Bretagne, produit 10 millions de tonnes d’aliments du bétail dont le quart avec du soja. Les 2/3 de la production sont destinés à d’autres régions. On estime à 2 millions de tonnes par an, l’importation de soja qui débarquent des ports bretons.
La majorité régionale est en place. Fin février, elle votera son premier budget. Quel premier bilan tires-tu en tant qu’élue verte de cette expérience ? Les perspectives sont-elles enthousiasmantes ?
- P.L. : Pour l’instant, le contrat PS/Verts semble tenu mais c’est encore un budget de transition qui doit se vérifier dans l’action. Il faut dire que nous sommes encore démunis pour établir des critères de développement durable compatibles avec la réglementation. Passer d’une politique de guichet à une politique de budget, cela nécessite des contrats, conventions, évaluations, indicateurs pour les formations, pour les soutiens à l’économie. L’écoconditionalité, la socioconditionnalité des aides sur tous les secteurs, ça se construit...
Dernière question. En tant que vice-présidente, tu es chargée de mettre en place l’Agenda 21 de la Région. Où en est ce projet qui repose sur une vision transversale des politiques à mener, une transversalité qui, au-delà du seul Agenda 21 par définition transversal, n’entre pas forcément dans le schéma de pensées de nos camarades socialistes - je pense aux domaines de l’eau et de l’agriculture ?
- P.L. : Le développement durable, c’est pas naturel, cela passe d’abord par une formation des agents et des élus. Le management d’une collectivité n’est pas naturellement transversal. Construire un agenda 21 breton, je savais que la tâche serait rude et je suis gâtée. Paradoxalement, l’eau et l’agriculture sont peut être les dossiers les plus avancés sur le plan de la transversalité. Nos partenaires socialistes ont compris que la question de l’eau n’était pas une question d’environnement mais de développement. Il est acquis que la restauration de l’eau passe par un autre modèle économique et agricole ... grâce au travail des réseaux écologistes.
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