Lettre ouverte du réseau des agriculteurs bio de Bretagne à Jean-Yves Le Drian, Président du Conseil Régional
Et si demain la Bretagne était en bio !!!!
Les agriculteurs bio de Bretagne souhaitent interpeller le Conseil Régional, et l’ensemble des citoyens bretons sur l’intérêt du développement de l’agriculture biologique dans notre région.
Ils souhaitent susciter le débat en amont des prochaines Rencontres Nationales de la Bio qui auront lieu en Bretagne les 30 et 31 mars 2005.

Aujourd’hui l’Agriculture Biologique est reconnue pour ses réponses aux nombreuses et nouvelles attentes de la société en terme de :
Qualité de ses produits et leur influence sur la santé
Qualités environnementales avec un cahier des charges européen, avec un impact sur la qualité de l’air, sur les paysages, sur la biodiversité, sur l’eau ...
Performance économique : la bio est une agriculture à valeur ajoutée qui mise sur la qualité et non pas sur le volume
Son influence sur les territoires car elle est applicable partout ; beaucoup moins spécialisée elle limite les concentrations dans certaines zones
Qualité sociale enfin car elle demande plus de main d’œuvre, elle est fortement attachée à des formes de commerce équitable, elle est proche du consommateur et est aujourd’hui un atout majeur pour la réconciliation et le rapprochement de l’agriculture et du reste de la société
A ce titre elle est reconnue comme la forme la plus aboutie du Développement Durable (Alain Riquois).
Pourtant aujourd’hui, et depuis 2002, le développement de l’Agriculture Biologique est stoppé après plusieurs années de croissance allant de 10 jusqu’à 30% en 2001.
Plusieurs raisons à l’arrêt de ce développement :
Le coup d’arrêt porté aux CTE par Hervé Gaymard, Ministre de l’agriculture et fossoyeur de la bio ; la reprise des CAD ne compense même pas les arrêts d’activité bio ou les départs en retraire
· Les candidats à la conversion sont peu nombreux car les incertitudes liées à la PAC et dans les filières incitent plus au replis sur soi ; en parallèle certaines filières longues en bio ne sont pas non plus au mieux alors que l’offre est souvent inférieure à la demande
La mauvaise volonté manifeste des organisations conventionnelles, des coopératives et de la profession agricole en général à développer la bio, car elle met trop en cause leurs systèmes de production ; l’agriculture conventionnelle voudrait cantonner la bio à une simple niche commerciale
Enfin une image de la Bio perçue comme une agriculture d’élite s’adressant à une minorité de la population qui a les moyens de se la payer ; les coûts induits de l’agriculture conventionnelle (qualité de l’eau, de l’air, la santé, l’emploi), mais aussi le différentiel de subventions, aides et autres restitutions, impliquent une distorsion de concurrence défavorable à la bio
Nous continuons cependant de penser que l’Agriculture Biologique est une solution dont on ne peut se passer :
Non pas comme une niche agricole pour répondre aux besoins d’une minorité de la population aisée
Non pas parce qu’il s’agit d’un système de production qui apporte un plus pour la société ou réservée à la restauration collective
Mais parce qu’il s’agit d’un véritable mode de développement agricole respectueux de l’environnement et des hommes
Est-il vraiment si illusoire, si utopique d’envisager un tel développement pour la Bretagne ?
D’en mesurer l’impact écologique et économique et le cas échéant de bâtir une stratégie pour les 20 à 30 années à venir ?
Une stratégie qui prenne en compte autant :
La qualité de l’eau que l’aménagement de l’espace rural
La qualité des produits que la santé publique
L’emploi dans l’agriculture, l’aval des filières ainsi que le tourisme
La qualité de vie et la réconciliation de l’agriculture et de la société
Déjà certains économistes pensent aujourd’hui que l’agriculture bretonne s’en sortira par une production de qualité.
La Bretagne a su en son temps relever le défi de la production.
Saura t-elle aujourd’hui relever celui de l’environnement et la qualité ?
Saura t-elle redonner un espoir aux paysans en traçant les lignes d’un véritable changement en faveur de la pérennité de leur métier ?
Notre réseau est prêt à y travailler.
Nous proposons d’en faire le thème de réflexion du colloque qui clôturera l’Assemblée Générale de la FNAB, Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique des régions de France, les 30 et 31 mars prochain qui aura lieu cette année en Bretagne sur l’île Berder près de Vannes.


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