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Et si le miracle agricole breton n’avait été qu’une illusion ?

Un texte dYves-Marie Le Lay président de Sauvegarde du Trégor

Dans un communiqué paru dans le journal Ouest-France du mardi 27 août 2013, le tonitruant Thierry Merret ( président de la FDSEA du Finistère) fustigeait la "décroissance" :

« Au lieu de tout mettre en oeuvre pour une croissance économique, sociale et environnementale, notre gouvernement défend la décroissance idéologique ! »

Le portique écotaxe mis à terre à Guiclan est une première action symbolique
contre un scandale rampant : la destruction volontaire, acharnée et méthodique, de l’économie et de l’emploi en Bretagne par des adeptes de la décroissance (...).

L’apologie des circuits courts et de l’agriculture urbaine, par exemple, est une ineptie qui conduit inexorablement au repli sur soi, au déclin.
La Bretagne a toujours été une terre d’expédition ! Ne nous laissons pas faire, face à ces intégristes idéologiques enfermés dans leur tour d’ivoire.
Que l’on soit paysan, artisan, commerçant, transporteur, industriel, pour se développer, c’est la croix et la bannière !

Combien de projets sapés par les intérêts de quelques uns ? Les empêcheurs d’entreprendre ont pris le pouvoir, et nos politiques leur obéissent, sous la pression de leurs propres administrations. »

Yves-Marie Le Lay, président de Sauvegarde du Trégor, répond aux accusations, aujourd’hui, publiquement.

Il n’est pas un jour où l’on entende bien complaisamment dans les médias les pleurs
ou les coups de gueule des représentants syndicaux et autres acteurs de la filière
agro-alimentaire bretonne. Dernier en date, Thierry Merret, au nom de la Chambre
d’Agriculture entame la xième litanie contre les décroissants et autres écologistes
dont toute la profession serait la pauvre victime parce qu’ils dicteraient leur
politique en Bretagne.

Quelques présidents d’associations qui, à les écouter ne représenteraient qu’eux mêmes, auraient des pouvoirs occultes auprès des élus et autres décideurs. Mais on se demande alors quel écolo influent aurait pu inspirer la récente décision gouvernementale de supprimer toute enquête publique, toute information sur l’ouverture d’une porcherie jusqu’à 1999 cochons ?

En faite toute cette agitation cache mal la réalité. Devant nous aujourd’hui s’écroule
par pans entiers tout un système politico-économique, que l’on doit qualifier de
complexe agro-industriel. Rappelez-vous la belle histoire de la Bretagne sortie de la
misère grâce à ces élevages hors sols avec leurs silos, en guise de cathédrales. Et les usines d’abattage pourvoyeuses d’une main-d’oeuvre percluse de troubles musculosquelettiques pour un SMIC à peine assuré.

Bien sûr que le système a marché. Mais à deux conditions : que la terre soit gavée de
nitrates et autres polluants et que les producteurs et les intermédiaires soient
inégalement gavés de subventions. On se félicite aujourd’hui d’avoir une eau de plus
de 35mg/l de nitrates dans les rivières bretonnes après plus de 2 milliards d’euros
d’argent public dépensés pour cela ! Un abattoir réclame ces 25 millions d’euros
annuels de subventions européennes perdues pour 310 salariés ! On doute que ceux-ci en aient beaucoup profité...

Or, aujourd’hui la réalité du marché mondial impose impitoyablement sa loi. Si le
poulet brésilien dont on a organisé la production de Bretagne, arrive moins cher dans
la grande surface, pourquoi s’encombrer avec le poulet breton, plus cher et tout
aussi de bas de gamme ? Monsieur Merret n’a pas de mots assez durs contre les
circuits courts. On doit lui répondre qu’au moins, sur ces étals, il ne trouvera pas de
poulets brésiliens...

Et l’Europe, bonne mère tant décriée par tous ceux qui ont su profiter de ses
largesses, aujourd’hui trouve la note très nitratée en plus d’être toujours aussi
salée.

Faut-il lui adresser reproches de cesser enfin de moins subventionner un
système aussi peu performant pour fabriquer en plus des marées vertes toxiques sur
les plages ?

L’illusion brusquement se déchire. Comme certains coureurs sur le Tour de France,
les entrepreneurs bretons de l’agro-alimentaire étaient dopés. Comme les premiers
gagnent comme cela des étapes, les seconds gagnaient des marchés. Et quand le
dopage n’est plus toléré ou/et que les concurrents ont trouvé dopage plus discret,
les victoires s’éloignent d’autant...

Alors pour gagner encore, nous disent tous ces entrepreneurs bien audacieux,
redopez-nous, donnez-nous des sous, et laissez-nous polluer !

Tout, plutôt que d’admettre que l’on s’est trompé. Qu’il eût été plus judicieux de continuer l’élevage au sol comme le poulet de Loué, plutôt que de fabriquer massivement de la viande hors sols comme on extrait du minerai. Tout plutôt d’admettre que créer de l’emploi dans l’agro-alimentaire en Bretagne passera désormais par la création de valeur ajoutée, fruit d’un terroir et d’un savoir-faire indélocalisables.

A la Bretagne ensuite d’exporter ces produits de qualité, labellisés. Et comme ces entrepreneurs n’ont pas ce courage de vérité, aux gesticulations, il leur faut ajouter des invectives, des menaces contre leurs “ennemis” écolos. Ils ont leurs boucs émissaires tout trouvés pour mieux dissimuler leurs responsabilités et l’échec de leur modèle.

Et le pire est bien qu’ils trouvent oreilles si complaisantes parmi les élus UMP hier
et toujours, PS aujourd’hui. Comme si gouverner en Bretagne consistait à ne jamais
exercer puissance publique pour le bien public, pour l’eau, pour la terre, pour l’air et
même pour l’emploi durable. Comme si la Bretagne était condamnée à être gouvernée
pour et par les intérêts privés de ces groupes industriels et financiers. Et chacun de
continuer à s’accrocher au mythe désuet du miracle économique breton, plutôt que
de penser enfin l’avenir dans des termes nouveaux.

A toutes les citoyennes et citoyens de ce pays de se ressaisir. S’ils veulent que
l’avenir de la Bretagne leur appartienne, s’ils veulent un avenir pour leurs enfants,
qu’ils n’écoutent pas ces gesticulations bien vaines, qu’ils cessent d’accorder le
moindre crédit à leurs élus décideurs en place, parce qu’ils ont failli et qu’ils
continuent à faillir. En démocratie, ce n’est pas seulement du présent que décide le
peuple pour le bien public, c’est aussi de l’avenir.

Et cet avenir, il est temps de le construire.

Yves-Marie Le Lay
président de Sauvegarde du Trégor

Posté le 28 août 2013
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