La solution retenue par Brest Métropole Océane pour le traitement des mâchefers de l’usine d’incinération des ordures ménagères de Brest ne fait-elle pas courir des risques à la santé et à l’environnement ?
L’épineux problème du traitement des mâchefers, copieusement produit par l’Usine d’Incinération des Ordures ménagères du Spernot (à Brest) a conduit le conseil communautaire de Brest Métropole Océane à voter dans sa séance du 15 avril 2005, la révision des statuts de la Société d’Economie Mixte Locale SOTRAVAL et la création d’une société en partenariat avec la société Eurovia uniquement consacrée à la gestion des mâchefers.
Les statuts de SOTRAVAL sont modifiés afin d’élargir le périmètre d’intervention de l’unité d’incinération du Spernot ( tout le finistère nord au delà de Morlaix désormais)
Les répercussions directes pour Brest métropole océane seraient :
une cession d’actions à hauteur de 666 parts, qui aurait pour effet de réduire sa participation à 57 % du capital total contre 61 % auparavant ;
une réduction du nombre de représentants au sein du conseil d’administration qui, en application des règles de proportionnalité par rapport au capital détenu, passerait de 7 (sur 12 sièges) à 5 (sur 9 sièges), ce qui impose de procéder à une nouvelle désignation de ces membres.
Par ailleurs, la future société créée pour les mâchefers sera détenue à 49 %-51% des parts par SOTRAVAL et Eurovia Bretagne, société consommatrice de 30 % du tonnage de granulat sur le Finistère nord.
Cette nouvelle société “traitera” les 31 000 tonnes de mâchefers qui sont actuellement transportées à Caen pour être réutilisés en matériaux routiers de par la Société des matériaux Caennais .
Ce système, outre le fait qu’il jette sur les routes des centaines de camions charges de mâchefers, représente un coût important pour la collectivité, et au delà par les contribuables par le biais de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères TEOM : 800 000 km/an parcourus , de coût de transport de 620 000 €/ an .
Un site devra être trouvé dans le pays de Brest pour implanter la plate-forme de “maturation” et de “valorisation” selon les termes flatteurs employés afin de réduire les coûts. La commune de Plabennec semble le territoire le plus évoqué pour cette implantation.
Les Verts et leurs élu-e-s dénoncent ce choix qui se situe dans une logique de poursuite du recours à l’incinération et fait entraîner des risques supplémentaires de dispersion dans la nature de matériaux, qui loin d’être inertes, comme on veut bien le dire, détiennent de polluants hautement toxiques.

Le point de vue de Christian Bucher, porte-parole des Verts du pays de Brest
Nous avons déjà eu l’occasion de dénoncer la logique de l’incinération qui ne favorise pas la réduction du volume des déchets ménagers. Nous en avons une illustration avec ce qui se passe à l’usine d’incinération des ordures ménagères de Brest.
Cette installation coûteuse, qui court constamment après la réglementation doit absolument fonctionner à plein régime, à la fois pour des raisons techniques et de coût de fonctionnement. Lorsque sur l’agglomération brestoise, grâce à la mise en place de collectes sélectives le volume de déchets ménagers à traiter diminue, la stratégie est désormais de trouver de nouvelles sources d’approvisionnement. Aujourd’hui, le rayon d’intervention a tendance à s’agrandir de plus en plus, notamment avec l’arrivée de la Communauté d’agglomération du pays de Morlaix (celle-ci ayant entre temps renoncé à un traitement par compostage-méthanisation plus respectueux de l’environnement et de la santé publique, et c’est bien dommage).
La modification des statuts, avec l’entrée de groupements de collectivités du Nord Finistère, comme nouveaux actionnaires, ne fait donc qu’entériner une situation de fait qui n’est pas satisfaisante. Tous ces milliers de camions, par an, remplis de déchets circulant sur les routes du Nord Finistère, auxquels il faut ajouter les milliers d’autres remplis des 31 000 tonnes de mâchefers produites, sont incompatibles avec un développement durable par ailleurs proclamé.
Attardons nous un peu sur la question des mâchefers, véritable talon d’Achille de la filière de l’incinération des ordures ménagères, au moment même où BMO crée une société sur mesure avec Eurovia, filiale du groupe VINCI, un des leaders mondiaux des travaux routiers, pour traiter les 31 000 tonnes de mâchefers annuelles de son usine brestoise et au moment où l’on s’apprête à désigner publiquement le site d’implantation de la plate -forme de leur stockage.
Après avoir longtemps laissé croire que l’incinération avait le pouvoir magique d’éliminer entièrement les déchets, alors qu’en fait 25 % de ce qui est incinéré devient mâchefers, ce qui représente au bout du compte des volumes considérables.
Aujourd’hui on nous présente volontiers les mâchefers comme des sous-produits totalement inertes, donc sans danger, se prêtant bien à une utilisation routière.
Qu’en est-il exactement ?
À la lecture des documents sur le site du Ministère de l’Écologie et du Développement Durable, on peut lire concernant la nature chimique des mâchefers et leur évolution qu’ils sont essentiellement dépendants de la composition des ordures incinérées.
On trouve couramment des métaux lourds à hauteur de 1 à 0,1% comme le magnésium, le titane, le chlore, le manganèse, le baryum, le cuivre, le plomb, le chrome, et d’autres encore. Plus inquiétants on trouve aussi des constituants en trace moins de 0,1% comme l’étain, l’arsenic, le nickel, le cobalt, le cadmium, le mercure, le brome, l’iode, etc....
Outre des imbrûlés organiques, les mâchefers contiennent également certains composés dont les Chlorophénols ou des furanes et des dioxines dont la toxicité est reconnue hautement cancérigène.
On est loin du produit banal sans incidences sur le milieu !
Pour être utilisés en travaux publics., les matériaux doivent subir un déferraillage, un criblage puis une maturation pour être éventuellement déclarés Valorisables. Dans les plateformes de traitement, on peut noter, à partir d’expériences effectuées par le BRGM (Bureau de Recherche Géologique et Minière), que même à partir du moment où un mâchefer est reconnu Valorisable, il continue à évoluer minéralogiquement et chimiquement.
C’est bien pour cela qu’il est interdit de les utiliser :
dans les remblaiements de chaussées comportant des canalisations métalliques ou en construction de systèmes drainants,
dans les zones inondables,
à une distance inférieure à 30m d’un cours d’eau,
à moins de 50cm du niveau des plus hautes eaux connues sur le lieu d’utilisation.
Il n’existe que très peu de retours d’expériences, on a pu cependant constater que les Mâchefers étant très instables au cours du temps, ces mêmes métaux lourds peuvent se retrouver après plusieurs années dans d’autres phases minérales beaucoup plus vulnérables à l’action de l’eau. Ceci explique les pollutions parfois observées à partir de mâchefers valorisés (exemple de mâchefers valorisés provenant de l’incinérateur de Lunel-Viel (34) dont la teneur en plomb était supérieure à la norme de l’eau potable (50 microgrammes /litre) jusqu’au 15e lavage)
les MIOM déclarés Valorisables par les tests de lixiviation peuvent être porteurs de fortes concentrations en métaux lourds susceptibles de se libérer ultérieurement.
Pour les Verts, la valorisation des mâchefers correspond à une exportation de pollution incontrôlable vers le milieu naturel, elle doit être stoppée d’urgence, en attendant des études plus approfondies sur les MIOM.
Vu les énormes tonnages de MIOM concernés, ceux-ci doivent être stockés dans des sites présentant de fortes garanties d’étanchéité naturelle. Plusieurs centaines de tonnes de métaux lourds peuvent se retrouver présentes dans ces sites.
Des études ont été faites, à partir de la composition moyenne de 5 incinérateurs d’ordures ménagères en France qui ont permis d’estimer qu’un centre de stockage alimenté par environ 130 000t annuelles de mâchefers contiendrait au bout de 10 ans de l’ordre de : 1800t de plomb, 23t de cadmium, 10t d’arsenic, 3t de mercure, etc.... C’est tout simplement une véritable bombe à retardement !
L’intervention de Michel Briand, élu vert, adjoint au maire de Brest, conseiller communautaire
Monsieur Le Président
La modification des statuts, avec l’entrée de groupements de collectivités du Nord Finistère, comme nouveaux actionnaires, ne fait qu’entériner une situation où l’incinération occupe une place trop importante. Choix que nous avons déjà eu l’occasion de critiquer même si nous nous réjouissons de la mise en place du tri sélectif qui a permis de réduire le volume de déchets incinérés sur l’agglomération.
Le coût de l’incinération qui ne cesse de croître incite les gestionnaires à agrandir de plus en plus le rayon d’intervention. C’est notamment l’arrivée de la Communauté d’agglomération du pays de Morlaix qui a entre temps renoncé à un traitement par compostage-méthanisation plus respectueux de l’environnement et de la santé publique, et c’est bien dommage
Ces milliers de déplacements de camions remplis de déchets sur les routes du Nord Finistère, auxquels il faut ajouter les milliers d’autres remplis des 31 000 tonnes de mâchefers produites ne sont pas tout à fait notre conception du développement durable.
Loin d’éliminer les déchets, l’incinération produit pour 4 tonnes de déchets une tonne mâchefers, ce qui représente au bout du compte des volumes considérables.
Les mâchefers sont loin d’être des sous-produits totalement inertes.
Le site du Ministère de l’Écologie et du Développement Durable, indique que la composition chimique des mâchefers et leur évolution sont dépendants de la composition des ordures incinérées.
On trouve couramment des métaux lourds comme le magnésium, le titane, le plomb, le chrome... et à un pourcentage plus faible des constituants comme l’arsenic, le cobalt, le cadmium, le mercure, etc....
Des études faites, à partir de la composition moyenne de 5 incinérateurs d’ordures ménagères en France ont permis d’estimer que pour 130 000 t annuelles de mâchefers on produit ainsi au bout de 10 ans de l’ordre de : 1 800t de plomb, 23t de cadmium, 10t d’arsenic, 3t de mercure, etc....
Outre des imbrûlés organiques, les mâchefers contiennent également certains composés dont les Chlorophénols ou des furanes et des dioxines dont la toxicité est reconnue hautement cancérigène.
Pour être utilisés en travaux publics., les matériaux doivent subir un déferraillage, un criblage puis une maturation pour être éventuellement déclarés valorisables.
Valorisable, il continue à évoluer minéralogiquement et chimiquement.
C’est bien pour cela qu’il est interdit de les utiliser :
dans les remblaiements de chaussées comportant des canalisations métalliques ou en construction de systèmes drainants,
dans les zones inondables,
à une distance inférieure à 30m d’un cours d’eau,
à moins de 50cm du niveau des plus hautes eaux connues sur le lieu d’utilisation.
Il n’existe que très peu de retours d’expériences. Pour les Verts, la valorisation des mâchefers correspond à une exportation de pollution incontrôlable vers le milieu naturel, elle doit être stoppée d’urgence, en attendant des études plus approfondies.
C’est pourquoi nous ne voterons pas cette délibération.


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