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Irradiations à l’Ile Longue : la vérité, le Ministère de la Défense la doit aux victimes et à leurs familles !

Les membres de l’antenne de Brest des irradiés des armes nucléaires et leurs familles sont intervenues au début du Conseil municipal de la ville de Brest du mardi 11 février 2014. Ils ont déployé une banderole. Leur porte-parole, M. Francis TALEC, a lu l’intervention suivante.

Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs les Conseillers Municipaux,

Le 2 avril 2013, l’Association Henri Pézerat a organisé à Brest une assemblée constitutive de « l’Antenne Association Henri Pézerat des irradiés des armes nucléaires et leurs familles », suivie d’une conférence de presse.

Cette création découle d’une situation grave : 5 leucémies dont 4 reconnues en maladies professionnelles et une déclarée le 15 Mars 2013, une cataracte, 3 cancers radio induits. Le tout dans un groupe de 110 à 120 ouvriers et techniciens concernés.

Cette situation bouleverse les conditions d’existence des familles et victimes et angoisse les personnels irradiés non malades.

Ce qui domine parmi les irradiés, c’est la colère, puisque concrètement de 1972 à 1996, soit pendant un quart de siècle, ils ont travaillé sans la moindre protection dans l’ignorance des risques au contact direct des ogives nucléaires, passant des semaines entières à proximité des têtes nucléaires. Le discours officiel était qu’il n’y avait aucun risque de radiation. Aucun.

C’est aussi la colère devant les obstacles à surmonter pour la reconnaissance en maladies professionnelles des maladies radio induites, un vrai parcours de combattant.

A la suite de la réunion des irradiés de l’île longue le 2 Avril dernier, suivie d’une conférence de presse nous avons reçu des informations, des messages révélant :

- une dizaine d’ouvriers décédés entre 50ans et 60ans, après exposition aux rayonnements ionisants des chaufferies nucléaires des Sous Marins. Toutes les connaissances scientifiques et médicales acquises sur les effets des rayonnements ionisants permettent de considérer, sauf preuve contraire, qu’ils sont décédés d’une maladie radio induite.

- le décès d’un mécanicien à 56 ans en 2006 d’un cancer. Il a longtemps travaillé au bassin 10 et partait aussi en essais nucléaires sur les sous marins. Selon sa famille, il a vu des collègues succomber de maladies graves et de cancer principalement.

- un témoignage : « Mon père a travaillé à l’arsenal dans les années 70 et 80. Il était mécanicien ajusteur et a travaillé sur les sous marins nucléaires. Il est décédé d’un cancer ganglionnaire à l’âge de 48 ans en octobre 1997, et ce en quelques mois. Il nous a toujours dit avoir été irradié à cette époque où il travaillait à l’île longue. »

- le message d’un retraité ancien salarié de l’antenne Aérospatiale de la Pyrotechnie Ile longue dans lequel il fait part de problèmes de santé majeurs provoqués par les rayonnements ionisants.

- le message d’un mécanicien en activité : « J’ai exercé la profession de mécanicien en chaufferie nucléaire sur SNLE à l’Ile Longue. Nous travaillons toujours en binôme dans la chaufferie. Suite à ça, j’ai eu un cancer, mon binôme également ».

Ces informations et témoignages démontrent l’invisibilité des cancers provoqués par les rayonnements ionisants dont les effets délétères sur la santé peuvent apparaître plusieurs années, voire plusieurs décennies après l’exposition.

Si on connaît les effets des fortes doses de rayonnements sur l’organisme, il est faux de dire que les petites doses sont sans danger. En 2005, une étude épidémiologique du Centre International de Recherche sur le Cancer a d’ailleurs montré qu’il y avait une surmortalité par cancers dès 19 mSV en dose moyenne cumulée sur la durée de vie professionnelle.

Pour toutes ces raisons, par lettre en date du 6 Juin 2013, nous avons proposé au Ministre de la Défense la réalisation d’une enquête de cohorte prenant en compte l’ensemble des travailleurs civils et militaires qui sont intervenus sur ces postes exposés, afin d’obtenir un bilan précis des maladies radio induites survenues dans les activités de construction et maintenance des missiles, dans les activités des réacteurs nucléaires des sous marins ainsi que l’amélioration du suivi post-professionnel.

Il serait paradoxal que cette enquête ne soit pas réalisée alors qu’actuellement au Ministère de la Défense une étude nationale est en cours avec un suivi d’une durée de 10 ans en rapport avec l’exposition à l’amiante. L’objectif de cette étude est d’effectuer le suivi des patients et de déterminer l’apparition de pathologies spécifiques en rapport avec l’amiante.

Ce qui se réalise pour l’exposition à l’amiante doit l’être aussi pour les irradiés. Dans le cas contraire ce serait une discrimination intolérable.

Notre association dispose d’une expérience en matière de suivi et d’études, elle est disponible pour présenter au Ministère de la Défense son projet concernant le recensement des maladies radio induites

A ce jour nous n’avons pas de réponse à notre courrier et ce malgré les interventions de Madame Patricia ADAM et Richard FERRAND députés. Est-ce normal ? Est-ce humain ? Non !!

Dans ce courrier nous avons également demandé :

- L’élargissement du tableau de MP n°6 de la Sécurité Sociale à tous les cancers figurant dans la loi d’indemnisation des victimes des essais nucléaires.

Ce tableau créé en 1931 dont la dernière mise à jour date du 26 Juin 1984 ne comporte que trois cancers radio induits : la leucémie, le cancer des os et le cancer pulmonaire. Cette référence n’évolue même pas au rythme de l’évolution des connaissances scientifiques et médicales sur les cancers radio induits.

Beaucoup d’études ont été réalisées sur les organes radio sensibles, qui démontrent que la liste des cancers pourrait être allongée. La liste des cancers radio induits figurant dans la loi d’indemnisation des vétérans des essais nucléaires en comporte 18, bien loin des 29 localisations de cancers admises dans celle des Etats-Unis.

-  La levée du Secret Défense qui entoure les résultats de l’enquête sur les causes de l’absence de protection radiologique de 1972 à 1996.

Sur cet aspect, Monsieur le Ministre de la Défense par lettre en date du 30 Juillet 2013 a répondu à Madame Patricia Adam en ces termes « ……le ministère de la défense a réalisé une enquête sur les conditions de travail de ces personnels. Ce rapport établi par l’Amiral Geeraert en 1996 contenant de nombreuses informations classifiées relatives à des systèmes d’armes nucléaires toujours en service au sein des armées, il n’est pas envisagé de le rendre public »

Nous ne cesserons pas de demander sa levée. La vérité, le Ministère de la Défense la doit aux victimes et à leurs familles.

- La renonciation à la contestation des jugements des Tribunaux des Affaires de Sécurité Sociale lorsque la maladie est reconnue « essentiellement et directement causée par le travail habituel d’exposition aux rayonnements des armes nucléaires. »
Cette demande est formulée pour épargner aux victimes et à leurs familles des tortures morales, des souffrances insupportables provoquées par la longueur des procédures.

Dans un des dossiers judiciaires en cours la victime a formulé sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle le 29 Avril 2009. Par jugement en date du 20 Août 2012 le Tribunal des Affaires de Sécurité Sociale de Quimper dit « que la maladie déclarée le 29 avril 2009 par Monsieur Louis SUIGNARD : "cancer prostatique" a été essentiellement et directement causée par son travail habituel à l’Ile Longue Pyrotechnie l’ayant exposé aux rayonnements ionisants ».

Le Ministère de la Défense fait appel et demande à plusieurs reprises le report d’audience.
L’arrêt de la Cour d’Appel de Rennes est rendu le 6 Novembre 2013. Elle sollicite l’avis du Comité Régional de Reconnaissances des Maladies de Normandie, après celui des Pays de Loire et de Bretagne.
L’audience qui devait avoir lieu le 22 Janvier 2014 est reportée au 23 Avril 2014, la Cour d’Appel n’ayant pas reçu l’avis du Comité Régional de Normandie.

Nous vous avons présenté les arguments qui légitiment les doléances des irradiés et de leurs familles. Ils sont développés dans un dossier que nous vous remettons, Monsieur le Maire et à chacun des groupes composant le conseil municipal.

En conclusion, nous vous demandons, Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs les Conseillers Municipaux d’intervenir avec force auprès du Ministre de la Défense pour que les doléances des irradiés soient prises en compte.

Dans notre combat, nous avons à nos côtés Annie Thébaud-Mony Sociologue du travail, Directrice honoraire de l’INSERM qui continue encore aujourd’hui à dénoncer, en bloc, les effets de l’amiante et de la radioactivité, l’inertie des pouvoirs publics et l’impunité des industriels dans un engagement sans faille qui, le 31 Juillet 2012, la poussera même à refuser la Légion d’Honneur. Elle est Présidente de l’Association Henri Pézerat.

Merci de votre attention

Francis TALEC

Fondation Henrir Pézérat http://www.asso-henri-pezerat.org Maison du citoyen et de la Vie Associative 16 rue du Révérend Père Aubry 94120 Fontenay-sous-Bois Contacts : francis.talec@orange.fr annie.thebaud-mony@wanadoo.fr
Posté le 12 février 2014
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