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La vérité, le Ministère de la Défense la doit aux victimes et à leurs familles.

Justice pour les irradiés des armes nucléaires !

Lettre ouverte les membres de l’antenne de Brest des irradiés des armes nucléaires et leurs familles au ministre de la Défense, Jean Yves Le Drian

Le jeudi 20 mars, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, était lors d’une réunion publique au patronage laïque Sanquer, à Brest, pour soutenir le maire sortant, François Cuillandre, dans sa campagne dans le cadre de sa campagne pour les élections municipales brestoises.

A cette occasion, les membres de l’antenne de Brest des irradiés des armes nucléaires et leurs familles ont voulu interpeller le ministre sur la situation dramatique qu’ils subissent. Au moins, cinq décès liés directement aux radiations sont déjà recensés.

La lettre ouverte à Monsieur le ministre de la défense

Le constat est dramatique. Sur les 110 ouvriers, techniciens qui ont travaillé à l’assemblage des têtes nucléaires sans aucune protection pendant 25 ans de 1972 à 1996, nous dénombrons cinq salariés atteints de leucémie, quatre d’entre eux sont décédés, plusieurs cancers (prostate, lymphome, rectum, œsophage) et une cataracte.

A la suite de la réunion publique du 2 avril 2013, suivie d’une conférence de presse nous avons reçu des messages et informations, révélant une dizaine d’ouvriers décédés entre 50 ans et 60 ans, après exposition aux rayonnements ionisants des chaufferies nucléaires des Sous Marins.

Toutes les connaissances scientifiques et médicales acquises sur les effets des rayonnements ionisants permettent de considérer, sauf preuve contraire, qu’ils sont décédés d’une maladie radio induite.

Ces informations et témoignages démontrent l’invisibilité des cancers provoqués par les rayonnements ionisants dont les effets délétères sur la santé peuvent apparaître plusieurs années, voire plusieurs décennies après l’explosion. Invisibilité qui permet au Ministère de la Défense d’échapper à ses responsabilités.

Si on connaît les effets des fortes doses de rayonnements sur l’organisme, il est faux de dire que les petites doses sont sans danger. En 2005, une étude épidémiologique du Centre International de Recherche sur le Cancer a d’ailleurs montré qu’il y a avait une surmortalité par cancers dès 19 millisiverts en dose moyenne cumulée sur sur la durée de vie professionnelle.

Pour toutes ces raisons, par lettre en date du 6 juin 2013, nous vous avons proposé au Ministère de la Défense la réalisation d’une enquête de cohorte prenant en compte l’ensemble des travailleurs civils et militaires qui sont intervenus sur ces postes exposés, afin d’obtenir un bilan précis des maladies radio induites survenues dans les activités de construction et maintenance des missiles, dans les activités des réacteurs nucléaires des sous marins ainsi que l’amélioration du suivi post-professionnel.

Le chef de Cabinet de Madame ADAM Présidente de la Commission de la Défense Nationale et des Forces Armées nous informe par mail le 27 février 2014 avoir reçu le courrier de réponse du Ministre de la Défense le 11 février 2014, comme par hasard le jour de notre présence et intervention au Conseil municipal de Brest.

S’agissant de cette proposition d’étude de cohorte formulée par courrier le 6 juin 2013, le Ministre de la Défense botte en touche en attirant notre attention sur les instructions en cours : « elles auront à établir les relations de causalité pouvant exister entre les conditions d’exposition et la survenue des maladies affectant les anciens salariés concernés, avec le concours du Ministère de la Défense.. La justice statuera en parfaite connaissance de cause, le Ministre s’étant engagé à lui fournir l’ensemble des éléments en sa possession. »

Indépendamment des actions judiciaires en cours, nous renouvelons notre demande d’une enquête de cohorte. Elle est possible, il faut une volonté politique.

Il serait paradoxal que cette enquête ne soit pas réalisée alors qu’actuellement au Ministère de la Défense une étude nationale est en cours avec un suivi d’une durée de 10 ans en rapport avec l’exposition à l’amiante. L’objectif de cette étude est d’effectuer le suivi des patients et de déterminer l’apparition de pathologies spécifiques en rapport avec l’amiante.

Une étude de cohorte axée sur les pathologies provoquées par l’irradiation ou la contamination par les rayonnements ionisants est réalisée parmi les victimes des essais nucléaires.

Ce qui est possible pour les victimes des essais nucléaires et les victimes de l’amiante doit l’être pour l’ensemble des travailleurs civils et militaires qui sont intervenus sur des postes exposés aux rayonnements ionisants, afin d’obtenir un bilan précis des maladies radio induites survenues dans les activités de construction et maintenance des missiles, dans les activités des réacteurs nucléaires des sous marins.

Dans le cas contraire ce serait une discrimination intolérable.
Nous le répétons, notre association dispose d’une expérience en matière de suivi et d’études, elle est disponible pour présenter au Ministère de la Défense son projet concernant le recensement des maladies radio induites.

Nos doléances portent également sur :

L’élargissement du tableau de MP n°6 de la Sécurité Sociale à tous les cancers figurant dans la loi d’indemnisation des victimes des essais nucléaires.

Ce tableau créé en 1931 dont la dernière mise à jour date du 26 juin 1984 ne comporte que trois cancers radios induits : la leucémie, le cancer des os et le cancer pulmonaire. Cette référence n’évolue même pas au rythme de l’évolution des connaissances scientifiques et médicales sur les cancers radios induits. Beaucoup d’études ont été réalisées sur les organes radios sensibles, qui démontrent que la liste des cancers pourrait être allongée. La liste des cancers radios induits figurant dans la loi d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en comporte 18, bien loin des 299 localisations de cancers admises dans celle des Etats-Unis.

-  La levée du Secret Défense qui entoure les résultats de l’enquête sur les causes de l’absence de protection radiologique de 1972 à 1996.

Sur cet aspect, Monsieur le Ministre de la Défense par lettre en date du 30 juillet 2013 a répondu à Madame Patricia Adam en ces termes « ...le ministère de la défense a réalisé une enquête sur les conditions de travail de ces personnels. Ce rapport établi par l’Amiral Geeraert en 1996 contenant de nombreuses informations classifiées relatives à des systèmes d’armes nucléaires toujours en service au sein des armées, il n’est pas envisagé de le rendre public »

Nous ne cesserons pas de demander sa levée, la vérité, le Ministère de la Défense la doit aux victimes et à leurs familles.

La renonciation à la contestation des jugements des Tribunaux des Affaires de Sécurité Sociale lorsque la maladie est reconnue « essentiellement et directement causée par le travail habituel d’exposition aux rayonnements des armes nucléaires. »
Cette demande est formulée pour épargner aux victimes et à leurs familles des tortures morales, des souffrances insupportables provoquées par la longueur des procédures.

Dans un des dossiers judiciaires en cours la victime a formulé sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle le 29 avril 2009. Par jugement en date du 20 août 2012 le Tribunal des Affaires de la sécurité sociale de Quimper « dit que la maladie déclarée le 29 avril 2009 par Monsieur... : « cancer prostatique » a été essentiellement et directement causée par son travail habituel à l’Ile Longue Pyrotechnie l’ayant exposé aux rayonnements ionisants »

Le Ministère de la Défense fait appel et demande à plusieurs reprises le report d’audience. L’arrêt de la Cour d’Appel de Rennes est rendu le 6 novembre 2013. Elle sollicite l’avis du Comité Régional de Reconnaissances des Maladies de Normandie, après celui des Pays de Loire et de Bretagne.

L’audience qui devait avoir lieu le 22 janvier 2014 est reportée au 23 avril 2014, la Cour d’Appel n’ayant pas reçu l’avis du Comité Régional de Normandie. A ce jour il ne s’est toujours pas réuni.

Ce qui domine parmi les irradiés et leurs familles c’est la colère devant les obstacles à surmonter pour la reconnaissance en maladies professionnelles des maladies radio induites, un vrai parcours de combattant.


Contacts

Antenne de Brest des irradiés des armes nucléaires et leurs familles au ministre de la Défense

Posté le 4 avril 2014
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