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CONFÉRENCE DE PRESSE DU MERCREDI 25 JUIN 2014

ANTENNE DE BREST DES IRRADIES DES ARMES NUCLEAIRES ET LEURS FAMILLES

Il est vraiment urgent que le législateur élargisse la liste des cancers radio induits de la Sécurité Sociale en incluant les 18 cancers reconnus pour les victimes des essais nucléaires pour épargner une torture morale aux victimes et à leurs familles.

Enfin pour conforter notre demande d’étude de santé, nous lançons un appel aux personnels civils et militaires qui ont été exposé aux rayonnements des chaufferies et armes nucléaires des Sous Marins et qui ont une pathologie dont l’origine pourrait être la radioactivité de se faire connaître au près de note association. Nous comptons sur vous pour relayer cet appel.

Nous vous souhaitons la bienvenue, nous vous remercions d’avoir répondu à notre invitation à cette conférence de presse.
Le 2 avril 2013, l’Association Henri Pézerat a organisé à Brest une assemblée constitutive de :« l’Antenne Association Henri Pézerat des irradiés des armes nucléaires et leurs familles », suivie d’une conférence de presse.
Cette création, nous le rappelons, découle d’une situation grave : 5 leucémies dont 4 reconnues en maladies professionnelles et une déclarée le 15 Mars 2013, une cataracte, 3 cancers radio induits. Le tout dans un groupe de 110 à 120 ouvriers de différentes professions concernées de la Pyrotechnie Ile Longue.

Cette évolution inquiétante des maladies bouleverse les conditions d’existence des familles et victimes et angoisse les personnels irradiés non malades dont 16 d’entre eux, à ce jour, ont engagé une procédure judiciaire pour préjudice d’anxiété.

Ce qui domine parmi les irradiés, c’est la colère, puisque concrètement de 1972 à 1996, soit pendant un quart de siècle, ils ont travaillé sans la moindre protection dans l’ignorance des risques au contact direct des ogives nucléaires, passant des semaines entières à proximité des têtes nucléaires. Le discours officiel était qu’il n’y avait aucun risque de radiation. Aucun.

En Novembre1996, stupeur : nous apprenons que les nouvelles têtes nucléaires TN75 en service depuis 1993, rayonnaient plus que les précédentes, qui rayonnaient aussi finalement ! Pendant 25 ans, la Direction nous assurait du contraire. Les travaux sont arrêtés durant trois semaines. Des zones contrôlées sont mises en place, les personnels sont informés des dangers des rayons et apprennent que les têtes nucléaires émettent aussi des rayonnements neutroniques extrêmement dangereux pour la santé.
Quant au pic des rayonnements au contact des têtes nucléaires, il est classé secret défense, car l’information pourrait donner des indications précises sur la composition des têtes nucléaires.
Voilà brièvement brossée la situation de l’époque à la Pyrotechnie Ile Longue.
A la suite de la réunion des irradiés de la Pyrotechnie île longue le 2 Avril 2013, suivie de la conférence de presse nous avons reçu des informations, des messages révélant :

-une dizaine d’ouvriers décédés entre 50ans et 60ans, après exposition aux rayonnements ionisants des chaufferies nucléaires des Sous Marins.

- Décès d’un mécanicien à 56 ans en 2006 d’un cancer. Il a longtemps travaillé au bassin 10 et partait aussi en essais nucléaires sur les sous marins. Selon sa famille, il a vu des collègues succomber de maladies graves et de cancer principalement. 
- Témoignage : « Mon père a travaillé à l’arsenal dans les années 70 et 80. Il était mécanicien ajusteur et a travaillé sur les sous marins nucléaires. Il est décédé d’un cancer ganglionnaire à l’âge de 48 ans en octobre 1997, et ce en quelques mois. Il nous a toujours dit avoir été irradié à cette époque où il travaillait à l’île longue. »

- Message d’un mécanicien en activité : « J’ai exercé la profession de mécanicien en chaufferie nucléaire sur SNLE à l’Ile Longue. Nous travaillons toujours en binôme dans la chaufferie. Suite à ça, j’ai eu un cancer, mon binôme également »

Or les personnels civils et militaires travaillant sur les chaufferies nucléaires des Sous Marins bénéficiaient d’une surveillance radiologique ce qui n’a pas empêché la survenance de maladies radio induites.

Récemment nous avons appris qu’un ouvrier exposé aux rayonnements des chaufferies nucléaires est atteint d’une leucémie. Elle vient d’être reconnue en maladie professionnelle sans difficulté puisqu’elle figure sur la liste des cancers radio induites reconnues par la Sécurité Sociale qui n’en comporte d’ailleurs que trois : la leucémie, le sarcome osseux, le cancer broncho pulmonaire. Cette liste crée en 1931, actualisé en 1984 et qui depuis n’a pas évolué au rythme des connaissances scientifiques sur les cancers radio induits. Le Ministère de la Défense reconnaît partiellement que les cancers radios induites sont plus nombreux que ceux reconnus par la Sécurité Sociale. En juin 2010, le décret relatif à l’indemnisation des victimes des essais nucléaires en désigne 18.

La DCN et le Ministère de la Défense affirment également qu’être exposé durant sa vie professionnelle à de faibles doses radioactives est sans effet notoire.

Nous contestons cette affirmation.

Si on connaît les effets des fortes doses de rayonnements sur l’organisme, il est faux de dire que les petites doses sont sans danger. En 2005, une étude épidémiologique du Centre International de Recherche sur le Cancer a d’ailleurs montré qu’il y avait une surmortalité par cancers dès 19 mSV en dose moyenne cumulée sur la durée de vie professionnelle.

Nous avons un exemple concret à vous présenter :

Voici un certificat médical de déclaration de maladie professionnelle aux rayonnements ionisants rédigé le 3 novembre 2011 par le Centre de Pathologies Professionnelles du CHU Morvan concernant un chaudronnier décédé en Octobre 2010 à l’âge de 58 ans :
« Patient DCD des suites d’un adénocarcinome de l’œsophage, alors qu’il a été exposé durant quasiment l’ensemble de sa carrière aux rayonnements ionisants au contact des réacteurs des sous-marins nucléaires au poste de chaudronnier sur chaufferie nucléaire. Dosimétrie jointe. Sollicitation du Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles pour une reconnaissance hors tableau ».

Concernant la dosimétrie, le cumul vie dose efficace est de 141 mSV soit plus de 7 fois la dose de l’étude épidémiologique précitée montrant la surmortalité par cancer.

Les informations et les témoignages dont nous disposons démontrent bien l’invisibilité des cancers provoqués par les rayonnements ionisants dont les effets délétères sur la santé peuvent apparaître plusieurs années, voire plusieurs décennies après l’exposition.

Pour toutes les raisons que nous venons d’indiquer, nous avons proposé au Ministre de la Défense, par courrier en date du 6 Juin 2013, la réalisation d’une enquête de santé prenant en compte l’ensemble des travailleurs civils et militaires qui ont été exposés aux rayonnements des chaufferies et armes
nucléaires, afin d’obtenir un bilan précis des maladies radio induites survenues. Dans cette lettre nous indiquions « notre association ayant une expérience en matière de suivi et d’études, nous souhaitons vous rencontrer pour vous présenter notre projet concernant le recensement des maladies radio- induites ».

Il serait paradoxal que cette enquête ne soit pas réalisée alors qu’une étude santé a été effectuée sur les victimes des essais nucléaires et qu’actuellement au Ministère de la Défense une étude nationale est en cours avec un suivi d’une durée de 10 ans en rapport avec l’exposition à l’amiante. L’objectif de cette étude est d’effectuer le suivi des patients et de déterminer l’apparition de pathologies spécifiques en rapport avec l’amiante.

Pas de réponse à ce jour du Ministre de la Défense à notre demande, malgré les interventions de Madame Adam et Monsieur Ferrand députés, du Maire de Brest et des groupes d’élus au Conseil Municipal.

Le 20 Mars 2014 lors du meeting au Patronage Laïque Sanquer, dans le cadre de la campagne des élections municipales, nous avons pu avoir un bref échange avec Monsieur Le Drian.

Il nous avait indiqué de prendre contact avec Monsieur le Maire de Brest pour avoir un rendez-vous au Ministère de la Défense. C’est ce que nous avons fait le 14 Avril dernier.
Le Chef de Cabinet du Maire nous a fait savoir le 16 Juin dernier qu’il n’avait toujours pas de réponse.

Ce mépris et impolitesse à l’égard des irradiés suscitent de notre part incompréhension et colère.

Interpellé par des parlementaires sur la levée du secret défense entourant l’enquête réalisée sur les conditions de travail par l’Amiral Geeraert en 1996, le Ministre de la Défense a pourtant assuré « être particulièrement attentif à la situation des personnes concernées »

En tous cas ce n’est pas l’impression des victimes irradiées.

En ce qui concerne le rapport établi par l’amiral Geeraert en 1996, nous n’arrêterons pas de demander la levée du Secret Défense, la vérité, le Ministère de la Défense le doit aux familles et aux victimes.
Il doit aussi la vérité aux militaires qui ont travaillé sur le site de la dissuasion nucléaire du plateau d’Albion. Selon l’enquête parue dans le journal « aujourd’hui en France » du 21 Avril dernier des dizaines de militaires souffrent de cancers.

L’armée dément toute « dose radioactive pouvant avoir un impact sur la santé » C’est un mensonge.
L’amiral Geeraert a fait procéder à une campagne de mesure de radioactivité en 1997 sur les têtes nucléaires du plateau d’Albion en service de 1980 à 1996, têtes nucléaires identiques à celles portées par les missiles M20 des SNLE., en service de 1978 à 1993.

A la suite de ces mesures, les personnels qui ont travaillé sur le système d’armes M20 ont reçu en Novembre 1997 une lettre avec accusé de réception dont voici le contenu :

« Dans le cadre du démantèlement du système d’armes SSBS S3 du plateau d’Albion, les mesures radiologiques effectuées par le Service de Protection Radiologique des Armées ont révélé un niveau de rayonnement qui aurait nécessité, vraisemblablement, la mise en place de dispositions particulières en matière de protection radiologique pour les travaux réalisés sur la Partie Haute du missile MSBS M20.
Pour les activités qui vous concernent, il a été réalisé un bilan individualisé, afin, d’une part de comptabiliser les indemnités afférentes aux travaux insalubres et d’autre part, de reconstituer votre passé radiologique.
Ce bilan, établi depuis la mise en service du système d’armes M20 jusqu’à son démantèlement vous est communiqué en pièce jointe.
Pour permettre la constitution de votre dossier, je vous prie de bien vouloir transmettre votre approbation par retour de la pièce jointe dûment renseignée »

Du contenu de cette lettre, nous pouvons déduire qu’il n’y a jamais eu de mesures de rayonnement des têtes nucléaires au plateau d’Albion avant 1997, les décrets et règlements en vigueur à l’époque ont été bafoués comme à la Pyrotechnie Île Longue .Les militaires ont été exposé aux rayonnements ionisants dans l’ignorance des risques et sans protection.

Rappelons que de 1972 à fin 1996 la DCN a commis une faute d’une exceptionnelle gravité et à plusieurs reprises en ne procédant pas à une évaluation préalable du niveau de rayonnements aux postes de travail avant toute première mise en services des têtes nucléaires ou après leur modification. C’est une obligation prévue par les lois et décrets en vigueur qui a été bafouée. Elle a d’ailleurs reconnue sa faute inexcusable dans la survenance des leucémies.

Un mot aussi sur les décisions de justice qui se font attendre. Deux exemples :

Un de nos collègues a formulé sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle le 29 Avril 2009. Par jugement en date du 20 Août 2012 le Tribunal des Affaires de Sécurité Sociales de Quimper « dit que la maladie déclarée le 29 avril 2009 par M.......... : « cancer prostatique » a été essentiellement et directement causée par son travail habituel à l’Ile Longue Pyrotechnie l’ayant exposé aux rayonnements ionisants ».
Le Ministère de la défense fait appel et demande à plusieurs reprises le report de l’audience.
L’arrêt de la Cour d’Appel de Rennes est rendu le 6 Novembre 2013. Elle sollicite l’avis du Comité Régional de Reconnaissances des Maladies Professionnelles (CRRMP) de Normandie, après celui des Pays de Loire et de Bretagne.
L’audience qui devait avoir lieu le 22 Janvier 2014 est reportée au 23 Avril 2014, puis au 2 Septembre 2014. la Cour d’Appel n’ayant pas reçu l’avis du Comité Régional de Normandie,
Une procédure qui dure depuis plus de 5 ans.

Un autre collègue atteint d’un lymphome déclare sa maladie le 18 Mai 2011.
Le 6 janvier 2012, il est informé que son cancer n’est pas reconnu par la Sécurité Sociale et que le Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles de Rennes est saisi pour statuer sur la relation directe et essentielle entre sa pathologie et l’exposition aux rayonnements ionisants.
Le 25 Juillet 2012, il est informé que le CRRMP a émis un avis négatif
Le 5 Septembre 2012 cette décision est contesté auprès du Tribunal des Affaires de Sécurité Sociale (TASS) de Brest.
Le Ministère de la Défense demande à deux reprises le report d’audience
Le 9 Septembre 2013, enfin, le TASS sollicite un deuxième avis celui du CRRMP de ROUEN.
Le 6 Juin dernier, notre avocat nous informe que les délais pour examen sont longs et sont la conséquence de la quantité de dossiers soumis au CRRMP, le dossier ne pourrait être examiné avant Septembre prochain.

Je ne m’étends pas sur les trois autres cancers, la procédure est quasiment identique et aussi longue.

C’est un vrai parcours de combattant.

Il est vraiment urgent que le législateur élargisse la liste des cancers radio induits de la Sécurité Sociale en incluant les 18 cancers reconnus pour les victimes des essais nucléaires pour épargner une torture morale aux victimes et à leurs familles.

Enfin pour conforter notre demande d’étude de santé, nous lançons un appel aux personnels civils et militaires qui ont été exposé aux rayonnements des chaufferies et armes nucléaires des Sous Marins et qui ont une pathologie dont l’origine pourrait être la radioactivité de se faire connaître au près de note association. Nous comptons sur vous pour relayer cet appel.

Merci de votre attention

http://www.asso-henri-pezerat.org Maison du citoyen et de la Vie Associative 16 rue du Révérend Père Aubry 94120 Fontenay-sous-Bois Contacts : Francis TALEC adresse mail : francis.talec@orange.fr Louis SUIGNARD adresse mail : lilisuignard@gmail.com
Posté le 29 juin 2014 par nathalie chaline
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Nouveau commentaire
  • Mars 2016
    16:36

    ANTENNE DE BREST DES IRRADIES DES ARMES NUCLEAIRES ET LEURS FAMILLES

    par Maëtte Lannuzel

    Bonjour Mr Capitaine,
    Merci pour votre témoignage, nous vous conseillons de contacter l’association Henri Pézerat pour obtenir les informations nécessaires.

    Site web : http://www.asso-henri-pezerat.org
    Adresse : Maison du citoyen et de la Vie Associative
    16 rue du Révérend Père Aubry
    94120 Fontenay-sous-Bois
    Contacts : Francis TALEC adresse mail : francis.talec@orange.fr Louis SUIGNARD adresse mail : lilisuignard@gmail.com

  • Mars 2016
    19:50

    ANTENNE DE BREST DES IRRADIES DES ARMES NUCLEAIRES ET LEURS FAMILLES

    par CAPITAINE
    Bonjour, Dans les années 80, j’ai travaillé sur des sous marins nucléaires à Brest et Cherbourg. Un jour à Brest je travaillais sous le coeur nucléaire comme stratifieure. En sortant du coeur j’ai donné mon stylo à la sécurité. Ils m’ont dit que j’avais pris une trop grosse dose et qu’ils ne voulaient plus me voir dans les endroits les plus radioactifs. Malheureusement à 20 ans, on ne prète pas attention à de telles situations.Mais dépassé 50 ans,l’estomac se retrouve paralisé et il faut s’équiper d’un appareil (enterra) pour aider celui-ci à faire son travail. Malgré cela il a fallu couper le diodénum et le brancher en direct. Ne serait-ce pas la dose nucléaire qui se réveille 30 ans après ? Merci d’avance de me répondre. Cordialement. Maurice CAPITAINE