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Réfection du Bâtiment aux lions : la rue de St Malo en danger

Ci dessous la lettre ouverte écrite par l’association Vivre la Rue

Madame, Monsieur,

Connaissez-vous la Rue SAINT MALO à BREST dans le quartier de Recouvrance, celle qui est désormais renommée comme étant un symbole de la résistance citoyenne et festive pour le bien commun ?

Enclavés dans le vallon de Pontaniou, ces 94 mètres de rue pavée et ces modestes bâtisses, dont l’histoire connue remonte au XVIIème siècle, ont été miraculeusement épargnés par les bombardements alliés de la seconde guerre mondiale qui anéantirent la cité. Jugée insalubre dans l’élan de reconstruction moderne de la ville dans les années 60, ces habitations furent progressivement vidées de leurs habitants jusqu’aux années 80 en vue d’une démolition programmée.

L’association VIVRE LA RUE a été fondée en juillet 1989 dans le but de préserver, de restaurer et d’animer ce témoin populaire du Brest d’avant guerre, de la faire connaître et reconnaître comme pôle historique, culturel et artistique.
Depuis un quart de siècle, la ténacité et l’engagement indéfectible, la mobilisation citoyenne de centaines de bénévoles, le soutien de milliers d’artistes et spectateurs présents aux manifestations culturelles et artistiques qui y sont organisées, les encouragements des visiteurs (entre 11.000 et 12 000 personnes par an ) démontre la pertinence du combat quotidien pour la préservation et la mise en valeur de ce lieu unique.

Quelques dates :
- 1990 Arrivée de Vivre la Rue qui entreprend de dégager de centaines de tonnes d’ordures déversées là par des riverains. Durée du nettoyage et de sécurisation du lieu : 2 ans.
- 1992 Expulsion de l’asso et démolition du bar le plus vieux de Recouvrance « le Trou »,
- Incendie volontaire du N°7 (après mise en état par l’association)
- 1994 Démolition « accidentelle ? » des numéros 19 ( « la grande caserne ») et 21,
- Incendie volontaire du N°15 (atelier de marionnettes occupé par Vivre la Rue)
1998 Des travaux de réfection des canalisations endommagèrent gravement les édifices en éventrant la rue sur plus de 2,5 mètres de profondeur sur toute sa longueur , détruisant et privant la Rue de son N°1 ce qui entraina la chute des trois pignons des maisons accolées. Grâce à la vigilance de l’association Vivre la Rue fut repaver.
- 2007 Couverture du N°7. Les associations musicales « les Makaks Mékaniks » et « les Fausses Notes » offrent une toiture et viennent la poser avec l’aide d’architectes fraichement diplômés.
- 2008 Des travaux de gros œuvre de réfection des maçonneries anciennes sont effectués ( préconisations de l’architecte Xavier Barruhet, membre du Conseil d’Administration de l’association. Voir le dossier « Rue St Malo, préservation et mise en sécurité des ouvrages »),
- 2014 En février , dans le cadre du chantier du Plateau des Capucins, un expert judiciaire impose à Brest Métropole Océane, propriétaire des murs par droit de préemption, de les « sécuriser » en les étayant à l’arrière de toutes les maisons et jardins. Résultat :
- Saccage et destruction des cours et jardins ;
- Entrave à la circulation piétonne par le circuit de la venelle Saint Malo reconstruit et ré-ouvert par les bénévoles de l’association à l’arrière des bâtisses du numéro 1 au 11 de la Rue ;
- Condamnation de l’accès à la venelle, extraction de pavés originels au profit de blocs de béton ;
- Étayage (« butonnage ») de bois jeune dont l’efficacité s’est révélée nulle ; - Condamnation de l’accès à la passerelle de la petite salle de spectacles UN:UN conçue par le collectif de jeunes architectes ETC et construite lors d’un chantier participatif en mai 2012...

Toutes ces dégradations et démolitions « sous prétexte que... » montrent un manque de respect flagrant pour cette Rue unique dans notre ville. Et nous ne parlons pas ici des dégradations imbéciles sur fond d’alcool. Notre association, protectrice de ce patrimoine qu’elle a révélé, s’indigne et mettra tout en œuvre pour la préserver et continuer à la faire Vivre.

Nous vous interpellons aujourd’hui, au sujet d’une nouvelle menace qui risque de réduire à néant les efforts magistraux engagés depuis 25 années pour faire vivre la Rue Saint Malo.

Un chantier d’une durée de cinq ans sur le Bâtiment aux Lions a débuté en décembre 2014.

Négligé par la Marine Nationale qui en est propriétaire ce bâtiment remarquable a subi l’agression du ciment qui étouffe ses pierres, En 2011, classé monument historique, sa rénovation est prise en charge à proportion égale par le ministère de la Défense et le ministère de la Culture à hauteur de 5 millions d’€uros.
Son ouverture au public ne semble pas envisagée à l’issue des travaux d’après M Hervé Bedry, responsable de la gestion du patrimoine auprès de la Préfecture Maritime Atlantique.

Ce qui motive notre indignation est que l’accès à ce chantier d’envergure, transport de la main d’œuvre, matériel et matériaux, ainsi que l’évacuation des gravats, passe par la petite rue Saint Malo, pavée sur un lit de sable et de graviers, ébranlant ces fragiles constructions antérieures à celle du Bâtiment aux Lions.

Cette impasse piétonne, pavée à l’ancienne, ne saurait supporter les passages successifs de camions.

Outre les risques d’effondrement de la ruelle ancienne inadaptée à la circulation automobile, comment envisager les visites des milliers de visiteurs en balades et enfants en visites pédagogiques qui s’installent d’ordinaire en toute tranquillité dans la rue, les tournages de films, les répétitions et représentations de spectacles, les chantiers participatifs pour la restauration respectueuse des lieux, le maintien des aménagements paysagers côté rue (1er prix 2014 du concours fleurissement de rue de la ville de Brest)...

Pour épargner la fragile voie pavée déjà tant éprouvée et pouvoir continuer à accueillir les visiteurs, les publics et les artistes de plus en plus nombreux, il est essentiel de la préserver de tout transit de camions qui génèreraient nuisances et insécurité.

Des alternatives existent : La plus logique et naturelle est sans conteste le passage par l’arsenal vers le chantier du Bâtiment aux Lions puisque celui-ci appartient au patrimoine maritime Atlantique.Une route goudronnée y mène et un parking se trouve juste devant le monument à restaurer..

« Vivre la Rue » a pour objet la préservation et la réhabilitation de lieux en péril.

Elle entend ainsi, défendre les droits des générations futures, faire naître et vivre des lieux de rencontre et d’échange pour tous. Ses moyens d’actions sont, notamment :
- La restauration et l’entretien de la rue Saint-Malo et de son environnement en Bio-Construction ;
- La production et la diffusion de spectacles, et de manifestations artistiques et culturelles ;
- La mise en pratique des valeurs de l’économie sociale et solidaire (article 2 des statuts) ;
C’est pourquoi nous devons lancer l’alerte !

Posté le 2 janvier 2015 par Michel Briand
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