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Session du conseil régional de Bretagne des 9 et 10 avril 2015

Formations professionnelles. Pour une orientation choisie et qui favorise l’autonomie

Une intervention de Gaëlle Rougier, conseillère régionale EELV

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Que ce soit pour les salariés en situation précaire, licenciés ou craignant de l’être, ou pour les jeunes et adultes demandeurs d’emploi à la recherche d’une qualification ou d’un travail, l’orientation est la première étape d’un parcours et il est important qu’elle soit réussie. Pour les écologistes, celle-ci doit être pensée PAR le bénéficiaire et non POUR lui.

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Gaëlle Rougier

Gaëlle Rougier

Monsieur le Président,

Chers collègues,

Quelques commentaires tout d’abord sur le bordereau concernant le cadre de référence du SPRO.

Pour une orientation éclairée et qui favorise l’autonomie

Que ce soit pour les salariés en situation précaire, licenciés ou craignant de l’être, ou pour les jeunes et adultes demandeurs d’emploi à la recherche d’une qualification ou d’un travail, l’orientation est la première étape d’un parcours et il est important qu’elle soit réussie.

Elle doit être pensée PAR le bénéficiaire et non POUR lui. Le SPRO qui permet de développer l’Accueil Personnalisé et Individualisé concoure à l’autonomisation de l’usager dans son parcours d’orientation et de formation est tout à fait pertinent. Trop de décrochages scolaires découlent d’une orientation subie et non choisie. Cette orientation doit être construite en connaissance de cause, de façon consciente et éclairée.

Il existe beaucoup de malentendus encore entre le monde de l’entreprise et les jeunes scolaires qui sont confrontés de plus en plus tôt à des choix d’orientation. Beaucoup de jeunes gens ont des représentations erronées des métiers qu’ils envisagent pourtant. Beaucoup de jeunes femmes et de jeunes hommes s’interdisent des formations à cause d’une représentation genrée des métiers. La lutte contre les discriminations en matière d’emploi commence avec l’orientation. L’information sur les métiers et leur découverte précoce est donc essentielle.

Un effort à faire envers les publics des quartiers prioritaires et en situation de handicap

Il faut aussi faire un effort particulier en direction des publics des quartiers prioritaires en matière d’information sur les formations.

Avec un taux de chômage autour de 22%, le public en situation de handicap doit aussi faire l’objet d’une attention particulière. Le 12 mars à Rennes s’est tenu le Handi Market Grand Ouest qui présentait les différents métiers et services rendues par des entreprises adaptées et les ESAT. Ce marché a démontré la diversité des métiers accessibles aux personnes en situation de handicap, notamment dans l’industrie, le tourisme, l’agroalimentaire, les nouvelles technologies, le marketing digital. Trop de jeunes gens en situation de handicap souffrent dans leur scolarité, puis dans leur vie professionnelle, qu’ils vivent comme une voie de garage, du fait d’un système éducatif peu adapté mais également d’une orientation par défaut, vers des emplois non qualifiés. Rappelons qu’il y a près de 20 000 demandeurs d’emplois handicapés en Bretagne. La loi du 5 mars 2014, en permettant un accompagnement personnalisé, va permettre de mieux donner sa place à la personne handicapée, dont chacune pose des problématiques qui lui sont propres.

Pour tous les publics les plus absents des dispositifs de formation, il faut une démarche d’aller vers, afin de garantir l’égalité d’accès aux dispositifs de droits communs.

S’appuyant sur le SPRO et le SPRFP, un programme régional d’accès à l’orientation, la qualification professionnelle et à l’emploi pour les personnes en situation de handicap est une piste à creuser avec tous les acteurs, au delà des opérateurs dédiés comme Cap Emploi ou l’Agefiph.

L’orientation ne doit pas être une gare de triage

L’orientation ne doit pas non plus être une gare de triage où l’on oriente les jeunes ou les demandeurs d’emplois vers les postes vacants, les métiers en tension.

Il ne peut y avoir d’adéquation entre le nombre de chômeurs ou de jeunes en formation et les besoins immédiats des entreprises. Outre que le nombre d’emplois vacants est infiniment moins grand que celui des chômeurs, on ne peut orienter à tous crins vers des emplois vacants dans l’industrie ou dans l’agroalimentaire dont on ne voudrait pas pour nous-mêmes, pour nos proches ou pour nos enfants. Les vacances de postes dans certains secteurs ne sont pas que liés à des problèmes de formation, mais aussi à des conditions de travail qu’il conviendrait d’améliorer.

Créer un continuum orientation-formation-emploi et sécuriser les parcours

L’intérêt essentiel d’une compétence régionale en matière d’orientation, de formation et d’emploi est de pouvoir articuler ces 3 aspects afin de créer un véritable continuum qui permette une vraie sécurisation des parcours.

En matière d’orientation, l’échelon régional va permettre un diagnostic territorial fin sur la complémentarité des réseaux déjà existants sur le territoire. Certaines zones sont bien pourvues, d’autres le sont malheureusement moins. Il existe encore des zones blanches en matière d’accueil, d’orientation et d’accompagnement de ces publics en Bretagne.

L’analyse des besoins et des ressources va permettre de savoir là où les besoins d’implantation, de professionnalisation des acteurs en matière d’orientation se fait sentir, là où des complémentarités sont possibles pour articuler les 3 niveaux de l’API à savoir l’accueil, le conseil et l’accompagnement.

Développer une culture commune et gagner en lisibilité

Cela va permettre également d’élaborer une culture commune en matière d’orientation et de développer des partenariats entre des réseaux qui parfois aujourd’hui se font concurrence sur le territoire. On connaît le conflit historique entre les CIO/l’ONISEP et le CRIJB, outil exceptionnel par son champ d’action et les compétences qu’il a développées dans notre région. Il est dommage de voir que là où certaines communes et PIJ travaillent de concert avec les collèges, d’autres considèrent que l’orientation est la chasse gardée de l’éducation nationale. De même, dans l’optique d’un service d’orientation tout au long de la vie harmonisé et global, la complémentarité des PAE, des PAEJ, des PIJ, des points d’accueil des Missions Locales doit être repensée.

Tout en clarifiant le positionnement de chacun, il faut garder en tête que les demandes d’orientation des jeunes notamment se font en proximité, dans la première structure référente que l’on trouve, mairie, PIJ, Mission locale, pôle emploi, etc. L’accueil de ces usagers nécessite donc une culture partagée, bien au delà du champ des opérateurs directs de l’orientation, je pense notamment aux acteurs du « troisième cercle » que sont les acteurs socio-éducatifs des quartiers et des territoires.

Il est difficile pour les bénéficiaires de s’y retrouver dans la galaxie des acteurs de l’orientation. Gageons que le SPRO saura être plus lisible pour les professionnels comme pour les usagers.

Nous soutenons donc pleinement le parti pris de ne pas négliger l’accueil physique de proximité, tout en développant l’information par le numérique et les réseaux sociaux dont les jeunes, notamment, sont de fervents promoteurs.

Tout comme une campagne de communication qui doit permettre de faire connaître le SPRO et de le rendre plus lisible.

Préparer les métiers de demain et s’appuyer sur l’ESS

Vous aurez compris donc que nous approuvons pleinement les orientations du bordereau. Si je devais formuler quelques regrets ce serait plutôt sur des absences concernant les deux points suivants :

Premier regret c’est que ce bordereau ne fasse pas le lien à aucun moment, notamment lorsqu’il est question du CECRE, avec la politique régionale de soutien à l’ESS qui, par le biais de son soutien à la CRES, à l’URSCOOP, aux 15 pôles de développement ESS, par le fond BRIT permet aussi l’accompagnement et la reprise-transmission d’entreprise. Nous espérons que ces acteurs sont bien identifiés comme opérateurs à part entière du CECRE.

Deuxième regret, c’est la dimension de veille sur l’évolution des métiers et des formations qui n’apparaît pas dans ce cadre de référence, à savoir une sorte de GPECT, réalisée par les acteurs de l’orientation et de la formation, afin d’anticiper, et ce de façon objectivée et non dogmatique, les évolutions des métiers et orienter les formations vers les métiers tels qu’ils seront demain et pas seulement aujourd’hui au moment T. Cela permettrait de mettre un peu de distance avec les besoins économiques actuels pour aussi préparer l’avenir.

Formations professionnelles : préparer les métiers de demain

Cela me permet de faire le lien rapidement avec le document d’orientation des formations professionnelles qui est soumis à notre approbation également et qui emporte moins notre enthousiasme. D’abord on a du mal à voir comment les grandes orientations très généralistes du document vont s’incarner concrètement dans les dispositifs opérationnels tel que le PBF et PRS, les ATE, etc., on est plus sur un document de diagnostic partagé que d’orientations stratégiques. Voilà peut-être pour la méthode.

Ensuite au delà du diagnostic que nous partageons sur les différentes filières, les réponses en matière d’orientation sont inégales. On sent que les enjeux en matière d’efficacité énergétique, de rénovation, réhabilitation dans le bâtiment mais aussi concernant les formations électrotechniques, ou la maintenance industrielle, sont bien intégrés. Les smarts grids, les énergies marines renouvelables, écoconception, écomatériaux, ces éléments sont bien pris en compte et de façon transversale.

On voit bien qu’alors que la filière travaux publics n’est plus pourvoyeuse d’emplois, les efforts de formation doivent aller vers d’autres filières d’avenir. Un récent rapport deu commissariat général au DD précise que pour 1 million d’euros investi, l’économie traditionnelle créé entre 4 et 6 emplois, là où pour la même somme l’ESS en créé entre 15 et 20.

Aussi nous nous associons à la CRESS dans son étonnement de ne pas trouver d’orientation en matière d’animation socio-culturelle, tout comme la formation dans le domaine culturel est absente de la réflexion, le spectacle vivant étant juste cité sous la forme d’une équation inquiétante : baisse des subventions égal baisse des emplois égal est-il bien utile de persévérer dans ce domaine ?

Mais le plus interloquant reste la fiche sur l’agriculture, qui se fait un malin plaisir à ne pas citer l’agriculture biologique, préférant parler d’agroécologie. Ce tabou breton se ressent jusque dans les axes de formations proposés. Pourtant pour atteindre les objectifs de la Nouvelle Alliance d’une agriculture plus durable, avec des systèmes de production plus autonomes et à plus forte valeur ajoutée, qui rémunère mieux les agriculteurs, il s’agit bien de former aussi et je dirais avant tout de former aux modes d’élevage et de culture biologiques. La Région pourrait investir ce domaine où des opérateurs de formation sont déjà présents comme la FRAB ou IBB, en prolongement du dispositif Pass’Bio.

La diversification des formations dans l’agroalimentaire est aussi nécessaire afin de redonner l’envie aux jeunes d’entrer dans cette filière. Il est anormal en Bretagne de voir un si faible niveau de personnes en formation (890) dans un secteur qui compte 60 000 salariés. La montée en qualification est un bon objectif, la formation continue des ouvriers de l’agroalimentaire doit être soutenue.

De façon générale, les formations proposées par la Région doivent être mieux articulées avec les dispositifs d’insertion. L’expérimentation finistérienne et celle en cours en Ille et Vilaine de la garantie jeune tendent à montrer que les dispositifs devraient être mieux articulés afin de ne pas se concurrencer les uns les autres. Il est troublant de voir des jeunes gens qui ont suivi une POP ou une formation qualifiante régionale arriver à la mission locale dans les dispositifs de ce type qui sont fait pour les publics les plus éloignés de l’emploi. S’il est compréhensible que ces jeunes préfèrent l’insertion rapide par l’activité à un cursus qualifiant plus long, la formation qualifiante reste le seul rempart durable contre le chômage. Dans les métiers saisonniers (hôtellerie, restauration, tourisme) mais aussi les métiers de bouche, on met les publics précaires en concurrence. Apprentis, titulaires d’une formation qualifiante, étudiants, soyons vigilants à ne pas opposer les publics et à mieux articuler formations initiale et continue.

Enfin, la commande publique régionale en tant que levier de structuration de filières innovantes est sous-exploitée. Même si les questions sociales et environnementales sont bien-sûr présentes à l’esprit des services lorsqu’ils instruisent les dossiers du PBF, il est étonnant de ne pas les avoir encore formalisés par des critères et des clauses sociales et environnementales en matière d’égalité femme-homme, d’insertion des jeunes, de Développement durable, etc. Il serait bon d’intégrer cela dans le cadre de notre réflexion en cours sur la commande publique en matière de formation professionnelle.

Nous approuvons tout de même ce bordereau car, comme je l’ai dit, il est plus un diagnostic partagé qui permettra d’engager le dialogue, qu’un document stratégique en soi.

Vote Pour

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Posté le 13 avril 2015 par EELV Bretagne
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