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« La fin du pétrole n’est pas l’apocalypse ! »

Extrait de l’interview de Michel Serres publiée par Le Figaro

Après l’annonce d’une chute des stocks de brut aux États-Unis, une pénurie structurelle d’hydrocarbures menace-t-elle notre civilisation ? Le philosophe Michel Serres, membre de l’Académie française et professeur à la Stanford University de Californie, dessine pour Le Figaro l’esquisse d’une civilisation de l’après-pétrole.

Extrait de l’interview publiée par Le Figaro le 07 octobre 2005

La « fin du pétrole » apparaissant désormais inéluctable, allons-nous devoir réviser nos modes de vie ? Et nos sociétés sont-elles appelées à se réformer rapidement ?

Michel SERRES. - Depuis les ravages causés par Katrina dans le golfe du Mexique, il est beaucoup question, aux Etats-Unis comme en Europe, de la menace que l’amenuisement des réserves mondiales de pétrole fait peser sur le devenir de nos sociétés. Pour autant, cette prévision ne constitue en aucun cas une découverte pour les spécialistes énergétiques ! Le « mur » du pétrole est déjà connu depuis plusieurs dizaines d’années. Quant à la flambée des prix du brut, elle était également anticipée par les meilleurs experts. Dès le moment où l’on savait discerner et dater le « mur » du pétrole, on pouvait également estimer qu’il serait précédé d’une hausse du prix du brut. Nous y sommes. Nous avons maintenant conscience de la finitude inhérente aux ressources de pétrole. Avant de nous inviter à une réforme de nos comportements et à un « changement de paradigme », j’ai surtout le sentiment que cette problématique nous confronte à la différence entre les rythmes de prévision qu’impliquent, d’un côté, une gestion de court terme et, de l’autre, une gestion de long terme. La plupart des problématiques relatives à la survie de l’humanité concernent la (très) longue durée. Or, aujourd’hui, hélas, le long terme est négligé : c’est sans doute logique, dans la mesure où le journal vit dans l’urgence et la fièvre de l’actualité. Mais il n’est pas pris en compte non plus par les mondes politique et économique, dont l’horizon est borné par le futur immédiat. Comment se fait-il qu’on caresse le projet d’un immense aéroport français ou d’un programme d’autoroutes ambitieux, quand on devine les difficultés - et l’impératif de réorganisation globale - que vont entraîner des défis aussi différents que le mur du pétrole, l’avenir du système de santé, les bouleversements de l’éducation et de la recherche ?

...

Le pétrole appartient-il déjà au passé ? Et la transition que vous évoquez entre deux modèles de civilisation va-t-elle accélérer l’obsolescence de l’« or noir » ?

En tout cas, dès que les nouvelles technologies sont apparues, elles ont rendu désuet, dans plus d’un cas, le transport physique des personnes. D’une certaine manière, le pétrole est déjà démodé. L’ère du charbon et du pétrole a donné naissance à la révolution industrielle, qui a cent cinquante ans. On peut se demander si une parenthèse dans l’histoire de l’humanité n’est pas en train de se refermer. D’autres parenthèses dans la vie de l’humanité vivent en ce moment leur épilogue. Au néolithique, les hommes, qui étaient encore des chasseurs cueilleurs, sont tous devenus des agriculteurs et des éleveurs. L’humanité s’est alors attelée à produire de la nourriture avec l’agriculture et l’élevage. En raison de la décroissance permanente du nombre d’agriculteurs, l’ère ouverte avec le néolithique a pris fin. Dans Hominescences, j’ai justement réfléchi à la refermeture simultanée de toutes ces parenthèses de très long terme. Dans ce contexte général, notre chance est d’avoir su mettre au point des technologies de substitution avant même que les industries fondées sur le « hard » disparaissent. Alors qu’il déclinait, le « hard » a été relayé par le « soft ». Et la plupart de nos pérégrinations sont, d’ores et déjà, inutiles.

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- L’interview reprise sur le bulletin de l’AFnet

Posté le 9 octobre 2005 par Michel Briand
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