Conférence organisée par une députée locale à la faculté de Brest : la règle de neutralité est-elle abandonnée ?
Monsieur le Président,
J’ai eu le plaisir d’assister le jeudi 03 novembre à une conférence de Monsieur Zaki Laïdi à la Faculté des lettres et sciences sociales de Brest, sur le thème "L’Europe peut-elle relever le défi de la mondialisation ?" J’ai été un peu surpris qu’en 2005 un "chercheur à l’Institut français des relations internationales" et "ex-conseiller de Pascal Lamy pour la globalisation" soutienne une adéquation parfaite entre amélioration du niveau de vie des populations chinoises et participation de celles-ci au marché mondial, et j’ai été interloqué quand cet homme déclaré à gauche m’a répondu que lui devrait "gagner beaucoup plus" lorsque je lui ai appris que moi j’étais précaire (libéralisation de l’enseignement supérieur). Quoiqu’il en soit la conférence était fort intéressante globalement.
Ce qui m’a paru poser problème ne fut pas la présence de cet éminent "politologue", mais le fait que la conférence était organisée directement par la députée locale. Vous n’êtes pas sans savoir, Monsieur le Président, que jusqu’à cette date régnait à Brest, comme dans beaucoup d’universités françaises d’ailleurs, un "modus vivendi" selon lequel les personnes souhaitant organiser des conférences publiques à vocation politique devait passer par des associations citoyennes (club de ceci, amis de cela, comité de telle cause...). La règle était "pas de partis". Cela convenait à la quiétude de l’université et à la distance critique de la recherche.
C’est pourquoi je vous prie de préciser, Monsieur le Président, si cette règle de neutralité quant aux partis est définitivement abandonnée, ou si elle est reprise sitôt après les apparitions du Parti socialiste. Assumez-vous à présent la responsabilité d’accueillir la longue liste de tous les partis - vraiment tous - dans l’enceinte de l’université ? Ou à l’inverse assumez-vous l’attribution vous au Parti socialiste d’un statut de "réalisme scientifique", ou "citoyen de base", ou même "d’utilité publique" ?
Par ailleurs, je constate que l’accroc n’a été autorisé que sur le sujet "Europe & mondialisation", pour un débat nettement placé dans la suite du référendum et la délégitimation du vote populaire par les milieux de centre gauche. Dans ces conditions, je vous demande de préciser quels sont les garanties dont bénéficient vos étudiants à l’encontre d’une éventuelle présentation en tant que "vérité scientifique", "conséquence inévitable" et autre "évolution naturelle" des thèses arbitraires du Oui de gauche, par laquelle pourraient être tentés les professeurs de votre université affiliés au Parti socialiste.
Cet accroc ayant visiblement été soutenu par bon nombre de professeurs présents dans la salle, je vous demande de préciser aussi quelles sont les garanties dont bénéficient vos doctorants qui professeraient des idées altermondialistes, contre d’éventuels obstacles à l’embauche ou à l’achèvement de leur thèses, ou tout au moins à la légitime et pleine expression de leurs talents, particulièrement en économie et en sciences sociales.
Enfin, Monsieur le Président, je vous signale que M. Zaki Laïdi est venu à Brest soutenir une concentration des Pôles d’excellence européens de la France en quatre à cinq pôles au plus. J’ai pensé que ce détail pourrait vous intéresser, car vous comprenez bien que sans aménagement volontariste et égalitariste du territoire, votre université excentrée sera sacrifiée.
En l’attente de votre réponse, je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Président de l’Université, l’expression de mes salutations respectueuses.


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