La fin de l’ére de l’énergie
repris de la revue Transversales Sciences Culture

Edito publié par la revue Transversales Sciences Culture
La fin de l’ère de l’énergie
par Jacques Robin
Depuis son émergence, il y a plus de 200 000 ans, l’Homo Sapiens s’est déployé dans le cadre de trois ères successives. Celles-ci correspondent au type de rapport que les sociétés humaines entretiennent avec l’environnement matériel naturel qui les entourent : elles façonnent ainsi une vie matérielle et une pensée symbolique.
Pendant les premières centaines de milliers d’années de leur existence, les Sapiens évoluent dans l’ère de la survie et de l’adaptation. En dehors de l’adaptation à la cueillette, à la chasse et à la pêche, ils s’enrichissent d’un langage articulé et d’une activité artistique.
Il y a de 10 à 12 de milliers d’années une ère énergétique prend la place de la précédente grâce à la capacité apprise d’utiliser l’énergie pour mettre en forme la matière ; elle s’accompagne généralement de rapports de violence pour l’appropriation de ces ressources. La guerre du pétrole n’en est qu’une des dernières manifestations.
Il y a quelques décennies seulement nous sommes entrés dans l’ère de l’information par une maîtrise entièrement nouvelle de cette dimension de la matière. Nous avons de la difficulté à intégrer cette information car elle change « les règles du jeu, les forces productives, les processus de valorisation, les rapports sociaux, nos valeurs et jusqu’à nos horizons collectifs ». La crise actuelle annonce la fin de l’ère de l’énergie qui appelle la fin de la seule économie de marché afin d’y substituer une économie plurielle intégrant les biens communs planétaires, une culture de la gratuité et un nouveau rapport à l’espace et au temps. Quand accepterons-nous ces données ?
Et Question à...
Yves Cochet - Député vert de la 11ème circonscription de Paris
Vous prophétisez une fin du pétrole apocalyptique, vous y croyez vraiment ou c’est juste pour frapper les esprits ?
Je ne suis pas prophète, je m’exerce à la prospective politique. Je n’annonce pas "la fin du pétrole" , mais "la fin du pétrole bon marché" .
Le mot "apocalypse" doit être compris en son sens étymologique d’"avertissement". Mais, oui, je veux frapper les esprits, en analysant le plus justement (justesse + justice) le mouvement matériel du monde. A cette fin, le plus important est, pour chacun d’entre nous, de déconstruire nos représentations issues du passé afin d’être ouvert aux signaux du futur, de rechercher une vision partagée de l’avenir. Sans changement de nos représentations, pas de changement de la réalité elle-même.
Ne peut-on considérer que la fin du pétrole soit plutôt une chance face au réchauffement climatique ?
Derechef, il n’est pas question de "fin du pétrole" , mais de l’entrée du monde dans l’ère de l’énergie chère, pour toujours. Il est politiquement imprudent de croire que les groupes humains qui ont poussé et poussent à la consommation de pétrole s’arrêteront de le faire. Nous pouvons seulement ralentir, réduire, faire décroître la consommation de pétrole afin d’atténuer la vitesse du changement climatique (aval du carbone) et d’essayer de conserver les valeurs cardinales de la paix, de la démocratie et de la solidarité en repoussant, lissant, rabotant le choc du Peak Oil (amont du carbone).
D’après vous, que pourrions nous faire ?
Une seule orientation : la sobriété. Exemples de premier niveau : dans le secteur de la mobilité (transports), remplacer la philosophie actuelle des pays riches "plus loin, plus vite, plus souvent, et moins cher" par "moins loin, moins vite, moins souvent, et (de toute façon) plus cher" ; dans le secteur agroalimentaire, remplacer la philosophie actuelle des pays riches "alimentation toutes saisons, tous continents, toutes viandes" par "alimentation plus saisonnière, plus local, plus végétale". La sobriété peut se décliner en centaines de mesures de second niveau, dans tous les domaines, à tous les échelons (voir mon livre).
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