Barrages et interconnexions de retour dans le Finistère ?

Il pleut plus qu’ailleurs et pourtant il manque d’eau. Cherchez l’erreur !
Ce n’est pas un scoop, le Finistère est un département pluvieux : en moyenne 1 000 mm de pluie par an soit 20 % de plus que le reste du territoire national. Et pourtant, il manque de l’eau pour la production, notamment dans le Sud-Finistère, un déficit y est apparu nettement durant l’été 2003.
La raison n’est pas liée à une consommation excessive des finistériens bien que beaucoup de progrès, ici comme ailleurs, restent à faire dans la maîtrise de la consommation d’eau. Les experts estiment que ce genre de scénario pourrait se reproduire tous les 10 ans, voire plus suivant l’évolution du climat.
En fait cette pénurie tient surtout au fait que 80 % de l’eau potable est pompée dans les rivières bretonnes, et non pas dans les nappes phréatiques. Ces eaux brutes, essentiellement de surface, sont insuffisamment protégées : 40 % des prises d’eau manquent actuellement de périmètres de protection suffisants (3 d’entre elles sont au-dessus des plafonds autorisés de 50 mg de nitrates par litre et ne fonctionnent que par dérogation) .
Une étude qui conforte le Conseil général du Finistère dans son choix contestable de l’interconnexion
Les conclusions d’une étude sur la protection de la ressource, d’amélioration de la qualité de l’eau et d’économies, confiée par le conseil général du Finistère, au cabinet nantais SCE, ont été rendues publiques fin 2005. Une étude qui vient, fort à propos, pour le Conseil général, la confortant dans sa stratégie en matière de politique de l’eau.
Cette étude propose de créer des réservoirs et surtout développer la solidarité sur le territoire entre zones excédentaires et déficitaires en multipliant les canalisations d’un syndicat de production à un autre. Une interconnexion qui existe déjà largement dans le Nord du département à partir de l’usine de production d’eau de Pont ar Bled qui fournit de l’eau à 400 000 habitants. Au nom de la lutte contre le risque de pénurie d’eau, cette solution est donc préconisée désormais sur l’ensemble du territoire départemental. Dans le sud, l’objectif est clairement énoncé : interconnecter l’Aulne, l’Odet et tout le secteur de Pont-Aven.
Usant largement de l’argument de l’obligation de fournir de l’eau potable en quantité suffisante à la population, le Conseil général fait donc le choix contestable de l’interconnexion...
Des projets très coûteux
L’étude propose 2 solutions :
l’une combinant interconnexions, création d’un barrage dans les monts d’Arrée, en amont de l’Aulne, et usine de traitement.
Coût : 98 millions d’euros.
l’autre créant sur plusieurs rivières des retenues locales spécialement créées ou en réutilisant d’anciennes carrières.
Coût : 39 millions d’euros
A noter que dans ces deux scénarios le contribuable, par ailleurs le plus souvent usager-payeur, est mis largement à contribution. Les gros pollueurs échappant une fois de plus à leurs responsabilités.
Et les économies ?
L’étude reste vague ; les systèmes de récupération d’eau pluviales, pourtant efficaces, sont estimés encore « du domaine de l’expérimentation ».
Une autre politique est possible.
Choisir l’interconnexion et les barrages :
C’est oublier que, seules, la protection et la maitrise de la ressource en eau combinée à une réduction significative du gaspillage peuvent apporter des solutions durables, sans pénaliser à outrance l’usager-consommateur.
C’est oublier un peu vite que cette interconnexion a montré largement ses limites dans le Nord Finistère car elle s’est accompagnée d’un abandon progressif de nombreux captages locaux, trop exposés à la pollution d’origine agricole.


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