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« Pour une social-écologie », un entretien avec Jean-Paul Besset publié par Politis

Jean-Paul Besset a été a été rédacteur en chef de « Politis » puis au « Monde ». Il publie « Comment ne plus être progressiste ? sans devenir réactionnaire », où il remet en cause le mythe du progrès, responsable de la destruction de la planète. Pour lui, le seul remède consiste en un changement radical de nos comportements.

Extrait de l’article de Marie-Édith Alouf publié dans Politis n°874

Vous dites que nous pratiquons un « écocide ». Que signifie ce
terme ?

C’est la destruction du vivant. C’est plus que
l’environnement, qui est une notion anthropocentrique. Ce qui
est en jeu, aujourd’hui, ce n’est pas seulement la destruction
de « ce qui environne l’homme », c’est la destruction de
l’homme dans son système de vie, dans son milieu de vie.

Nous vivons un tournant, un changement d’histoire à l’échelle
géologique. L’évolution de la Terre, des grands équilibres,
est en train de se bouleverser à une vitesse accélérée comme
jamais, à cause de l’irruption de l’espèce humaine en tant que
moteur de cette évolution. Par toute une série de dérives,
cette espèce humaine a mis en place une machine infernale qui
menace son propre camp, sa propre espérance de vie. La
destruction des fondamentaux de l’espèce (les hommes en tant
qu’êtres vivants) entraîne en même temps une destruction de
l’humain (en tant que catégorie sociale).

Nous savons cela, y compris les politiques, mais nous ne
faisons rien. Pourquoi ? Cynisme ? Paralysie devant l’ampleur
de la tâche ?

Tout cela à la fois. Nous savions qu’il y aurait en Europe, en
France en particulier, des canicules assassines. On les a
découvertes sans avoir rien fait pour en atténuer les
conséquences. Nous savions que La Nouvelle-Orléans était
menacée par des cyclones qui entraîneraient des montées des
eaux, que les digues ne tiendraient pas... Nous savons tous
ces choses. Ce ne sont plus des alertes ou des angoisses
métaphysiques de quelques-uns. La réalité de la catastrophe
est désormais inscrite dans chaque discipline scientifique.
C’est ancré, reconnu, discuté par les plus hautes instances
politiques, mais c’est tellement impensable ­ savoir n’est pas
croire ­ que l’humanité dans son ensemble, toutes populations
et classes confondues, est saisie d’impuissance. On se
retrouve avec un gouffre sous les pieds : l’échec de nos
systèmes de développement, de nos modes de vie, de nos
certitudes devenues nos raisons de vivre. Tout cela
s’effondre, et il faut changer de système. Et rapidement, car
il n’y aura pas de solution miracle. Alors, bien sûr, il y a
des couardises, des lobbies, des jeux d’intérêt qui ne sont
pas négligeables, mais le coeur de la question est dans cette
paralysie de la volonté, cette atonie qui saisit l’humanité
devant son propre échec. Comment concevoir que l’espèce
humaine soit menacée par son génie, par sa puissance ?

C’est un retournement culturel considérable...

Cela nous oblige en effet à remettre en cause cette valeur
fondamentale qui est la base de notre civilisation depuis deux
siècles, depuis les Lumières : la croyance en le « Progrès ».
Le développement, la croissance, l’opulence... C’est une
formidable histoire que celle du progrès, qui a sorti
l’humanité de sa caverne, du Moyen Âge, des obscurantismes.
Mais, ces dernières années, il est devenu destructeur. On le
voit au niveau de la crise écologique, mais aussi de la crise
sociale, avec un système qui, plus il produit de richesses,
plus il crée d’inégalités, de la précarité, des frustrations,
des pathologies de l’âme humaine... Le progrès s’est retourné
en contre-progrès comme les révolutions se retournent en
contre-révolutions.

Pensez-vous que la distinction droite-gauche, en ce domaine,
n’est plus pertinente ?

Face à cet enjeu, en effet, elle n’est plus pertinente. La
gauche, toutes tendances confondues, a toujours privilégié
l’idée qu’il suffisait de retourner la mécanique du progrès ­
richesses, croissance, développement, techniques ­ afin que le
plus grand nombre en bénéficie. Elle ne divergeait que sur les
moyens d’y parvenir : réforme ou révolution. Or, aujourd’hui,
c’est la mécanique qui pose problème. La machine à produire
toujours plus accumule du « toujours moins », que ce soit du
point de vue écologique ou en matière sociale.

...

Lire la suite dans Politis n°874

Posté le 28 novembre 2005
Nouveau commentaire
  • Décembre 2007
    12:02

    « Pour une social-écologie », un entretien avec Jean-Paul Besset publié par Politis

    par François
    Nous invitons celles et ceux qui s’intéressent à la "social-écologie" à participer à nos travaux de rénovation de la gauche et du PS : www.socialecologie.fr

    Voir en ligne : socialécologie

  • Février 2006
    15:25

    « Pour une social-écologie », un entretien avec Jean-Paul Besset publié par Politis

    par jp Lefebvre
    je voudrais entrer en contact avec Jean Paul Besset pour une soirée débat ATTAC Elbeuf agglo