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Pour la séparation de la culture et de l’état

Contribution au débat

mercredi 14 décembre 2005

Imaginons qu’en 1905, les députés n’aient pas voté la "séparation de l’Église et de l’Etat", mais décidé tout au contraire d’impliquer plus encore la République dans les affaires des cultes en légiférant sur tous les aspects de la vie religieuse... Ils auraient non seulement fixé les conditions d’ordination des prêtres, leurs mérites, leurs salaires, la délimitation de leurs paroisses, et le lien de subordination direct de chacun avec Rome, mais aussi rendu les oboles obligatoires, fixé un prix forfaitaire pour chaque sacrement, encadré l’import-export des reliques, établi la liste des fabricants et distributeurs autorisés pour les médaillons des Saint Antoine, Saint Jean-Baptiste et les autres, et pénalisé leur contrefaçon...

Et bien cette folie à laquelle nous avons échappé en 1905 grâce à la sagesse de nos députés laïques - Dieu merci -, le "projet de loi relatif au droit d’auteur et aux droits voisins dans la société de l’information" qui est proposé "en urgence" au vote à l’Assemblée Nationale la veille de Noël 2005 (sic), est en passe de l’accomplir pour la Nouvelle Religion : L’INDUSTRIE CULTURELLE.

Un texte d’Olivier Auber, qui propose de couper le cordon ombilical entre la culture et l’Etat, et de mettre un terme au culte de l’« Industrie Culturelle » (un bel oxymore : on devrait plutôt dire l’Industrie Anti-culturelle).

publié sur art libre

La licence n’est pas mentionnée mais le texte est « sous copyleft », librement modifiable et rediffusable.

Aujourd’hui, il n’est plus question du pouvoir de Rome, mais de celui quelques multinationales trouvant leurs sièges à Hollywood, Seattle, Tokyo, Londres ou Paris, qui font un commerce de masse de "produits culturels" : films, musiques, livres, logiciels et services divers. Le projet de loi en question entend protéger contre le soi-disant pillage, par un attirail répressif doublé de systèmes technologiques de contrôle automatique auquel nul ne pourra échapper, les droits des "auteurs" de ces produits, ainsi que les "droits voisins", c’est à dire ceux des marchands du Temple de la Religion en question.

A l’heure où Google propose à ses clients d’acheter l’exclusivité de n’importe quels mots de n’importe quelle langue, et d’en faire commerce, que propose cette loi si ce n’est de protéger du pillage les artisans d’un autre pillage ?Les contenus de ces soi-disant "produits culturels" ne sont-ils pas que de simples interprétations de pans entiers du patrimoine mondial, allant des mythes les plus anciens, jusqu’aux histoires vécues par tout-un-chacun, en passant par les créations les plus pointues des avant-gardes artistiques, scientifiques ou techniques, dont les travaux sont siphonnés sans citation aucune, par une cohorte de réputés auteurs, starifiés ou taillables et corvéables à merci - c’est selon - pour en extraire des sortes de nouveautés amnésiques ?

Comment un Culture pourraient-elle vivre durablement sans que chacun puisse exercer ses facultés, de prendre, de regarder, de modifier et de transmettre à nouveau ? Dès lors, le pillage de ces produits n’est-il pas même légitime ? D’ailleurs, ne faut-il pas l’appeler "interprétation", "détournement" ou "ré appropriation" ? Et ce deuxième pillage n’est-il pas carrément l’antidote au premier contre sa propre annihilation ?

La Nouvelle Religion ne l’entend pas ainsi. Non seulement, la copie, la redistribution, la fabrication de logiciels incitant à la copie sont sévèrement réprimés, mais aussi les logiciels qui permettraient de lire et d’échanger des "oeuvres éventuellement soumises au droit d’auteur" en s’affranchissant des fameuses technologies de contrôle automatique, sont illicites. Fini les logiciels Libres ! Autant dire que dans cette Religion là, pas question d’avoir droit à son sacrement sans l’aval direct de Rome. Et si vous avez le malheur de ne pas être passé par le tiroir caisse, votre hostie sera détruite automatiquement sous vos yeux, et vous serez tout aussi automatiquement dénoncés aux instances centrales de répression.

On comprend que la société est à la recherche de croissance économique, et que la Nouvelle Religion lui serine qu’elle peut seule lui apporter la rédemption. Mais comment la République peut-elle se prêter à de tels délires ? Comment peut-elle laisser des mains privées développer de telles systèmes de contrôle et se proposer de manière zélée pour assurer les basses oeuvres de répression publique ? Quel aveuglement frappe le législateur pour qu’il ne voie pas qu’une telle Religion mène tout droit à la prévarication absolue, à l’oppression accrue des plus faibles et finalement au délitement social et économique le plus profond ?

Comment la République peut méconnaître qu’il existe beaucoup d’autres pratiques de création, de diffusion de d’échange culturels fondées sur la confiance et le partage, et qu’elle s’apprête à les sacrifier sur l’autel de la Nouvelle Religion de l’Industrie Culturelle ?

Non, députés, ressaisissez-vous, votez aujourd’hui pour "la séparation de la Culture et de l’Etat". Faites en sorte que la chose publique garantisse à tous la libre pratique du Culte de son choix ! Que les Industries Culturelles fassent le projet d’introduire des dispositifs de contrôle automatique, soit ; qu’elles subissent seules les conséquences de leurs abus de pouvoir. Ne pénalisez pas ceux qui voudraient vivre, créer et échanger dans l’esprit de liberté qui est à la source de la République ! »

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3 avril 2006 Pour la séparation de la culture et de l’état
Bien sûr il est temps d’alerter les gens...(évitons le mot "consomateurs"). Mais le titre "Pour la séparation de la culture et de l’état" n’est pas bon. Il vaut mieux dire :"séparation de la culture et des marchands" car un état qui serait digne de ce nom devrait ètre un état démocratique où les acteurs culturels auraient toute leur place.Il faudrait laisser à un tel Etat la possiilité d’intervenir dans un SERVICE PUBLIC de la CULTURE : pour construire des lieux, financer les grandes manifestations culturelles etc... Ce qu’il faut combattre de toutes nos forces c’est le "libéralisme" (ce mot employé abusivement pour nous tromper car il contient le mot "liberté") qui nous mène ASSÛREMENT au gouffre...culturel et donc au "gouffre" tout court.
MONBUREAU HERVE - Répondre à ce message
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