Maturation des mâchefers : ni à Plabennec, ni ailleurs !
avis de Jean Yves PIRIOU, conseiller municipal de Plabennec, conseiller communautaire et délégué au Pays de Brest
Actuellement, les mâchefers ou résidus de l’usine d’incinération des déchets du Spernot à Brest sont transportés à grand frais vers Caen. Tout le monde est d’accord pour arrêter ces transferts de pollution qui coûtent cher. Mais il aurait fallu profiter de l’occasion pour repenser complètement la gestion de nos déchets à l’échelle du Pays de Brest et s’adapter aux nouvelles règlementations.
L’incinération et l’utilisation des mâchefers en sous-couche routière est une fuite en avant avec un marché privé qui devra être entretenu. Ceci est incompatible avec une volonté de réduire les déchets à la source et d’augmenter le tri sélectif. De plus, l’incinération est le système de traitement le plus coûteux et le plus polluant. L’incinération de chaque tonne de déchets produit des gaz à effet de serre et toujours de la dioxine hautement toxique (malgré une mise aux normes coûteuse). Il reste environ 30% de résidus cendreux que l’on appelle mâchefers contenant métaux lourds, dioxine, furanes, etc... Les gestionnaires du Spernot (Sotraval) ont passé dernièrement un accord avec Eurovia pour, après traitement (ou maturation) épandre ces produits encore toxiques dans la nature lors de la construction de nouvelles routes.
Pour la maturation, 3 sites sont projetés : le Spernot lui-même, Guipavas Beg-ar-Groas et Plabennec-Penhoat. On nous parle de concertation et de transparence ? En fait on ne nous fournit aucun document et on refuse de nous parler technique. On nous dit qu’on va prendre le temps ? En fait, deux jours plus tard, on nous annonce le retrait du site de Guipavas et la mise en route d’études d’impact sur les deux autres sites.
Refuser l’épandage des mâchefers encore toxiques dans la nature, c’est refuser une telle création de plateforme de maturation, que ce soit à Plabennec ou ailleurs. De plus un tel traitement comporte des dangers pour le voisinage et pour la nature.
La solution ? Un stockage étanche et couvert au plus près de l’usine, c’est-à-dire au Spernot. Création d’une centre de recherche pour traiter plus tard ces résidus toxiques sur place...et surtout sortir progressivement de l’incinération en créant un système ambitieux de moindre production et de tri des déchets dans le Pays de Brest.

1. La CCPA incinère tous ses déchets non-triés
1.1.Le tout-incinération
Jusqu’en 2003, les déchets de la Communauté des communes de Plabennec et des Abers étaient expédiés pour moitié (communes de la côte) vers le Sivalom pour en faire du compost, et pour l’autre moitié (communes de l’intérieur des terres) vers le Spernot pour y être incinérées. La décision de quitter le Sivalom et d’entrer dans le tout-incinération a été votée en 2003 par l’assemblée communautaire sauf une voix (la mienne). J’ai alors expliqué que, à mon avis, l’incinération est le moyen le plus cher et le plus polluant.
1.2. Une mise en œuvre non-incitative de la redevance
La redevance sur les déchets ménagers est actuellement calculée sur le nombre de personnes logeant dans la maison. En étant favorable à une redevance plutôt qu’une taxe, j’ai cependant toujours voté contre son mode de mise en oeuvre qui n’incite ni au tri ni à la récupération des déchets, ni la recherche de moindres emballages à l’achat. De plus, il va à l’encontre du principe pollueur-payeur. « Quelqu’un qui a son bac à ordures vide paye autant que celui qui a son bac plein ». Je suggère, en maintenant le principe de la redevance en fonction du volume du bac à ordures, de laisser au contribuable le choix de ce volume selon ses besoins en terme de déchets jetés. Ainsi moins on jettera, moins on paiera. C’est le système incitatif le plus efficace, qui est d’ailleurs employé par la CCPA pour les professionnels.
2. Le Pays de Brest, son incinérateur du Spernot et ses très chers mâchefers
2.1. La logique productive de l’incinération et de l’utilisation de ses produits

- UIOM du Spernot
L’incinérateur du Spernot à Brest est désormais géré au niveau du Pays de Brest. Il existe une utilisation énergétique dans la zone urbaine proche. La mise aux normes concernant les rejets polluants atmosphériques est en cours en 2005, et coûte très cher. Sur les 100000 tonnes de déchets traités par an, il reste 30000 tonnes de résidus secs qui sont aujourd’hui expédiés à grand frais vers Caen.
Un contrat récent entre la Sotraval (gestionnaire de l’usine avec les communautés de communes) et Eurovia (constructeur de routes), créant Scorvalia, prévoit de créer une plateforme de maturation des mâchefers pour que ceux-ci soient utilisables dans les sous-couches routières dispersées sur le territoire. Une première étude a retenu, sur 6 sites proposés par les communautés de communes, 3 d’entre eux :. Guipavas Beg-ar-Groaz, Plabennec-Penhoat et Brest-Spernot. Une seconde étude a classé les 3 sites, avec des notations douteuses de critères. Sur plusieurs critères Plabennec arrive en tête.
Tout ceci est l’aboutissement de la mise en place d’une filière productive associant des intérêts privés qui empêchera à terme de réfléchir à une autre politique des déchets sur le Pays de Brest. Pour alimenter cette filière ; il faudra alimenter l’incinération. Pour que l’incinération fonctionne bien, il faudra toujours beaucoup de papier, de carton , de plastique. Donc pourquoi trier ? Pourquoi réduire nos déchets à la source ?
2.2.De nombreux exemples inverses
Après l’Allemagne, l’Irlande a décidé au 1er janvier 2005 de sortir de l’incinération et a adopté sur tout son territoire la pesée embarquée des poubelles (paiement au poids de déchets) pour réduire fortement les ordures jetées. La Vendée, après sondage de sa population (79% contre l’incinération et 86% pour la pesée embarquée) a donc décidé de suivre l’avis des contribuables et citoyens. La Communauté des Communes de la Porte d’Alsace (près de Mulhouse) a aussi décidé de mettre en place la pesée embarquée sur son territoire. Le résultat est probant : 4 fois moins de déchets jetés en 5 ans. Leur redevance en 2004 de 35 euros par habitant et par an est égale à la moyenne de celle de la CCPA, donc pas plus chère.
Les Verts du Pays de Brest ont, par une note du 15 avril 2005, dénoncé chez nous « le choix du traitement des mâchefers qui se situe dans la logique de poursuite du recours à l’incinération et fait entraîner des risques supplémentaires de dispersion dans la nature de matériaux qui, loin d’être inertes, comme on veut bien le dire, détiennent des polluants hautement toxiques ».
A tous les niveaux des volontés de marche arrière se font jour. Et à chaque fois sont liés le moins d’incinération et le plus de tri. A l’inverse, la logique du tout-incinération est incompatible avec celle du tri et recyclage. En effet un incinérateur a besoin, pour bien brûler, du maximum de papier, carton et plastique.
3. La réglementation évolue mais les actions ne suivent pas, au contraire
Le protocole de Kyoto de décembre 1997 oblige les états signataires, dont la France, à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Or l’incinération de chaque tonne de déchets produits environ 950 kilos de gaz carbonique (CO2) émis dans les fumées.
Quant à eux, les mâchefers sont toujours règlementés en France par une ancienne circulaire ministérielle du 9 mai 1994. Elle dit, entre autres, que leur utilisation ne peut se faire sur le territoire que (texto) « dans un lieu non-inondable, n’ayant jamais été atteint par les plus hautes eaux, situé à plus de 30 mètres de tout cours d’eau et en dehors des zones de protection rapprochée des captages d’eau potable ». C’est dire que dans notre secteur des Abers où l’eau est très présente partout (nombreuses zones humides, nombreux petits ruisseaux, bassins versants sensibles), il y a peu de place pour l’utilisation routière des mâchefers. L’Alsace a bien compris le danger pour sa nappe phréatique et a complètement interdit l’utilisation des mâchefers sur son territoire.
Cette circulaire de 1994 ne prend en compte que les métaux lourds dans les dangers à surveiller. La réglementation sur les dioxines est arrivée après par l’arrêté du 10 octobre 1996 pour les fumées d’incinération, mais n’a pas été introduite dans celle des mâchefers. Or plusieurs études ont bien montré que ceux-ci comportent des dioxines et des furanes hautement toxiques. Des chercheurs américains ont démontré qu’il y avait transfert des polluants dans l’eau pendant plus longtemps que prévu par les tests obligatoires en France. D’ailleurs la norme américaine de dioxine dans les rejets des incinérateurs est 100 fois plus sévère que la nouvelle norme française.
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a officiellement reconnu en 1997 que la dioxine est cancérigène. Enfin, la convention de Stockholm du 22 mai 2001 a été signée par la France le 17 février 2004. Elle demande à ce que l’on mette fin, dans les plus brefs délais, à la production de dioxine et de furanes, à leur utilisation et à leur dispersion. En effet, elle classe ces 2 produits parmi les 12 produits organiques les plus dangereux au monde.
Et en plus de tout cela, le principe de précaution a été inscrit dans la Charte de l’Environnement adossée le 1er mars 2005 à la Constitution Française !!!
4. Une plateforme de maturation des mâchefers à Plabennec ?
Une plateforme de maturation des mâchefers est une aire découverte où les résidus de l’incinération sont humidifiés pour qu’ils perdent au fil du temps un peu de jus toxiques. Sur le même site, il y aura déferraillage et criblage préalable des mâchefers.
Lors du déchargement et de ces opérations à l’air libre, quelques cendres peuvent s’envoler. Les jus toxiques d’écoulement sont censés, s’il n’y a pas de fuite, être récupérés. Les boues seront vraisemblablement retournées au centre d’incinération. Encore un transport de produits toxiques !
Le site de Kerbrat-Gouesnou est proche d’activités agro-alimentaires dans la zone artisanale de Penhoat, et est proche d’habitations que ce soit le quartier de Penhoat en Plabennec ou le bourg de Gouesnou. Il est aussi tout proche d’un petit ruisseau et entouré de zones humides à la source de l’Aber-Benouic se déversant dans l’estuaire conchylicole de l’Aber-Benoît.
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En complément de l’article de Jean Yves Piriou
voici l’information suivante qui doit faire réfléchir :
dans un livre intitulé "Etude des caractéristiques intrinsèques de certains déchets des usines d‘incinération d‘ordures ménagères et de déchets industriels spéciaux“ , édité par le Ministère de l‘Ecologie et du développement durable (mars 1997), A. Damien s’est livré à des calculs à partir de la composition moyenne de 5 usines d‘incinération d‘ordures ménagères.
A partir de cette étude, voici une évaluation des tonnages de quelques métaux lourds contenus 30 000 tonnes/an, au bout de 10 ans, dans les 30 000 tonnes de mâchefers prévus par an dans la future plate forme de maturation des mâchefers du pays de Brest :
Plomb : 419 tonnes
Cadmium : 5.40 tonnes
Arsenic : 2.40 tonnes
Mercure : 0.70 tonnes
Question : où atterriront ces tonnes de métaux lourds ?
Réponse : dispersés dans la nature, au gré des chantiers de BTP
Très surprise par la lecture de vos articles. Certes les déchets contiennent des métaux lourds et autres saletés mais quel que soit le mode de traitement ils les contiendront toujours. Voulez-vous les enfouir et laisser le problème à nos enfants ? Moi non, j’aime trop mes enfants.
Dans le processus de l’incinération, les métaux lourds toxiques - que l’on récupère dans les fumées - sont concentrés dans les REFIOM (2% du tonnage initial)qui sont enfouis en CET de classe 1. Les mâchefers (= les produits minéraux qui sortent des grilles des fours = 20 à 25% du tonnage incinéré) ne contiennent pas de métaux lourds toxiques, c’est pourquoi ils sont utilisés en techniques routières. Ce sont les lois naturelles de la physique et de la chimie, confirmées par les analyses de tous les labos du monde. Quant aux dioxines qui ne proviennent plus des plastiques chlorés puisqu’il n’y en a plus dans les déchets, elles viennent du sel de cuisine, et surtout elles sont captées dans les REFIOM et donc sans conséquences pour notre santé.
Pourquoi être dans la négative permanente sans même étudier le sujet complètement ? C’est une approche de la vie bien triste et, vue de l’extérieur, bien pathétique en tout cas. Je préfèrerais étudier en détails, comprendre si mes moyens intellectuels et mes connaissances me le permettent et ensuite le cas échéant émettre une opinion. Mais écouter des informations tronquées, les comprendre à ma façon, les déformer dans la négative et colporter le résultat me parait bien irresponsable et quelque part assez proche d’une forme d’intégrisme - n’essayez pas de comprendre, répétez ce qu’on nous assène-. Et en tout cas nullement constructif.
En triant les déchets comme tout le monde doit le faire aujourd’hui -surtout vous-, on ne devrait trouver que très peu voire pas de métaux lourds toxiques dans les déchets incinérés.
Quant à produire moins de déchets bravo, excellente idée, et donnez nous vos recettes : tout le monde est preneur. Je n’entends que des incantations mais aucune modalité pratique. Moins on produira, moins on incinérera et personne ne s’en plaindra car incinérer ce n’est pas un but en soit, c’est une nécessité. Les autres techniques fournissent des marges bien plus importantes aux exploitants de décharges et ne traite pas le problème dont vous parlez(les métaux lourds restent disséminés dans le compost et dans les refus enfouis dans les CET).
Ceci est juste une réaction personnelle à la lecture de l’article. Rien de plus.
A mon tour d’être surpris par votre confiance aveugle, sans réserve, de l’incinération comme mode de traitement des déchets coûteux et polluant. Tout le monde ou devrait savoir que l’incinération produit beaucoup de sous déchets : 1/3 de ce qui est brûlé devient mâchefers, il ne faut pas oublier, les REFIOM (véritable poison traité à grand frais en centre d’enfouissement de classe 1) , les cendres volantes, les filtres....
C’est la circulaire du ministère de l’environnement du 9 mai 1994 qui détermine désormais les différentes catégories de mâchefers qui contiennent toutes des métaux lourds ( plomb (Pb), mercure (Hg, chrome (Cr), zinc (Zn), nickel, etc...) et leur aptitude à réutilisation. On prend en compte la teneur en imbrûlés et le risque de transfert des polluants internes par dissolution (phénomène de lixiviation) :
Les mâchefers sont considérés comme valorisables (catégorie V) si leur teneur en imbrûlés est inférieure à 5 % et s’ils sont faiblement lixiviables (ils contiennent peu de métaux lourds facilement solubles).
Les mâchefers intermédiaires (catégorie M, comme maturation) ne respectent pas tous les critères de la catégorie précédente mais doivent pouvoir les atteindre après quelques semaines de stockage ; c’est le temps généralement nécessaire à l’accomplissement d’un phénomène de carbonatation qui « emprisonne » les molécules polluantes au sein du matériau.
* Les autres mâchefers doivent être mis en stockage permanent (catégorie S).
Pour les machefers "valorisables ou susceptibles de l’être" la Circulaire DPPR/SEI/BPSIED n° 94-IV-1 du 9 mai 1994 relative à l’élimination des mâchefers d’incinération des résidus urbains précise bien "Un usage sans précaution des plus polluants de ces mâchefers serait susceptible d’entraîner une pollution des sols ou des eaux souterraines." et demande "que l’utilisation des mâchefers doit se faire en dehors des zones inondables et des périmètres de protection rapprochés des captages d’alimentation en eau potable ainsi qu’à une distance minimale de 30 m de tout cours d’eau. Il conviendra de veiller à la mise en oeuvre de tels matériaux à une distance suffisante du niveau des plus hautes eaux connues. Enfin, ils ne doivent pas servir pour le remblaiement de tranchées comportant des canalisations métalliques ou pour la réalisation de systèmes drainants."
On est donc loin du produit banal sans danger pour la santé et l’environnement que vous semblez accréditer.
L’incinération n’est pas contrairement à ce que vous dites, une nécessité. Il existe d’autres techniques de gestion et de traitement de déchets (méthanisation...) qui sont trop peu utilisées dans notre pays. Le lobby de l’incinération est très présent en France, ceci explique sans doute cela.


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