Naufrages : BUGALED BREIZ, KLEIN FAMILY ... et le STIFF
Courrier aux lecteurs de Marie Lise Martins-Le Corre, soeur du marin Marcel-Yves Le Corre, disparu en mer à bord du STIFF le 13 décembre 2002
Au delà de l’immense douleur que représente la disparition d’un être cher dans des conditions atroces, le cauchemar engendré par une administration sans âme peut faire des dégâts irréparables. Depuis l’année 2002 nous avons suivi le parcours insoutenable de Marie Lise Martins Le Corre, qui, par ce courrier aux lecteurs, malheureusement non publié par nos quotidiens régionaux, veut encore et encore, et toujours, savoir pourquoi ???
Olivier Escavi Daranc
Voici qu’intervient un nouveau drame honteux de la mer avec la disparition du Klein Family envoyé au fond à 73 mètres par abordage.
Au moment même où vient de paraître dans les colonnes du Ouest-France du 2 janvier un rapport du Bea-mer sur « les leçons d’un naufrage », l’accident sans victime d’un bateau goémonier de Lanildut.
Au moment où les familles des marins disparus du Bugaled Breiz poursuivent leur quête de vérité et de justice malgré les embûches (édition du Télégramme du 14 janvier). Le 18 janvier dans ce même journal, en page « mer », le ministre de la pêche Dominique Bussereau annonce un « plan sécurité » dans un « plan avenir ». Dominique Bussereau déclare : « il y a trop d’accidents du travail en mer et trop de marins meurent. Notre pays a payé un lourd tribut épouvantable depuis quelques années ».
Depuis pour le Klein Family tout ce qui pouvait être fait pour comprendre, chercher des preuves, faire parler les éléments et peut-être récupérés les corps des marins, l’a été. Rapidement. Avec tous les moyens humains et matériels nécessaires dépêchés par la Marine Nationale y compris un robot pour déblayer les abords dangereux de l’épave. Les causes du naufrage sont avérées, malheureusement les marins n’y étaient plus. Deux questions essentielles ont trouvé une réponse. Avec diligence.
Honnêtement.
Humainement.
Les familles endeuillées, parties civiles car il y avait homicide supposé, ont eu accès à l’ensemble du travail accompli, elles ont pu visionner ce qu’elles voulaient. Pour savoir, pour tacher de comprendre ce qui leur arrivait. Leur deuil peut commencer. L’enquête se poursuit. Ceux qui ont eu la curiosité de visionner le site Internet du Bea-mer, cité dans l’article du 2 janvier du Ouest-France, ont peut-être trouvé la liste des rapports d’enquêtes longue.
Pourtant cette liste n’est pas complète. Il manque des rapports, des noms de naufrages. Pourquoi ?
Comme celui du Stiff du 13 décembre 2002 au large de Penmarc ’h.
Pourquoi la disparition du Stiff n’apparaît pas dans les listes de naufrages publiées par la presse ces derniers jours ?
Pourquoi ce naufrage-là, qui avait fait l’objet de nombreux articles dans la presse au moment des faits, doit disparaître des mémoires ?
Les mois qui suivirent la perte de ce petit chalutier côtier ont vu les familles des 2 marins disparus se bagarrer avec le Bea-mer (lire les colonnes des journaux locaux de l’époque) pour le forcer à proposer et fournir rapidement des moyens d’investigation de l’épave. Pour trouver des réponses à ce naufrage, pour récupérer les corps. Rien n’y a fait.
Pourtant les familles avaient réclamé, relaté par les journaux, à voir paraître officiellement ce rapport et que l’enquête est close. Rien.
Ce rapport du Bea-mer existe bien pourtant, je l’ai sous les yeux, arraché des mains de M. Tourret à Paris puisqu’il a fallu aller jusque là-bas pour l’obtenir. Qu’est-ce qui fait que des rapports ne soient pas publiés par le Bea-mer ! Même pas sur son propre site Internet ! Qu’est-ce qui fait que ces rapports ne sont pas publiables, connus et lus ?
Et bien si l’on veut comparer ces rapports, qui sont alimentés en grande partie par les rapports d’enquêtes de la gendarmerie maritime, on peut notamment évoquer ceci : pour certains naufrages il peut y avoir témoignage de rescapés, de témoignages visuels, des épaves en deçà de 60 mètres de fond plus facilement exploitables (une plongée à plus de 60 mètres nécessite des moyens plus lourds) des certitudes techniques, des évidences, le Bea-mer alors confirme... relève... arrive à la conclusion que... souligne... et recommande.
Mais dans des cas plus complexes, comme pour le Stiff à 82 mètres de fond, et pour lesquels il n’y a pas de partie civile des familles (pas a priori d’abordage) le Bea-mer ne fait pas appel à la Marine Nationale qui dépêche aussitôt sur zone tout le matériel lourd dont elle dispose pour ce type d’intervention. Non. Le Bea-mer lance un appel d’offre comme pour un vulgaire chantier pour obtenir de sociétés privées du matériel et plongeurs au moins disant et non au mieux disant. Des discussions de marchands de tapis qui durent des semaines. Cinq mois plus tard un corps a été chaluté. Supposé là-aussi, être un des marins du Stiff.
Le travail rendu n’est pas celui souhaité, car par-dessus tout le Bea-mer ne veut en aucun cas prendre de risques. Et le travail est bâclé. Nombre de courriers échangés avec ce dernier sont disponibles à qui veut. Ils sont édifiants ! ( il nous a même été répondu à l’époque que la Marine Nationale n’a pas les moyens pour ce type de plongée).
On se trouve alors avec, et tous les termes qui suivent sont ceux du rapport du Stiff :
- un navire bien géré avec un équipage compétent, expérimenté et soucieux de sa sécurité...
- à deviner que... parce qu’il semble que...la question peut se poser de savoir que... aucun élément ne conduit à supposer que...( P.12, 13, 14)
- les enquêteurs ont répertorié les facteurs possibles et tenté de les qualifier pour ne retenir que ceux qui pourraient avoir pesé sur le déroulement des faits. En n’ayant pu que formuler un certain nombre d’hypothèses, ils sont conscients de ne pas répondre à toutes les questions suscitées par ce sinistre (p:15 et 16)
tout ce qui précède conduit aux probabilités que... ( la synthèse p:18)
Pire. Dans ces recommandations alors que l’équipage du Stiff disposait à bord de moyens de sécurité non-obligatoire pour un navire de cette taille (p:18) le Bea-mer dit (p:19) : « il est urgent de trouver les raisons des non-fonctionnements de dispositifs de sécurité.... ». Le radeau de sauvetage sur le Stiff semble ne pas s’être déployé et serait resté coincé : pourquoi ? Sur ce naufrage nous n’avons que des hypothèses. Comment comprendre si l’effort d’aller chercher des réponses au fond n’est pas fait , les oracles d’experts du haut de leurs sièges parisiens ne peuvent pas tout !
Pire encore : les quatre dernières pages du rapport sur le Stiff ne sont que publicité pour la société qui a obtenu le marché et son matériel. !
Alors le Bea-mer ne publie t-il pas que des rapports qui mettent de la poudre aux yeux ?
Et avec tout cela ce dernier se targue d’avoir « pour objectif de tirer des enseignements susceptibles d’améliorer la sécurité maritime et de prévenir de futurs sinistres du même type ».
Alors toutes ces déclarations d’intention de ministre ne sont-elles prévues que pour faire semblant ... faire croire que ...
Un énième plan ? Encore des intentions ? Paroles d’experts, on vous le dit ! Une maladie française ! Il suffirait déjà de mettre à disposition immédiate, quand il le faut, tous les moyens nécessaires en matériel ainsi qu’humain.
Et en ce domaine la France n’en manque guère. D’être droit dans ses objectifs avec une véritable volonté.
de Marie-Lise MARTINS-LE CORRE (sœur d’un des marins disparus à bord du Stiff)
[tous les documents cités sont disponibles et consultables]


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