Le chimiquier ECE coule avec ses 10 000 d’acide phosphorique : la longue liste des accidents maritimes chimiques s’allonge !
Le naufrage du chimiquier Ece est à mettre en perpective avec le développement considérable du transport maritime des matières chimiques dangereuses (en vrac ou en conteneur), au cours des trente dernières années, .
Les navires qui transportent des produits chimiques très différents, présentent une multitude de difficultés et de risques environnementaux, sanitaires en cas d’incidents ou d’accidents.
La liste des accidents graves avec déversement de produits à la mer concernant ces navires est déjà longue. Quelques exemples européens :
les plus récents :
en 2002, le chimiquier Bow Eagle coule au large de l’île de Sein, avec ses 200 tonnes acétate d’éthyle
en 2001, le chimiquier " Balu " (2001), 8000 tonnes d’acide sulfurique
en 2000, chimiquier italien Ievoli Sun coule dans l’ouest de la pointe nord du Cotentin.
On pourrait aussi se rappeler, toujours dans les mers européennes :
(1999) - (G.Bretagne)-> BAHAMAS
(1998) - (Hollande)-> BAN-ANN
(1998) - (Hollande)-> EVER DECENT
(1997) - (France)->NORDFRAKT
(1997)- (France)->ROSA M
(1993)- (G.Bretagne)->ALLEGRA
(1993) - (France)-> APUS
(1992) - (Allemagne)->FENES
(1992) - Allemagne -> ARIEL
(1992) - (Hollande)-> SHERBRO
(1989)- (Espagne)-> PERINTIS
(1989) - (France)-> OOZTZEE
(1987)- (Espagne)-> CASON
(1979)- (Hollande)->SINBAD
Aujourd’hui c’est le naufrage de l’ECE
Dans la nuit du 30 au 31 janvier 2006, à 50 nautiques (90 kilomètres) à l’ouest de Cherbourg dans le rail montant des Casquets, pourtant naviguant dans la même direction, le vraquier maltais General Grot Rowecki, entre en collision avec le chimiquier turc Ece, construit en 1988, battant pavillon des îles Marshall, en provenance de Casablanca au Maroc, et faisant route vers Gand en Belgique.
Le vraquier transportant 26 000 tonnes de phosphates, a pu, après examen de sa coque et autorisation des autorités, reprendre sa route vers le port de Police en Pologne.
Par contre, l’Ece qui, transportait 10 000 tonnes d’acide phosphorique, présentait une voie d’eau (déchirure de 5 mètres de long dans sa coque) et du coup accusait rapidement une gîte importante (25° sur bâbord). Le plan « Manche Plan » , qui organise l’action des autorités françaises et britanniques en cas d’accident majeur en Manche, était déclenché. L’ « Abeille Liberté » prenait le navire en remorque vers le Havre. Mais dans la nuit de mardi à mercredi, à 3h39, l’Ece, rempli d’eau, a sombré, par 70 m de fond, à 29 kilomètres à l’ouest de l’entrée de la voie montante du rail des Casquets.
Selon le Cedre, Centre de documentation, de recherche et d’expérimentation sur les pollutions accidentelles des eaux , basé à Brest, outre les 10 000 tonnes d’acide phosphorique, il y aurait 70 tonnes de fioul de propulsion (IFO 180) et 10 tonnes de Marine Diesel Oil à bord du chimiquier.
Si les premières mesures réalisées autour de l’épave ne signalent encore pas de pollution. La présence combinée de milliers de tonnes d’acide et de fioul a de quoi s’inquiéter. Le navire est au fond de l’eau mais il n’a disparu pour autant, contrairement à ce que l’on entend ici ou là, la mer ne digère pas tout, les conséquences sur la biodiversité marine et l’éco-système marin sont réels, à peine au fond de l’eau, le lent travail de pollution du milieu marin s’engage inexorablement.
Les experts ne se veulent pas alarmistes mais il ne faudrait pas en tirer la conclusion que nous sommes en face de produits banals, il s’agit bien de produits toxiques : l’acide phosphorique, utilisé dans la fabrication d’engrais, la protection des métaux, l’industrie pharmaceutique, est l’un des produits chimiques de base les plus transportés. Elle fait l’objet d’une fiche signalétique (présente sur le site du Cedre). Elle nous apprend qu’il s’agit "d’un produit corrosif, soluble dans l’eau.
"En cas de déversement en pleine mer, l’acide phosphorique se mélangerait avec l’eau de mer et acidifierait le milieu aux alentours immédiats du point d’écoulement."
Pour Jean-François Narbonne, professeur de toxicologie à l’université de Bordeaux, sur le site de Libération :
"L’acide phosphorique est utilisé pour attaquer des tissus organiques, mais il attaque aussi la plupart des métaux, les métaux ferreux mais aussi le zinc ou l’aluminium. En solution concentrée, il s’avère toxique pour la peau et les muqueuses. En solution diluée, il n’est que modérément irritant."
Ce nouvel accident maritime, quelles qu’en soient les conséquences, à court, moyen ou long terme, doit nous alerter sur les conditions de transport maritime des produits chimiques, en plein expansion.
Le fait que les plus récents naufrages mettent en cause des chimiquers, n’est pas le fruit du hasard. Les efforts "d’assainissement" du transport maritime s’est concentré sur les pétroliers, ils semblent avoir négligé le transport de produits chimiques pourtant très toxiques.
Cette pollution, si elle n’a pas le caractère visible des marées noires et autres déballastages, n’en constitue pas moins un véritable fléau pour le milieu marin. Il est grand temps d’y apporter des réponses adaptées.
Première étape dans cette opération de salubrité : une transparence sur les produits transportés.
Il devient impératif que les acteurs de ce secteur professionnel, et les instances publiques, en charge de ces questions, au niveau national, européen, ou international, donne à la population les informations indispensables :
dans quelles conditions ces produits sont-ils réellement transportés ?
sur quels types de navires,
lorsque ces produits sont transportés par conteneurs ceux-ci sont-ils bien identifiés ?
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