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Pourquoi je quitte les Collectifs du 29 mai

mercredi 1er février 2006

Tout d’abord, permettez moi de féliciter chaleureusement tous les militants qui ont donné de leur temps et de leur énergie dans les collectifs pendant cette campagne, et de leur renouveler mon amitié. Ma critique s’adresse uniquement à l’organisation nationale, et uniquement à la tournure qu’elle prend depuis le référendum.

Avant de commencer ma démonstration, je souhaite évoquer un argument un seul, qui devrait alerter tous les démocrates. Il y a les collectifs locaux et le collectif national, et dans ce collectif national, moi le militant de base je ne suis pas autorisé à élire mon représentant, à connaître l’organigramme des travaux ou le mode de recrutement, et je ne dispose pas d’un moyen de communication décentralisé pour critiquer ses décisions auprès des militants de base d’autres régions.

Voilà, tout est dit déjà, et j’invite ceux qui restent à bien peser leur engagement.

Nous étions des structures axées autour d’un évènement : le référendum du 29 mai 2005. Dès juin, il fallait se dissoudre ou se transformer radicalement. J’aurais préféré que l’on devienne des "Maisons de l’Europe bis", les militants d’un modèle altereuropéen, et que l’on se concentre sur la construction d’un réseau véritablement européen, avec fourniture de contacts et d’expertise auprès des autres collectifs altermondialistes.

Quelques mois après, l’expérience prouve que les collectifs - ou ce qu’il en reste - ne sont pas intéressés par les contacts européens. Ce sont des collectifs antilibéraux, qui ne s’intéressent à l’Europe uniquement que pour critiquer le libéralisme (et pas l’entrée de la Croatie par exemple), et qui se préoccupent de lutte contre le libéralisme à d’autres niveaux (national, mondial). Si je peux admettre que la lutte contre la vague néolibérale mondiale est pertinente, je conteste son association systématique à l’Europe en général, et je ne ferai pas partie de la nième force eurosceptique apparue depuis les années 90.

Tournant le dos à l’Europe, le collectif national a choisi de s’orienter vers un engagement dans les prochaines élections nationales françaises. Je prétends qu’il est illégitime d’inférer d’un vote européen des Français en 2005 un quelconque engagement précis pour des élections nationales en 2007 et 2008.

Je prétends même que cet engagement va gêner les milliers de militants du Non de gauche qui ne se reconnaîtront pas de le choix particulier de ce collectif national. D’abord il y a tous ceux que j’appelle les "citoyens critiques", du genre ATTAC, tous ceux qui savent bien que n’importe quel futur président - ou élu local - sera comme la droite lié par les engagements internationaux de la France, et que l’important est d’arriver à un changement au minimum européen. Ensuite, il y a tous ceux qui pensent que les partis évoqués, PCF, LCR, minoritaires des Verts et du PS, s’ils ont été magnifiques dans la protestation, ne sont pas du tout prêts à une quelconque construction. C’était un référendum, comprenons le bien, sans élection de délégués, et rien ne prouve que ceux qui ont dit Non côte à côte souhaitent se choisir entre eux.

Même la fondation Copernic a été reçue avec joie et reconnaissance comme une structure d’orateurs doués et non encartés, permettant de fédérer les organisations pendant la campagne. Mais qui lui a donné mandat de s’occuper des Présidentielles ?

Quand à une éventuelle candidature d’un José Bové qui règlerait tous les problèmes... j’ai quand-même une impression lancinante de personnage local pour pub américaine, et je ne collerai des affiches pour lui que si on m’offre le kit moustaches-pipe. De plus, s’il s’agit seulement de lancer Bové, alors cela me rappelle un peu la camarilla qui s’était formée autour de Charles Pasqua à de récentes élections européennes, et dont on n’entendit plus parler ensuite.

Mais, que ce soit par une fusion des partis ou une OPA hostile, je prétends que cela créerait immédiatement un cordon sanitaire autour des idées altereuropéennes, alors que leur intérêt est de prospérer au centre-gauche. D’ailleurs, n’assiste-t-on pas depuis quelques mois à une détéroriation, une simplification du discours altermondialiste français ? Les responsables de la vague néolibérale mondiale seraient uniquement les capitalistes (et pas les consommateurs par exemple), et le saint du saint à protéger serait les services publics (plus que le pacifisme européen entre autres). Et pourquoi ceux qui admettent la régression mondiale des trente dernières années devraient-il s’accorder sur la nécessité d’une révolution particulière ?

Bref, je crois qu’il est urgent que les antilibéraux altereuropéens prennent conscience de leur différence d’avec les antilibéraux eurosceptiques, qu’ils reprennent leurs billes et se concentrent sur la construction d’un réseau citoyen européen authentique (et pas seulement des réunions de délégués nationaux, hein). Dans ce sens, j’estime que les prises de positions du Collectif national du 29 mai sont et seront une gêne pour le développement d’une alternative authentiquement européenne. Ce collectif s’occupe à présent de politique nationale, et son lien avec le Non de gauche, ou tout au moins sa propriété du Non de gauche, me semblent usurpés.

Les votants du 29 mai n’ont pas élu le collectif du 29 mai, cela est difficilement contestable, et même les militants des collectifs locaux n’ont pas eu l’occasion d’élire ce "collectif national" autoproclamé. Qu’il se trouve beaucoup d’électrons libres à gauche qui cherchent une tente commune pour les prochaines élections, cela est pleinement légitime, mais qu’ils gênent le projet altereuropéen, non. Il faut toujours savoir dire Non...

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