Brest ouVert

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Une table-ronde de Mor Glaz fait avancer le débat sur la déconstruction des vieux navires à Brest

Alors que l’ex Clémenceau, au large de l’Afrique, fait route vers Brest où il arrivera vers le 20 mai, l’association Mor Glaz organisait, le samedi 8 avril 2006, une table-ronde sur la déconstruction des vieux navires. Une soixantaine de personnes y a participé sur le navire "Fromveur" amarré à l’éperon 1 au port de commerce de Brest.

Un décor très maritime pour un débat de bonne qualité qui a permis de faire un état des lieux, un constat de la situation, et dresser quelques pistes pour l’avenir.

Plusieurs élus locaux ou régionaux étaient présents, Brest Métropole Océane et la région Bretagne étaient notamment représentés.

Plusieurs industriels du désiamantage étaient aussi présents.

Ce débat public en appelle d’autres. Plusieurs orateurs ont en effet souligné le fait que ce dossier lourd et compliqué , mais aux enjeux si importants, n’a que peu de chances d’aboutir si la population, les citoyens eux-mêmes, ne se mobilisent pas pour mettre en place une vraie filière de déconstruction de navires en Europe.

L’intervention de Jean Paul Hellequin, président de Mor Glaz

Jean Paul Hellequin

L’association MOR GLAZ a souhaité organiser ce débat auquel vous avez répondu nombreux, merci d’être là.... Faisons que ces quelques heures soient un moment enrichissant, positif et constructif.

L’association MOR GLAZ souhaite que la déconstruction des vieux navires qu’ils soient civils ou militaires devienne par la loi internationale une activité qui devra se conformer aux règles sociales et environnementales de nos pays européens.

Les péripéties du " NORWAY " et du " CLEMENCEAU " auront permis à tous ceux qui l’ignoraient de savoir que les navires en fin de vie ne peuvent plus être déconstruits de façon artisanale par des hommes qui travaillent dans des conditions d’un autre temps, que chacun doit dénoncer avec force. Cette activité effectuée dans des pays pauvres ou en voie de développement ne peut plus nous satisfaire, c’est pourquoi :

  • Brest doit saisir avec d’autres ports européens cette opportunité industrielle.
  • navires, celui-ci devra être labellisé par l’Union Européenne. · Brest doit se doter d’un chantier attractif pour les armateurs internationaux comme elle sait le faire pour la réparation navale.

Brest ne peut pas garder une mono activité.

  • Brest doit saisir cette opportunité, cette chance pour l’emploi dans ce bassin où notamment le secteur de la métallurgie a beaucoup souffert durant ces dernières années.

Un pays comme la Hollande a su provisionner 64M€ pour activer prochainement un chantier de déconstruction de navires. La France va-t-elle encore cette fois tourner le dos à une activité maritime.....

  • nous devons ensemble convaincre l’Union Européenne sur l’implantation d’un chantier de déconstruction de navires à Brest.
  • nous devons gagner ensemble sur ce dossier dans le respect des hommes et de l’environnement.
  • nous devons gagner pour Brest. Notre port doit être le port où sera implanté le chantier de référence pour cette nouvelle activité aux normes sociales et environnementales que nous prônons.

Pour réussir, nous devons faire prendre conscience à tous les acteurs du secteur maritime qu’il faudra désormais prévoir le coût de la déconstruction d’un navire dès sa construction, cela doit désormais être la nouvelle norme internationale. Nous devons y intéresser l’Organisation Maritime Internationale ( seule organisme capable par le n° IMO d’avoir la traçabilité d’un navire) nous devons imposer par la loi à tous les armateurs cette nouvelle obligation, car la déconstruction des navires ne concerne pas que les navires de l’UE mais tous les navires de tous les pays, de toutes les immatriculations.

Le transport maritime, première activité internationale doit être capable de faire appliquer les mêmes règles pour tous. Envoyer ses déchets ailleurs n’est désormais plus possible et interdit. Respectons les traités que nous signons et faisons les respecter par tous......et partout.

Lorsque nous sanctionnons les pollueurs des mers sur notre littoral nous avons une bonne démarche pour défendre l’environnement, menons cette démarche hors de nos frontières en traitant nous mêmes nos déchets. Ne tournons pas le dos à nos responsabilités, cela serait incompris et immoral envers ceux qui les reçoivent.

L’objectif de créer un chantier de déconstruction à Brest est ambitieux mais réalisable. Les responsables politiques sont venus nombreux, beaucoup se sont excusés de ne pouvoir être présents, cela est un bon signe, un signe fort, notre débat ne doit pas être un débat de plus sans résultat ni sans suite. Nous devons montrer notre volonté si nous voulons que ce projet se réalise ici chez nous à Brest.

Si nous voulons lancer un tel chantier de déconstruction de vieux navires à Brest pour être en conformité avec les discours de la commission européenne et correspondre aux normes, ce chantier aura, dans les prochaines années, une importante charge de travail car il est prévu la suppression de 55 navires militaires français qui ne correspondent plus aux normes mais également 44 navires britanniques sans parler de ceux des autres pays européens, ainsi que les 2000 pétroliers à simple coque devenus obsolètes ou qui le deviendront suite aux décisions européennes d’imposer les pétroliers et autres navires à double coque. Un tel chantier bien dirigé, bien géré ne peut qu’être positif pour Brest, sa région et notre pays. Participons activement à la déconstruction des 1200 navires qui seront à démanteler chaque année à partir de 2010.

Enfin, faisons un peu d’histoire : un chantier de déconstruction de navires a déjà existé à Brest immédiatement après la dernière guerre mondiale et ce pendant des dizaines d’années pour supprimer les 1700 épaves gisant au fond de la rade, dans le port de commerce et la Penfeld. Ces épaves, de la gabare de 50 tonnes au croiseur de 10 000 tonnes, ont été soit détruites (souvent découpées au chalumeau ou à l’explosif au fond de la mer par les plongeurs sous-marins puis remontées morceaux par morceaux à la surface), soit renflouées pour être détruites ensuite près du quai. Une industrie se créa pour la récupération de la ferraille.

Je vous remercie de votre attention.

Pour l’association MOR GLAZ,

le président Jean-Paul Hellequin


L’intervention de Christian Bucher, porte-parole des Verts du pays de Brest

Christian Bucher, porte-parole des Verts du pays de Brest

D’aucuns ont pu, peut être, s’étonner que des écologistes, réclament un port de déconstruction ici à Brest et ceci dès 2001.

C’est vrai que la déconstruction de navires en fin de vie, n’est pas une activité banale.
Ces navires sont pleins de matériaux toxiques : métaux lourds, résidus d‘hydrocarbures, amiante (on parle de plusieurs centaines de tonnes d’amiante sur des navires militaires comme l’ex Clémenceau ou civil comme l’ex Norway...).

Nous sommes conscients de tout cela mais notre choix est guidé par deux considérations :

  • l’impératif de responsabilité écologique
  • le souci d’améliorer la sécurité maritime

Il y a, en effet, un impératif qui prime sur toutes les autres considérations : le principe de responsabilité écologique.

On en peut pas se désintéresser du sort de centaines voire milliers de navires qui arrivent aujourd’hui en fin de vie ( 700 navires par an, bientôt 1000 dans le monde, 50 navires militaires français au minimum, à traiter d’ici 2010)

Ce principe de responsabilité écologique qui, a la même force que celui du « pollueur-payeur » , exprime le fait que nous sommes tous , collectivement ou individuellement, responsables du traitement, de l’élimination de tous les objets, quels qu’ils soient.

Ce principe impose que lorsque nous produisons n’importe quel objet , nous devons penser, prévoir, anticiper sa fin, son traitement, mieux encore son recyclage.

La politique de l’autruche, celle qui consiste à ne pas s’intéresser au devenir de nos déchets, qui a été longtemps, trop longtemps, pratiquée ces 50 dernières années de croissance à tout prix et de sur consommation, doit cesser.

Combien de zones humides, de fonds de vallée, ont été transformées en vastes dépotoirs ? C’est le cas à Brest avec le site du Spernot comblé jusqu’à plusieurs dizaines de mètres de haut de millions de tonnes de déchets de toutes sortes, dans une certaine indifférence de la population et de ses représentants de l’époque.

Aujourd’hui, heureusement les choses changent, la question des déchets est prise en compte.
Et même si des cas de décharges sauvages tout aussi scandaleux sont signalés ici ou là, la situation s’améliore mais il reste néanmoins encore beaucoup à faire.

Parlons des objets qui nous servent au transport des biens et des personnes :

- le traitement et le recyclage, c’est déjà en grande partie déjà le cas de l’industrie automobile, cela le sera bientôt dans l’industrie aéronautique (il existe en France un chantier à Tarbes chargé de cela), par contre pour les navires en fin de vie, et ce n’est pas un hasard tant le transport maritime subit de plein fouet les effets d’une libéralisation extrême où trop souvent seuls comptent les profits immédiats, la situation est loin d’être satisfaisante :

  • Les cimetières de bateaux ou ceux ci pourrissent peu à peu sont trop nombreux, et ne sont pas une solution acceptable, les couler en mer n’est pas à nos yeux une solution à promouvoir et à généraliser. Elle ne peut s’envisager que très ponctuellement, en accord avec les pêcheurs professionnels, et dans des conditions environnementales irréprochables avec des coques entièrement dépolluées.

- Les envoyer , par centaines, du monde entier, dans les chantiers de déconstruction asiatiques, a pu paraître comme une solution économiquement intéressante en ces périodes d’acier cher mais c’est une solution qui a vite montré vite ses limites :

  • exposition des travailleurs à des conditions de travail périlleuses voire dégradantes ( ils sont très nombreux à perdre leur vie ou à se blesser dans ces chantiers)
  • l’impact sur l’environnement maritime est très mauvais (les pollutions de tous genres atteignent le milieu maritime)

La vraie solution responsable sur un plan écologique est la bien la déconstruction des navires en fin de vie, là ou ces navires sont construits, dans des conditions environnementales irréprochables et dans le respect de la santé des travailleurs.

Il est donc nécessaire, et c’est ce que nous préconisons, de créer en Europe un chantier de déconstruction opérationnel par façade maritime : Atlantique, mer du Nord, mer méditerranée.

Sur la façade atlantique ; Brest de par sa position géographique, de par sa rade protégée, de par son savoir faire en matière de construction et de répération navale peut tout à faire prétendre à accueillir un tel chantier, maillon d’une filière de déconstruction et de recyclage européenne.

Améliorer la sécurité maritime

De nombreux navires vieux, fatigués, en fin de vie, devenus inaptes à la navigation, naviguent encore. Une première bataille consiste à les arrêter, avant qu’il ne coulent en mer, provoquent la mort des marins, et une pollution plus ou moins importante.

Rappelons que novembre 2001, les Verts du pays de Brest avaient demandé que le « Victor » , navire poubelle soit déconstruit à Brest.

Un chantier de déconstruction de navires sur la facade atlantique doit être considéré comme un outil d’amélioration de la sécurité maritime et disposer en tant que tel de toutes aides de l’état et de l’Europe nécessaires.

Il est nécessaire que la France et les Etats Européens disposent des outils juridiques nécessaires et les moyens d’intervention pour imposer une réparation rapide, ou le retrait du navire de la circulation lorsqu’il n’est pas réparable.

Si le navire est réparable : il doit être conduit dans le port de réparation le plus proche, c’est pourquoi l’existence de chantiers de réparation navale pour remettre les navires en état avant qu’ils ne deviennent des épaves est primordiale. Il est indispensable d’assurer le maintien d’au moins un chantier de réparation navale sur chaque façade maritime. Une aide devrait leur être apportée, sinon la capacité de réparation des navires dans les ports européens va disparaître,
Si le navire est irréparable, la seule solution est de déconstruire et de le vendre pour la casse.

Enfin, pour résumer, si l’on veut vraiment éradiquer les mers des navires poubelles :
- on doit pourvoir interdire à un navire en mauvais état de repartir d’un port avant d’être en conformité totale avec les règles en vigueur. On doit pouvoir intercepter au large un navire naviguant aux larges des côtes européennes présentant de par son état de graves risques pour la navigation maritime , l’obliger à réparer dans un port de réparation et s’il est vraiment impossible de le réparer ou trop coûteux de le faire procéder à sa démolition dans un chantier prévu à cet effet.

Ce retrait doit se faire dans des conditions qui permettent d’être certain que le bâtiment considéré comme impropre à la navigation ne soit pas, au cours du trajet vers le site de démolition prévu, détourné de sa destination, et remis en service.

Il est donc indispensable d’avoir des chantiers de démolition en Europe.

Brest remplit toutes les conditions pour être celui de la façade atlantique européenne.

Merci.


Photos des autres intervenants

M.Morrucci de la Maison de l’Europe
Janick Moriceau, vice-présidente du Conseil régional de Bretagne, chargée de la mer
Patrick Appéré, élu brestois
Posté le 12 avril 2006 par Christian Bucher
©© Brest-ouvert, article sous licence creative common info
Nouveau commentaire
  • 7 septembre
    18:55

    Une table-ronde de Mor Glaz fait avancer le débat sur la déconstruction des vieux navires à Brest

    par JP HELLEQUIN

    COMMUNIQUE ASSOCIATION MOR GLAZ

    Landerneau le 7 septembre 2017

    La Marine nationale a lancé depuis quelques mois un appel d’offre à candidature afin de déconstruire trois sous-marins classiques à propulsion Diesels. Deux sont désarmés dans le port militaire de Brest et un dans le port militaire de Toulon depuis plus de 10 ans. Cet appel d’offre à candidature, concerne à Brest, le BEVEZIERS le La PRAYA et à Toulon le AGOSTA.
    Les industriels ont jusqu’au 21 septembre 2017 pour se manifester, et pour ainsi être candidats à la déconstruction de ces trois sous-marins !
    Pour l’association MOR GLAZ, ces sous-marins doivent être déconstruits au plus près, il ne faut pas prendre le risque de les remorquer. A notre avis il faut éviter un voyage. Cela pouvant parfois rencontrer des difficiles exemple : dans la nuit du 22 et 23 décembre 2016, l’armateur MAESRK a laissé derrière lui deux épaves au large de la Bretagne.
    Il est précisé dans l’appel à candidature que les bases navales de Brest et Toulon ne seraient pas mis à la disposition du titulaire du marché. Lorsque l’on sait que les cales sèches dans ces bases navales ne sont que peu utilisées, l’association MOR GLAZ s’interroge sur la réelle volonté de vouloir faire déconstruire ces coques au plus près !!!
    L’association MOR GLAZ, demande par ce communiqué, que tous les acteurs portuaires Brestois puissent unir leurs efforts afin de facilité la déconstruction des deux sous-marins qui se trouvent dans la base navale Brestoise (Région, Département, Chambre de Commerce et d’Industrie, Industriels, Administrations concernées etc.…)
    Certains experts adhérents à l’association MOR GLAZ, ne cachent pas la complexité du transport des coques en dehors des rades de Brest et Toulon.
    L’une des formes du port de Brest peut recevoir sans problème cette activité. Tous les acteurs du port doivent prendre conscience, qu’à elle seule la réparation navale ne peut plus apporter suffisamment d’activité au port de Brest. Il faut donc développer d’autres activités durables, la déconstruction des navires et autres structures métalliques en fait partie.
    Brest ne peut pas rater sans arrêt des opportunités créatrices de richesses, d’emplois et de développement, de nouvelles activités respectueuses de l’Homme et de l’environnement !
    Brest a démontré avec la déconstruction du « CAPTAIN TSAREV » que cette activité est réalisable, les industriels doivent s’unir si nécessaire dans certains cas, pour Brest et son port !

    Pour l’association MOR GLAZ
    Le Président Jean-Paul HELLEQUIN
    JP.HELLEQUIN@WANADOO.FR