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Près d’un mois de clandestinité pour Patimat, petite fille du Daghestan, menacée d’expulsion

Les soutiens se multiplient, mais l’administration reste inflexible

En 2006, à Brest, une mère et un enfant de 6 ans, Sakinat et Patimat Amiralieva, vivent séparées depuis près de 4 semaines.

Contraintes (car menacées de mort pour la simple raison que Patimat est née hors mariage)de quitter la république du Daghestan [1], dont des régions entières sont aux mains des islamistes radicaux, et après avoir parcouru un long périple en Europe (Allemagne, France), elles se sont réfugiées à Brest, au bout de l’Europe. Mais aujourd’hui la France veut leur interdire le séjour sur le territoire national.

Plongées, corps et âmes, dans une situation particulièrement choquante dans le pays des "Droits de l’Homme", elles endurent aujourd’hui une souffrance affective inhumaine insupportable.

L’émotion populaire à Brest est réelle, importante, palpable, il n’est pas rare de voir dans les réunions de soutien des gens pleurer. La population, choquée par l’attitude d’une administration autiste, n’espère plus qu’un geste humanitaire qui permettrait à la maman, Sakinat, de retrouver son enfant et sortir enfin de cette situation infernale. Tous les regards se portent vers le préfet du Finistère qui, seul, peut débloquer la situation à tout moment, en délivrant un titre de séjour, même provisoire.

Le maire de Brest, représenté à la dernière réunion du comoté de soutien, pourrait aider à une médiation entre le comité de soutien et le préfet du Finistère.

Lire aussi les articles précédents sur Brest-ouvert
- http://www.brest-ouvert.net/article2639.html
- http://www.brest-ouvert.net/article2601.html

Des recours sans résultat pour l’instant

Maitre David Rajjou du barreau de Brest, avocat de Patimat et Sakinat, saisi en urgence de ce dossier, début avril 2006, a multiplié, depuis, les recours devant le tribunal administratif puis devant le juge des tutelles devant lequel il a plaidé qu’une mesure d’assistance éducative peut être prise « quelle que soit la nationalité de l’enfant et quelle que soit sa situation, régulière ou pas » et que selon l’article 375 du Code civil, la Justice peut décider une mesure d’assistance éducative « si la santé, la sécurité ou la moralité d’un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation sont gravement compromises ».

Photo prise le 3 avril 2006, juste avant la séparation

Mais, le jeudi 20 avril, le juge des enfants a rejeté, suivant en cela le procureur de la République, la demande d’assistance éducative qui aurait pu permettre à Patimat de sortir de sa cachette et de retrouver sa maman dont elle vit séparée depuis plus près de 4 semaines.

Cette vie clandestine de la fillette de 6 ans, c’est l’unique choix dans laquelle s’est retrouvée acculée la mère pour éviter leur expulsion du territoire français.

Le comité de soutien se réunit régulièrement à l’école J. Macé, il est en effet animé par de nombreux parents de cette école où était scolarisée Patimat en école maternelle. On y trouvre aussi des associations de solidarité comme la Ligue des Droits de l’Homme ou Amnesty International...

beaucoup de monde à la réunion du comité de soutien du 20 avril à l’école Jean Macé

Le comité de soutien fait circuler une pétition de soutien qui a déjà recueilli 5 000 signatures. Des courriers ont été envoyés au préfet mais sans réponse pour l’instant, l’administration a visiblement des consignes de fermeté, une récente circulaire du ministre de l’intérieur n’incite-t-elle pas à ne pas céder aux comités de soutien et à faire procéder à toutes les reconduites à la frontière décidées ?

les mamans de l’école Jean Macé se mobilisent pour Patimat

Une rencontre avec le préfet qui se fait attendre

Le 20 avril, à l’issue d’une réunion à l’école, le comité s’est rendu, en cortège, devant la sous-préfecture toute proche, espérant être reçu par le sous-préfet. Tout juste a t-il pu remettre un texte.

Néanmmoins, depuis d’autres démarches ont été entreprises qui laissent espérer une rencontre prochaine avec le préfet.

Les parents espèrent beaucoup de ce rendez-vous car le préfet a, seul, le pouvoir d’accorder un droit d’asile temporaire à Mme Amiralieva le temps qu’elle entreprenne les démarches nécessaires pour fomuler une demande d’asile, en bonne et due forme, avec l’assistance d’un avocat et d’une traductrice dont elle a été privée jusqu’à maintenant.

Pour la fillette, Patimat, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) vient d’expédier, à Maitre David Rajjou le dossier de demande de statut d’apatride, qui lui permettrait de rester en France et de puvoir ultérieurement bénéficier de la citoyenneté française. La petite fille n’a pas, en effet, été déclarée dans son pays d’origine et ne figure sur aucun document officiel (pas même le passeport de la mère).

L’avocat et le comité de soutien vont s’employer dans les jours à venir, à compléter, le mieux possible, ce dossier avant de le renvoyer.

Après, il restera à attendre la réponse de l’OFPRA.

Dans combien de jours, de semaines, de mois ?

Durant tout ce temps là, une mère et son enfant devront-ils continuer à vivre loin de l’autre ?

Seul, un geste humanitaire (un certificat de séjour temporaire ou un engagement à ne pas faire procéder à une reconduite à la frontière avant toute réponse de l’Ofpra ) est attendu du préfet permettrait leurs retrouvailles et à sortir de cette sitaution infernale.

Saura-t-il entendre cet appel largment partagé par la population locale ou se refugiera -t-il, sourd et obtus, dans la lecture des circulaires sécuritaires qui lui sont envoyés de Paris d’un certain Ministre de l’Intérieur aux ambitions présidentielles ?


Contacts :

Le comité de soutien à Patimat a ouvert un compte bancaire afin de pouvoir collecter vos dons.

Vous pouvez dès aujourd’hui faire parvenir vos dons par chèque à l’ordre du :

« COMITE DE SOUTIEN A PATIMAT »

Ces dons serviront à financer les frais [justice,...)

Pour adhérer au comité de soutien pour patimat, merci d’envoyer le message suivant :

Je, sous signé Mme, M., Melle ..... résidant (adresse ) déclare adhèrer au comité de soutien pour PATIMAT :

à l’adresse suivante :

patimat29@yahoo.fr

ou à l’adresse postale :

Comité de soutien pour Patimat

Ecole Jean MACE

42 rue du château

29200 Brest

[1*Daguestan : une région soumise au chaos *

Le Daguestan est une des républiques de la Fédération de Russie, située entre la Tchétchénie et la mer Caspienne. La province est soumise au chaos depuis la guerre de Tchétchénie (1994 et 1996). En mai 1999, des milliers de militants islamistes ont investi le siège du gouvernement du Daguestan en réclamant sa démission. Trois mois plus tard, des combats éclataient à la frontière entre Daguestan et la Tchétchénie, avec intrusion de centaines d’islamistes provenant de Tchétchénie et la prise de quelques villages.

L’agitation, entretenue par les chefs mafieux locaux (souvent des ex-chefs de guerre reconvertis), constitue un vivier pour les islamistes de tous bords (wahhabites d’Arabie Saoudite, frères musulmans ou talibans) qui attisent les difficultés économiques. Les fous d’Allah s’accommodent de trafics de drogue et d’armes pour mener leur combat. L’armée russe ne fait pas dans le détail et n’hésite pas à bombarder des villages.

En août 2002, le chef de mission pour Médecins Sans Frontières (MSF), Arjan Erkel, était enlevé par trois hommes non identifiés dans les rues de Makhashkala, la capitale du Daguestan.

Et l’été dernier, le ministre des Nationalités et de l’Information de la république russe du Caucase, connu pour ses positions contre les extrémistes islamistes, était tué dans un attentat à la voiture piégée.

Les populations civiles, comme toujours, sont prises en otage entre les rebelles et les forces de répression.

Un article de Serge Dumont/Les infos du Jura

Posté le 27 avril 2006 par Christian Bucher
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