Utiliser l’énergie des courants marins : le projet inovant d’Hydro-Gen
L’interview du concepteur David Adrian
L’énergie de la mer est potentiellement énorme. A elle seule, elle pourrait nous aider à résoudre une grande partie de notre problème d’approvisionnement en énergie électrique.
Depuis des dizaines d’années(des centaines peut être) des procédés ont été inventés pour tirer partie de l’énergie provenant de la houle, des courants, des marées, et même de la différence de température entre l’eau de mer et l’air.
Si le principe de base d’Hydro-Gen, nouveau projet d’hydrolienne, n’est pas nouveau, il s’agit d’une machine entraînée par les courants marins et produisant de l’énergie électrique qui est ensuite réexportée vers la terre, son concept est original car elle n’est pas située sous l’eau mais en surface.
En ce début du mois de mai 2006, la machine, du moins son premier prototype, entame sa première phase d’expérimentation dans l’Aber Wrac’h (commune de Landéda 29), l’occasion de rencontre son concepteur David Adrian, un ingénieur qui vit en région parisienne et de l’interviewer.

Brest-Ouvert : Comment se présente la machine ?
C’est une sorte de roue qui peut faire 8 mètres de diamètre et 10 mètres de large. Elle est flottante, donc équipée

- David Adrian
d’un cylindre étanche en son milieu, tenue par l’intermédiaire d’une structure au mouillage. Cette roue prend le courant qui la fait tourner comme une roue à aubes de moulin. Cette énergie mécanique par rotation, est transformée en énergie électrique par l’entraînement d’un générateur qui peut être fixé soit sur le côté soit même à l’intérieur du cylindre. Cette énergie électrique est ensuite exportée vers la terre au moyen d’un câble et ensuite transformée en un produit consommable c’est-à-dire en un produit un courant électrique qui est apte à être relié au réseau national.
B.O. - Quels sont selon vous les avantages de votre système par rapport à d’autres systèmes, quels sont ses points forts ?
Il y a eu et il y a toujours beaucoup de procédés différents qui ont été soit uniquement inventés, soit parfois inventés et testés et même maintenant sérieusement développés notamment chez nos amis anglais. Il s’agit d’y voir un peu clair dans cette foule de procédés et savoir quels sont les meilleurs ou peut-être les moins bons. Si cette énergie se développe, il est vraisemblable que, dans 20 ou 30 ans, il n’y en aura peut-être plus qu’un ou deux qui resteront sur le marché, les meilleurs, ceux qui auront fait leurs preuves,
Les avantages de notre procédé sont, à mon sens, sa simplicité et donc son économie de coût pour ce qui concerne à la fois la construction, la fabrication, l’entretien, sa capacité à évoluer. C’est un procédé qui est en surface c’est-à-dire qu’on utilise des technologies qui sont des technologies marines ordinaires et non pas des technologies sous-marines, qui sont, on le sait, structurellement disons 3 à 5 fois plus chères.
Dans la mesure où ils sont fixés au fond de la mer ils sont très complexes à entretenir, on ne sait pas très bien comment les entretenir. Sinon il y a aussi des précédés « houlomoteurs » donc on utilise les mouvements de la houle pour créer de l’énergie, il y a un projet houlomoteur qui est développé par l’Ecole Centrale de Nantes sur la base d’un flotteur qui contient un pendule et les mouvements de la houle font balancer ce pendule et ce pendule actionne une hydraulique qui entraîne une turbine.
Il y a donc une grande palette de procédés actuellement sur le marché, je dirais qu’ils sont tous bons dans le principe, mais maintenant c’est la mer qui fait le choix, la mer qui triera. La mer est un milieu impitoyable, on peut faire quelque chose qui est conceptuellement génial, mais qui ne sera pas marin. Notre grand défi à tous c’est ce que j’appelle la preuve par mer, eh bien c’est d’aller un jour à la mer et de dire voilà je me soumets à l’élément et c’est lui qui dira finalement si mon procédé est bon ou pas et si moi j’ai su anticiper dans ma démarche les effets de la mer sur mon procédé.
B.O. - C’est un petit peu ce que vous avez commencé à faire puisque vous avez déjà un prototype que vous avez réalisé en association avec des écoles partenaires de Brest ; vous commencez déjà une phase d’expérimentation ?
Nous avons choisi de travailler avec des écoles, tout d’abord parce qu’il y a des trésors de compétence et je dirais aussi de dévouement dans les établissements scolaires, qui sont parfois ignorés, et injustement ignorés.
c’sst aussi pour des raisons budgétaires c’est un moyen de faire du développement je dirais, avec une bonne qualité, et aussi à moindre coût. Comme pour l’instant nous n’avons pas de moyens ou très très peu de moyens, on pense que c’est la bonne voie ; cela dit, il faut que les projets soient bien cadrés ; il faut bien passer du temps à les expliquer, il ne faut pas qu’ils soient trop compliqués non plus, notre projet par sa simplicité le permet. Ces écoles sont l’ENIB, l’Ecole Nationale des Ingénieurs de Brest pour l’ ingénierie, les projets, le dimensionnement et les différents paramètres, et le lycée technique Vauban de Brest aussi, qui a fait la réalisation de ce prototype entièrement en aluminium.
Il fait à peu près 2m30 de hauteur sur 1m80 de large, il est essayé au cours de sa première campagne d’essai. Pendant les 3 jours précédents, on a pu tester un certain nombre de paramètres, je dirais marins.
B.O. - Est-ce qu’il est possible déjà de tirer des premiers enseignements ?
Oui, l nous n’avons pas voulu mettre de générateur pour le moment, nous avons juste voulu tester le comportement à la mer de la machine , la malmener, la soumettre à la houle, aux vagues, au vent , la faire échouer sur la grève, essayer de la retourner, ce qu’on a réussi à faire d’ailleurs, la re morquer pour voir quelle est sa force de traînée qui va actionner les aubes et qui va faire tourner le générateur. déterminer cette force nous permettra de préciser la capacité de la machine à générer de la puissance.
Donc nos deux axes de recherche sont : d’une part le comportement à la mer et d’autre part la courbe de puissance.
B.O. - Une deuxième phase devrait suivre ?
Oui, on entame en fait une campagne d’essais qui va durer je pense 2 mois, après avoir testé le comportement à la mer , on va ensuite fixer un générateur dessus. On va faire des premiers essais probablement à terre en faisant tourner la roue pour voir ce que donne l’entraînement mécanique du générateur. Quand on aura fait ça on ira faire des essais en remorque à petite vitesse, puis on augmentera la vitesse progressivement, et enfin on terminera par un essai, je dirais en condition réelle, c’est-à-dire qu’on ira mouiller notre prototype dans des courants forts, peut-être dans le golfe du Morbihan ou à Ouessant si la mer est calme où il y a des courants très forts aussi. Cela sera là le dernier test de validation du procédé.

- la "machine remorquée" pour essai
B.O. - Comme beaucoup de porteurs de projets en énergie renouvelable, vous vous plaignez quand même pas mal du manque d’investissement de l’Etat français dans la mise au point de ces machines, c’est typiquement français ?
Ce qui nous frappe le porteur de projet, c’est le décalage qui existe entre le discours et la réalité, c’est-à-dire que il ne se passe pas de jours sans qu’on entende dans les médias les problèmes évidemment de la pollution de l’effet de serre, du CO2, de Kyoto, d’un autre côté du coût de l’énergie qui ne cesse de monter. D’un côté, des grandes déclarations qui affirment la nécessité de promouvoir l’énergie renouvelable et de ce point de vue je rappelle que la France a des engagements internationaux très forts de produire 21% de son énergie dans une renouvelable avant 2010, c’est-à-dire dans 4 ans et qu’on en est loin , et de l’autre, la réalité où chaque fois qu’on frappe aux portes avec un projet, il n’y pas de budget, il n’y pas d’aide, pas de moyens. On est dans une phase de décalage total entre ce qui est affirmé haut et fort et puis la réalité qu’on peut sentir quand on est sur le terrain

B.O. : Un prochain décret permettrait le rachat de l’électricité produite par l’énergie de la mer à un taux qui pourrait être rémunérateur, vous avez quelques espoirs de ce côté-là ?
Oui, en effet, le gouvernement a quand même affirmé, par la loi du 13 juillet 2005 sur la politique énergétique de la France, la nécessité de promouvoir par le tarif de rachat, et par l’obligation de rachat qui est faite à EDF, les différentes énergies renouvelables.
Il y a une prise en compte qu’il existe une spécificité dans l’énergie éolienne , une spécificité dans l’énergie hydrolienne, une spécificité dans l’énergie solaire, dans les biomasses, etc. ; et il faut que pour chaque type de production il y ait un tarif adapté , les anglais appellent ça le « feed in tarif », c’est à dire que c’est un tarif qui permet le décollage de l’activité et qui permet son développement. Cette loi reconnaît ces spécificités, alors on attend avec beaucoup d’impatience le décret d’application qui doit paraître théoriquement avant le 31 juillet 2006. Ce décret si on (NDLR : les porteurs de projet) est suivi, et nos propositions prises en compte, un tarif devrait être fixé, de façon dégressive, en haut de l’échelle à 250 euros du Mégawatt. Si c’était le cas, cela permettrait effectivement l’éclosion de la filière sur des fondamentaux économiques de base permettant une rentabilité normale pour une entreprise.


Ne pas oublier de lire l’article "L’énergie de la mer : un gisement potentiel gigantesque et renouvelable ! " sur Brest-ouvert.net
Bonjour,
Nous sommes en 1er année de bac pro ELEEC ( electrotechnique , énergies et équipement communicant )et nous sommes interessés par votre projet inovant d ’hydro-gen pour pouvoir faire un exposé . Nous aurions besoins de la documentation , de schémas , de vidéos si possible .Veuillez agréer nos sincères salutations . pour pouvoir nous répondre ... ===> xx—teddy—xx@hotmail.fr
Les contacts d’Hydro-gen sont :
Email : contact@hydro-gen.fr
Téléphone : 06 66 82 91 38
Adresse :
SARL Aquaphile
210 Le Vrennic
29870 Landéda
France
Bonjour,
je suis tres interesse par le concept des hydroliennes flottantes qui, me semble-t-il peut etre d’un interet certain dans des pays "aquatiques" comme la RD Congo (j’y travaille dans un hopital a Vanga au bord du Kwilu).
Y a-t-il possibilite d’exploiter une hydrolienne flottante sur une riviere naturelle ?
Dr Patrick Mangoni patymangoni@gmail.com


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