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[Intervention EELV conseil municipal] Contrat Etat - collectivité : contribution à l’effort de réduction du déficit public

Jeudi 14 juin 2018

Intervention en réaction au vote de la délibération n°5 sur la proposition de contrat entre l’Etat et la Ville de Brest visant à la contribution à l’effort de réduction du déficit public et de maîtrise de la dépense publique – exercice budgétaire 2018-2019-2020

Intervention de Ronan PICHON, Vice-président de Brest Métropole en charge du numérique, de l’économie sociale et solidaire et du développement durable, Conseiller municipal :

"Monsieur le Maire, cher.e.s collègues,

Tout d’abord, j’aimerais exprimer un petit regret : nous avons normalement, dans cette assemblée, deux personnes, ou du moins deux personnes déclarées, car il y en a peut-être d’autres, qui appartiennent au parti ou plutôt au fan-club d’Emmanuel Macron. J’aurai souhaité qu’ils soient présent ce soir afin d’expliquer et défendre la logique de ce texte. Je regrette leur absence. Peut-être sont-ils appelés à d’autres obligations. C’est une des raisons pour lesquelles le cumul des mandats n’est pas forcément une bonne chose.
Je regrette leur absence aujourd’hui car ils n’ont pas pris la peine de se déplacer pour défendre la politique de leur chef devant notre assemblée.

Deuxième point, deuxième constat d’étonnement. Depuis le début du conseil, je remarque, c’est la logique de ce contrat mais également du discours des autres groupes de droite de l’assemblée, que la dépense publique est, par essence, désignée comme étant mauvaise. Nous entendons très souvent qu’il est indispensable de la réduire comme si c’était un espèce de trou noir qui viendrait faire disparaître les richesses et les forces positives de la ville, de la collectivité, de la nation et que sais-je encore.
Dans le même temps, ce sont ces mêmes personnes qui viennent défendre la croissance du PIB comme étant la solution. Pour rappel, le PIB mesure les flux monétaires et donc lorsque des flux monétaires sont organisés par la puissance publique ou par des acteurs privés cela vient contribuer à augmenter le PIB. Pourtant, ces mêmes personnes qui défendent des lignes qui viennent détruire ou affaiblir le PIB, professent, dans le même temps, le souhait de sa croissance. C’est un incohérent.

Pour revenir sur la délibération qui nous est proposée ce soir, vous avez dit, les uns les autres, l’essentiel de ce qu’il en est à dire sur la forme mais sur le fond j’ai deux réserves que je souhaite partager avec vous.
On a beaucoup parlé de la réduction du déficit de l’Etat, de l’endettement public etc, mais c’est une fiction, soyons sérieux, cela fait des années que l’on en parle et que l’on agite ce mot comme s’il était la solution à tous nos maux, or, ce déficit ne décroit pas ou peu et il n’a d’ailleurs pas vocation à disparaître. C’est exactement la même chose pour l’endettement de l’Etat, on le voit bien, si la volonté était de supprimer ces deux éléments on aurait trouvé les moyens et ce depuis très longtemps.

De plus, dans notre cas particulier, on voit bien que les contraintes que l’on veut nous imposer ne contribueront pas à diminuer le déficit de l’Etat ni même l’endettement public puisque nous ne sommes déjà que peu voir pas du tout endettés. On ne peut donc pas contribuer à réduire une dette qui n’existe pas, je trouve cela doublement stupide à ce niveau-là.

Cette contrainte qui nous est imposée a déjà été décrite précédemment dans le livre de Naomi Klein « La stratégie du choc » : des forces puissantes de la société profitent du fait qu’elles sont au pouvoir pour dérouler un programme fondamentalement très très à droite, visant à enrichir les riches, point.

On parle de la réduction du déficit de l’Etat alors qu’on supprime l’ISF, l’exit tax et qu’on met en place une flat tax pour les revenus du capital. Les mesures de ce Gouvernement sont des mesures qui contribuent à creuser le déficit de l’Etat et son endettement et qui, accessoirement, contribuent à enrichir les riches, alors même que, par la suite, on vient nous vendre des mesures nous demandant de réduire les dépenses publiques, c’est absurde ! Si on souhaite réduire un déficit et/ou un endettement, la première chose à faire est de ne pas couper dans les recettes. Il l’a fait et il continuera à le faire certainement sur d’autres niches fiscales, je n’ai pas de doute là-dessus, le programme est clair.

C’est la logique de ce que l’on nous demande, non pas de signer, car nous n’avons pas le choix, mais d’approuver car la contrainte sera la même quoi que l’on fasse (avec sans doute une sanction plus forte mais une contrainte égale). Ce qui nous est demandé finalement ce n’est pas d’être pour ou contre la contrainte qui nous est imposée puisqu’elle nous est imposée, ce qui nous est demandé c’est de baisser la tête. Non pas de consentir mais simplement, humblement de baisser la tête devant une décision prise par quelqu’un ou quelques-uns (inspecteurs des finances ou autres) qui ont décidé que cela était la politique à appliquer.

Pour clôturer et illustrer mon propos consistant à dire qu’enrichir les riches n’a jamais enrichi les pauvres, je souhaite citer une anecdote. Il s’agit d’un événement qui se déroule en ce moment dans une ville américaine qui s’appelle Seattle. La municipalité, qui dispose d’une relative autonomie fiscale, a proposé de lever une taxe, notamment auprès des grandes entreprises locales, pour financer un programme d’accompagnement, d’accueil et de réinsertion des SDF. Les adversaires les plus acharnés de cette mesure, des petites PME menacées dans leur existence comme par exemple Amazon ou Starbucks, refusent la mise en place de cette taxe. Evidemment, à force de menace, ces entreprises ont réussi à déstabiliser le conseil municipal qui a fini par voter contre ce pour quoi il avait voté peu de temps avant.
Dans le même temps, ces multinationales professent haut et fort leur engagement philanthropique. Pour autant, lorsqu’il s’agit de contribuer, via l’impôt et via un programme d’action publique, à l’aide et à l’insertion des personnes les plus fragiles, en l’occurrence des SDF, à ce moment-là c’est niet. Ce comportement, cette liberté laissée aux plus riches, de gérer et de garder leurs milliards, ne fait qu’encourager ces comportements égoïstes et affaibli la possibilité d’action publique et d’action commune.

C’est pour cela que nous voterons contre cette délibération. Au-delà du caractère plus ou moins atténué de la baffe qui nous est promise quoi qu’il arrive, je pense qu’il faut dire non, donc nous disons non. "

Posté le 15 juin 2018 par Manon
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