Il faut interdire l’amiante au niveau mondial !
Interview
Annie THÉBAUD-MONY, directrice de recherche INSERM, sociologue, porte-parole en France du réseau international Ban Asbestos était à Brest le 7 décembre pour animer une réunion publique sur le thème :
Ex-Cléménceau ! Où-en-est-on ?
Vers une filière exemplaire de déconstruction de navires ?
Quelles protections sanitaires pour les travailleurs et la population ?

B.O. :
Le fait que le Clemenceau n’ait pas été démantelé en Inde, comme c’était prévu par le gouvernement, peut-il être considéré comme une victoire, une victoire importante ?
Moi, je considère que c’est une victoire très, très, importante, parce que cela permis de faire prendre conscience des conditions de travail en Inde… On ne peut pas laisser les choses en l’état, accepter de faire gérer nos déchets par des travailleurs indiens dans les conditions qu’on connaît. Il reste évidemment bien sûr le deuxième volet à savoir ce qui va se passer pour le Clemenceau maintenant, mais en soi c’est une victoire, parce que cela a ouvert une brèche...
B.O. :
La situation des salariés du démantèlement , "si on peut les appeler comme ça", en Inde ou au Bengladesh est assez terrifiante,
Elle est terrifiante. moi je dirais que c’est çela qui a déclenché notre action ; c’est-à-dire que quand on a vu et quand on a parlé avec les collègues indiens, quand ils nous ont nous ont expliqué, qu’on a vu les photos, parce qu’ils nous ont montré très vite des photos, on s’est dit qu’on ne pouvait pas accepter que nos bateaux partent là-bas....
B.O. : On a vu, à la télévision française, quelques images d’ouvriers sur les plages avec des combinaisons mais en fait ce n’est pas la réalité qu’on a vue ce soir ?
Non là, je dirais que c’est un mensonge de plus, faire croire que dans les conditions où on échoue un bateau en Inde - enfin transposons sur un de nos rivages, sur la plage des Sables d’Olonne ces immenses navires - , dans quelle mesure est-ce qu’on pourrait travailler sur un bateau échoué sur une plage dans de bonnes conditions de sécurité, c’est de la supercherie …
B.O. : Il faut donc qu’on soit responsable de nos déchets, puisqu’on peut considérer qu’un bateau en fin de vie c’est un déchet, il faut donc des standards, des réglementations très précises pour pouvoir faire ce travail correctement ?
On a une réglementation pour l’amiante, qui, si elle est appliquée, permet de gérer dans des conditions correctes. Encore faut-il effectivement qu’elle soit appliquée. Il faut que ces règles soient étendues à l’ensemble des pays de la planète, en clair, il faut interdire l’amiante au niveau mondial. Il faut aussi que les précautions qui sont prises en Europe soient les mêmes précautions qui seront prises en Inde et ailleurs. Cela pour l’amiante comme pour les autres types de polluants. C’est clair qu’ il faut des normes beaucoup plus strictes. Il faut obliger les pollueurs, il faut appliquer le principe pollueur payeur, mais il faut surtout en amont, obliger les industriels à construire selon des filières non toxiques.
B.O. : On voit, au niveau international, des tentatives d’exempter le transport maritime, d’exempter les bateaux militaires de ce traitement anti- amiante, est-ce qu’il ne faut pas être vigilant de ce côté-là aussi ?
Il faut être très très vigilant. On a une réglementation européenne qui est claire, il n’y a pas d’exception pour le transport maritime, il n’y a pas d’exception pour le militaire, ça a été redit par le conseil d’Etat . Mais faut absolument être, très, très, vigilant à ce que l’Organisation Maritime Internationale ne soit pas à l’origine de règlements internationaux qui rétrograderaient par rapport à ce que la convention de Bâle a obtenu.
B.O. :
Le démantèlement du Clemenceau et toutes les autres affaires, le "ex-France", etc.., ont aussi alerté l’opinion sur le fait que l’amiante était encore utilisé dans le monde entier. On avait l’impression que c’était une affaire réglée, et on s’aperçoit que pas du tout ...
Ce n’est pas du tout une affaire réglée. En fait les industriels de l’amiante, le cartel international de l’amiante continue, bon il a renoncé à l’Europe, mais il n’a pas renoncé dans le reste du monde. Il y a des mines qui ont d’énormes réserves, par exemple, au Brésil il y a 50 ans de réserve, au Canada il y a encore des réserves, en Chine, en Russie. Les industriels de l’amiante continuent donc à produire et exporter vers des pays comme l’Inde, tout le continent asiatique , le continent africain, une partie du continent latino-américain. Ils continuent à dire que c’est un produit qui ne pose aucun problème. Donc, là aussi, on a vraiment à être conscient , que si on n’est pas vigilant en Europe, on pourrait voir revenir l’amiante à travers la pression de ces industriels.
B.O. :
Donc il ne faut pas baisser la garde et rester mobilisé pour l’avenir ?
Tout à fait, on a gagné une bataille très importante, avec l’Europe qui a interdit l’amiante, c’est une interdiction qui concerne 25 pays. Au delà il doit y avoir seulement une dizaine de pays en dehors de l’Europe qui ont interdit l’amiante. Mais, à l’échelle internatioanle, on vient de gagner une bataille, très, très, importante qui est le fait que l’Organisation internationale du travail s’est prononcée pour la fin de l’amiante, une interdiction mondiale.
On peut espérer, aujourd’hui, qu’on aille dans ce sens là mais pour ça il faut qu’on soit encore très vigilants et très militants.

- Annie Thébaud-Mony lors de la conférence brestoise du 7 décembre entourée de Jean Paul Hellequin de Mor Glaz et Yann Masson des Verts



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