Nous irons tous au paradis
Refondation de l’écologie polique
Cher Denis Baulier,
L’heure n’est pas encore au bilan mais au soutien politique à Ségolène Royale.
Ce qui ne nous dispense pas de commencer à analyser notre échec dans cette campagne présidentielle, la faiblesse des Verts, mais aussi la crédulité des “écologistes de terrain”, l’écologie de paillette, le comportement d’un parti socialiste aussi respectueux de la biodiversité politique qu’un bulldozer ; et encore la Berlusconisation des medias, le manque de rigueur flagrant de certains journalistes y compris du service public.
Le texte auquel tu as participé sur la refondation de l’écologie politique parait comme çà plein de bons sentiments. Seulement ce n’est pas une révolution que tu proposes avec tes (nos) amis ; mais plutôt une réponse un peu simple, un peu régressive, ah ! le bon temps où l’écologie politique n’existait pas encore !
D’abord, il y a les mots : “le progrès !!!” quel genre de progrès, l’augmentation du PIB, davantage de croissance pour les pays émergents, l’ascenseur social pour les jeunes des quartiers, un meilleur pouvoir d’achat ? Je n’ai pas aucun dégoût vis à vis du PIB ou de la consommation mais vu les dégâts et les excès, un écolo ne peut pas écrire Progrès sans dire quels objectifs il vise.
Ensuite le “libéralisme” et le “socialisme”, c’est pas si simple non plus. Entre la social démocratie et le socialisme à la Mélenchon, entre le libéralisme d’un Balladur et le néoconservatisme d’un Bush, il y a des planètes différentes.
Ce qui m’énerve encore davantage c’est le lieu commun de “l’intérêt collectif “et des “intérêts particuliers”, relis les passages merveilleux de Jacques Ellul qui montre comment l’intérêt général a toujours été l’intérêt des gens au pouvoir et comme il est changeant. C’est l’argument suprème pour clouer le bec des écolos taxés de “nimby” !
Quant à franchir les lignes de clivages pour se retrouver ensemble, heureux, fraternels … c’est un merveilleux conte que l’on ne raconte même plus aux enfants qui préfèrent les histoires bien noires et bien féroces d’un Tomi Ungerer pour grandir.
Pour avoir des vrais débats, il est nécessaire d’affirmer des positionnements différents, parfois de forcer le trait pour se retrouver dans une synthèse provisoire, plus ou moins durable, que l’on remettra en question pour avancer.
Ne pas passer sous silence les clivages réels avec le marxisme, la décroissance, le libéralisme financier, les fossés entre le centralisme étatique et notre parti pris de la personne ou notre attachement à des territoires autonomes…
Là ou tu as raison, c’est qu’il faut éviter de générer des camps du Bien ou des camps du Mal avec pour chaque camp, son écurie pour faire gagner son chef.
Mais pour cela, il faut se respecter, se mettre en déséquilibre, en incertitudes comme dirait Dominique Boullier et honnêtement mettre à distance les petites cuisines de pouvoir. Même si ces cuisines sont utiles - mais précisément elles ne doivent pas débordées sur le temps du débat.
Donc, on peut faire alliance sur beaucoup de sujets, sur peu, sur très peu de sujets avec d’autres sans se compromettre. Et ce ne sont pas des mariages à vie.
Mais pour cela, il me semble important de dire quels objectifs on vise pour le cosmos, pour sa région ou pour la présidence du comité de quartier et quels outils et rêgles on se donne.
La clé de notre refondation est peut-être là.
Les valeurs d’aujourd’hui pour demain, on les partage jusqu’où et avec qui, jusqu’où ?
La part de vision et de réalisme. Quels objectifs concrets on vise et avec quels genres d’organisation ? si on vise l’écologie populaire, sur quels terrains ?
Avec qui, sur quelles actions ?
Les Verts ont souvent donné l’impression qu’ils étaient au départ super radicaux pour changer le monde. Puis les réponses institutionnelles n’étant pas à la hauteur de cette radicalité ; ils devenaient prêts à céder sur beaucoup, pour très peu.
Nous cèderons peu et nous avancerons d’autant que nous aurons su discuter de tout avec les autres composantes politiques et sociétales et que de ces discussions émergeront des lignes claires et respectées en interne.
Bon courage Denis, nous irons tous au Paradis !


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