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Bio-carburants ou agro-carburants

une tribune d’Hervé Le crosnier tirée de sa lettre d’information "air"

lundi 3 septembre 2007

Les mots ont leur importance. Il cachent et découvrent selon la façon dont on les emploie.

Ainsi, la nouvelle marotte de l’agro-business utilise les termes "carburants verts" ou "bio-carburants". Il s’agit, par la mise en place d’un marché mondial, et par des incitations diverses, de stimuler l’utilisation de l’éthanol et du "biodiesel" en remplacement (plus vraisemblablement complément) du pétrole.

Belle manipulation mentale. Ces carburants produits à partir de l’agriculture n’ont rien de "bio", et surtout ne semblent nullement en mesure de réduire "l’effet de serre", alors que nous avons déjà la certitude qu’ils aggravent les conditions d’accès à la nourriture.

Une étude récente montre que le carburant produit par les plantes produit seulement légèrement moins de CO2 (il faut aussi apporter de l’énergie pour produire ces plantes, les raffiner... ce qui est important est le simple "gain"). De plus, si les forêts ou les jachères avaient pu subsister en lieu et place des exploitations destinées aux d’agro-carburants elles auraient consommé par la photosynthèse plus de CO2 que cette faible différence.

Bilan énergétique : négatif. Bio-mensonge.

Mais l’engouement, largement subventionné dans la majeure partie des pays, pour ces énergies végétales est tel qu’il provoque une augmentation des prix des produits agricoles (+ 39% pour le maïs, + 67 % pour le colza et le tournesol, et +85% pour le blé... toutes céréales et oléagineux susceptible d’entrer dans la fabrication des agro-carburants). Avec des effets immédiats sur les plus démunis, notamment au Sud. La pression des grosses exploitations, seules capables à la fois de produire les quantités nécessaires à cette filière et pouvant encaisser les primes, diminue les terres disponibles pour la forêt ou les cultures vivrières, ou les exploitations paysannes.

Bilan social : négatif. Bio-mensonge

Mais quelle belle affaire publicitaire ! Mettre du Vert un peu partout quand il s’agit de pétrole, de voiture, de gaspillage énergétique... ça c’est du tout bon coco.

Faire miroiter la baisse de CO2 sans considérer le cadre global, c’est transformer l’écologie (une science justement des systèmes complexes) en une "mesure", un "indice", bientôt aussi peu représentatif de la vie réelle que les divers indices que nous connaissons en économie (PIB, variation du taux de chômage,...). Mais c’est toujours l’occasion de faire des titres de journaux télévisés alléchants.

Alors ne nous laissons pas manipuler par les mots, parlons de la réalité : nous dirons "agro-carburants", et nous pouvons ajouter : une filière dangereuse pour l’équilibre mondial, qui risque d’accroître la faim dans le monde et qui ne résoud en rien la crise climatique.

Suffit le bio-mensonge.

Hervé Le Crosnier

©© Brest-ouvert, article sous licence creative common info

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