Rêves botaniques

Il est permis de rêver. Imaginons qu’à la place des projets actuels pour les Capucins, on profite de l’occasion de la disponibilité de ce nouvel espace pour créer une zone verte au coeur de la ville, à l’image de New-York, Stuttgart et autres.
Imaginons que, sur la partie Nord des Capucins, on implante les serres du Jardin botanique, actuellement peu mises en valeur et difficiles d’accès en haut d’un chemin escarpé du Stang al Lar, malgré un rôle dans la conservation de la biodiversité mondiale qui est majeur, et un énorme potentiel de valorisation de Brest en tant que métropole de recherche scientifique. Imaginons que, sur la partie Sud de ce site des Capucins, on implante simplement un bois, pour la promenade des Brestois.
Essayons de visualiser. Si vous vous placez sur le pont de l’Harteloire, vous voyez en premier un grand bâtiment neuf tout en vitres et en ferronneries, comme les serres de Laeken par exemple. Si vous vous retournez, vous voyez que les Capucins continuent la coulée verte des jardins de Penfeld et de Kervallon.
Plaçons-nous maintenant sur le pont de Recouvrance. Vous voyez toujours les remparts des Capucins, mais au lieu des ateliers s’élève un bois élégant, surplombant la rivière. Quelle genre d’arbres ? Quelque chose d’élancé, de majestueux, une espèce qui évoque la vocation de Brest à la découverte de l’outremer, les voyages vers le Nouveau monde... Quelque chose de coloré, qui fasse resplendir sur la Penfeld les feux d’un été indien. Quoi de mieux pour faire la jonction avec le Jardin des explorateurs ?
Avec un peu d’imagination, vous vous apercevez que l’absence des ateliers met en fait en valeur les murailles de l’ensemble du paysage de Penfeld vu du centre-ville.
Oui, dans cette vision-là, on enlève les ateliers. On les enlève car la préservation du patrimoine industriel est en fait un piège. Ce que les touristes et les résidents apprécient, c’est d’une part le patrimoine naturel, d’autre part le patrimoine préindustriel. En conservant les équipements de l’âge industriel, une ville est lésée au profit de quelques experts qui passent une fois tous les dix ans filmer un documentaire. C’est le cas de l’ancien Pont de Plougastel aujourd’hui. C’est juste mon avis, il ne faut pas tout garder, et surtout pas ce qui est laid. Sachons nous dépouiller pour mettre en valeur l’essentiel de l’histoire de Brest.
Au centre d’un tel site se trouveraient quelques équipements de restauration discrets, incitant la population à venir marcher et apprécier sa ville. Ce site ne serait accessible qu’à pied et en transport en commun (sauf handicapés et utilitaires, évidemment), ce qui donnerait ainsi une attractivité majeure au transport public, une connotation très positive de repos et d’ouverture d’esprit. Le triptyque transport collectif + serres botaniques + promenade avec point de vue constituerait ainsi une apologie de la protection de l’environnement et de la prise de conscience scientifique qui lui est associée, un peu comme certains efforts d’Océanopolis.
Avec un pont en plus, mais un pont interdit aux voitures, une passerelle, alors la ville de Brest bénéficierait d’un exemple à l’échelle européenne de cet élément essentiel à la civilité urbaine et politique qu’est la promenade publique.
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Salut. Je veux bien visiter l’ancien bâtiment Fiat à Turin, les usines Carlsberg de Copenhague ça m’intéresse déjà beaucoup moins, mais alors les ateliers du haut de l’Arsenal de Brest... Non mais qui va venir les voir ?
Les gens viendront pour voir la Penfeld et comprendre la pertinence stratégique du site militaire en bas, avec le Château et la Rade au bout. Et c’est ça l’explication essentielle de l’histoire de Brest.
Priorité aux paysages lisibles.
En l’occurence, la présence de ces ateliers vides sert aux professionnels à tripatouiller un imbroglio esthético-identitaire dans lequel les élus semblent entièrement englués.
Il n’y a qu’un cas où j’apprécierais de conserver ces bâtiments, c’est si l’architecte parvenait à créer une sorte de steampunk vingtièmiste. Mais... si une telle perle existe, encore faudrait-il le laisser s’exprimer...
Personne ne va venir les voir pour eux-même, mais on peut les réutiliser pour en faire autre chose plutôt que de les détruire et faire table rase.
Au moment où Lafarge annonce qu’il manquera de sable d’ici 10 ans et veut creuser au large de Quiberon, il faudrait peut-être se demander si l’envie de dégager l’espace avant de recommencer à zéro est la meilleure idée. Elle ne me paraît pas si ’verte’ que ça.
« En conservant les équipements de l’âge industriel, une ville est lésée au profit de quelques experts qui passent une fois tous les dix ans filmer un documentaire. »
Absolument pas d’accord. À Copenhague, un des mes meilleurs souvenirs de touriste est la visite des bâtiments de Carlsberg. La visite de Noisiel lors des journées du patrimoine est un privilège que tous apprécient, vous verriez la file d’attente, il n’y a pas tant d’experts du patrimoine industriel que ça, il doit bien y avoir des "gens ordinaires" qui font la queue.
Par contre, on pourrait ouvrir ou couvrir en verre une partie des ateliers pour en faire des serres. Quand à faire une zone verte au coeur de la ville, pourquoi pas ’en bas’, au ras de l’eau, en prenant d’autres terrains à l’armée, qui de toute façon seront inconstructibles car trop proches du niveau d’une mer qui monte ? On pourrait relier les bords de Penfeld au centre ville, en faire une coulée verte, avec un ascenseur à eau pour remonter sur le plateau ?


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