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Il existe un espace pour renouveler la pensée de gauche vers un réformisme radical !

Appel de Rennes : à l’Ouest, du nouveau ?

Un article de Dominique Boullier, rédacteur en chef de Cosmopolitiques

mardi 11 décembre 2007
Les mouvements sociaux actuels font office de révélateurs de la gauche et de son avenir probable. Face à une droite offensive qui traite des questions laissées en chantier pendant des années, la gauche parlementaire a du mal à faire entendre une voix originale alors que dans la rue, l’ultragauche accapare la colère à son profit (les trotskistes sont les plus officiels représentants mais ils trouvent plus ultra qu’eux). La gauche parlementaire est paralysée à la fois par son incapacité à inventer des réponses nouvelles qui ne soient pas calquées sur celles de la droite libérale et par sa mauvaise conscience vis-à-vis des luttes qu’il faut toujours suivre même lorsque leurs formes d’action et parfois leurs buts sont contreproductifs ou inatteignables.

Le temps de la clarification est donc venu, celui qui permettra de réorganiser la gauche qui a réussi grâce à François Mitterrand à faire disparaître le PCF en créant ainsi un vide considérable. Oui, il y aura toujours une place pour les mouvements protestataires qui ne veulent jamais gouverner. Cette gauche protestataire est aussi la plus conservatrice et elle est présente au sein de tous les partis de gauche parlementaires qui n’ont pas le courage de se couper d’eux et qui dépensent une énergie folle à faire des synthèses de façade qui n’ont prise sur rien et ne peuvent convaincre largement (d’où l’échec de la candidate socialiste). Car en restant prisonniers de ce dilemme entre protestation conservatrice et réformisme libéral, la pensée de gauche s’est effondrée, limitant ses batailles à des affaires d’écuries médiatiques.

Pourtant, il existe un espace pour renouveler la pensée de gauche vers un réformisme radical.

Deux leviers puissants existent :

1/ La lutte ferme contre la dérive du capitalisme vers la financiarisation, qui explique à elle seule une grande part de la détresse des chômeurs, des salariés, des indépendants ou des petites entreprises : l’exigence de fluidité du capital a entraîné la flexibilité généralisée qui détruit tout projet social durable. Attac l’avait bien vu mais s’est fait détourner de son action par des manoeuvres de l’ultragauche et la lutte contre le capitalisme financier a dérivé en lutte conservatrice voire nationaliste contre la « mondialisation ». La gauche parlementaire n’a toujours pas mis cette question au centre de ses objectifs.

2/ La prise en charge de la crise écologique. Sur ce point aussi, l’opinion est largement favorable mais le parti vert est lui-même paralysé entre son ultragauche autonomiste campée sur un programme mais incapable de le faire partager et des élus locaux reconnus mais incapables de peser au niveau national. Le Grenelle de l’environnement met seulement un peu plus en évidence cette crise et prend enfin au sérieux tous les acteurs associatifs de l’environnement. Mais il n’en sortira rien sans une volonté politique ferme contre le productivisme et le scientisme dans tous les domaines et ce n’est pas la droite qui en fera preuve, comme le montreront les choix budgétaires. La gauche non écologiste a tenté de reprendre ces thèmes mais sans modifier son logiciel radicalement : elle reste au fond productiviste et scientiste.

Dans tous ces partis de gauche parlementaire, il est temps de faire des choix, de se séparer, comme en Allemagne, des protestataires conservateurs proches de l’ultragauche, de ne plus être captif des sirènes libérales en se donnant un cadre d’analyse réformiste radical, en se débarrassant par exemple de la référence au « socialisme ».

Il est temps de fonder un nouveau mouvement de masse centré sur la lutte contre la financiarisation de la société et contre le productivisme, avec une forme d’organisation plus proche des initiatives de la gauche italienne que des partis traditionnels.

Certains écologistes ont commencé ce travail en lançant l’appel de Rennes : à l’Ouest, du nouveau ?

Dominique Boullier,

Professeur de sociologie à l’Université Rennes 2

Rédacteur en chef de Cosmopolitiques

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