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Silence radio : Le breton ne s’écoute plus sur France Bleu Breizh Izel

Le 16 avril 2020

« Je pleure depuis le 16 mars parce que je n’ai plus un podcast des « Keleier e Brezhoneg » disponible. Je crois que je suis en manque » déplore un auditeur sur twitter.

Depuis le 16 mars, la langue bretonne a disparu des ondes de France Bleu Breizh Izel. Que s’est-il passé depuis un mois et pourquoi les Keleier, les journaux d’informations en langue bretonne, ont-ils été supprimés ? Le SNJ-CGT demande depuis plusieurs semaines des réponses précises à la direction de Radio France.

Le SNJ-CGT dénonce une rupture grave et inédite dans la continuité du service public et dans les obligations de Radio France d’assurer des émissions et des rendez-vous d’informations en langue bretonne. Pour la première fois depuis 1982, le breton est absent de l’antenne. Pourtant, il faut le rappeler, le breton est à l’origine de la création de RBO et constitue l’ADN de France Bleu Breizh Izel.

Le SNJ-CGT se joint à l’incompréhension et la stupeur des auditeurs de ne plus entendre ni les émissions, ni les journaux en langue bretonne : des rendez-vous pourtant ancrés dans le quotidien de près de 100 000 auditeurs. Alors que la situation est difficile à vivre pour chacun, la présence de ces émissions et journaux est essentielle à de nombreux bretons qu’ils soient âgés et isolés ou bien plus jeunes et privés de l’environnement en breton de leur école.

Le SNJ-CGT relaie également l’indignation et les difficultés rencontrées par les journalistes bilingues de France Bleu Breizh Izel. Dès les premiers temps de la crise, alors que la Bretagne et le monde entier traversent une période de troubles inédits, il est formellement demandé aux journalistes bilingues de la rédaction de ne pas traiter de l’actualité.

Or, le journalisme en breton n’est pas cosmétique, il est au coeur de la raison d’être de France Bleu Breizh Izel. Le SNJ-CGT estime que le contrat de travail liant l’entreprise à ses salariés est bafoué.

Face à cette situation, et malgré nos demandes répétées aux directions locale et nationale, de nombreuses questions restent toujours sans réponses précises. Quelques éléments de justification ont été apportés par mail ou en CSE, mais ils sont soit incomplets soit flous.

Dans les premiers temps de l’urgence sanitaire, l’argument de protection de la santé pouvait être compris : il a même été salué par le SNJ-CGT. Mais il n’est plus valable aujourd’hui. Les journalistes bilingues sont depuis plus de trois semaines en capacité d’assurer des rendez-vous d’antenne en breton depuis leur domicile. C’est ce que font avec beaucoup d’application et de talent leurs collègues en français. Le nombre de salariés est également suffisant pour assurer des journaux quotidiens en langue bretonne.

Par ailleurs, la rédaction en chef a décidé de restreindre le travail des journalistes bilingues à la création de contenus multimédia, tout en imposant à une partie de cet effectif de travailler en français. Une décision étonnante puisque la production journalistique en français est en ce moment bien supérieure à la capacité de diffusion, depuis la mise en place de l’antenne commune avec FB Armorique. Autrement dit, proposer uniquement du web en breton, et nettement moins que ce que l’on pourrait faire.

Des problèmes techniques sont également invoqués. Mais de quels problèmes parle-t-on ? Pourquoi ce qui est possible en français ne le serait pas en breton ? Et pourquoi ne pas nous répondre précisément ?

Enfin, le dernier argument avancé est celui de l’antenne partagée avec France Bleu Armorique : nous serions empêchés de parler en breton à l’antenne car la station de Rennes ne diffuse pas d’informations en breton.

Au regard de la situation, un détour par les autres locales bilingues du réseau France Bleu interpelle. France Bleu Pays Basque en est l’exemple le plus flagrant. Dès le 16 mars, la direction de cette station a pris la décision de maintenir les rendez-vous en langue basque. Et quelques jours plus tard, lors de la mise en place de la mutualisation avec les antennes Béarn et Gascogne, les journaux en basque ont encore une fois été maintenus. Pourtant, à l’instar d’Armorique et du breton, on n’entend cette langue minorisée ni sur Béarn ni sur Gascogne en temps normal. Gascogne a pris la décision de diffuser à son public les journaux en basque, tandis que Béarn a mis en place un système de « cache » permettant la diffusion d’une chanson à la place.

Pourquoi ce qui est techniquement possible dans le Sud-Ouest de la France ne l’est-il pas en Bretagne ? Ou encore : pourquoi n’est-il pas tout simplement possible de diffuser du breton sur FB Armorique ?

Il nous apparaît que le problème n’est ni sanitaire, ni technique, ni humain. Ce qui a guidé le maintien du breton à l’écart des ondes de France Bleu Breizh Izel, ce sont bien des choix éditoriaux. En plus de ces éléments, et malgré les nombreuses relances et propositions des salariés, l’encadrement a préféré répondre par le silence ou le mépris.

Le SNJ-CGT demande donc le rétablissement rapide de journaux et d’émissions en breton sur l’antenne de France Bleu Breizh Izel.

Le SNJ-CGT invite la direction de France Bleu à écouter l’avis du CESER Bretagne émis le 6 avril 2020 et de garantir « la continuité d’une information en breton » dans une « période où les locuteurs sont isolés, où les enfants sont privés d’école et confinés à la maison ».

Le SNJ-CGT demande des garanties à la direction de France Bleu quant à l’avenir de de la langue bretonne sur les ondes de la radio.

Le SNJ-CGT invite également la direction de France-Bleu à analyser les causes de ce raté historique.

Hep brezhoneg France Bleu Breizh Izel ebet
Le SNJ-CGT Radio France

Posté le 20 avril 2020 par Yann Fañch Kernéis
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