Accompagner la mutation écologique à travers l’emploi et la formation !
Audition d’Alexis Deck, président-fondateur de Fac Verte, au groupe de travail Education au développement durable

21/12/07 - Audition groupe de travail Education au développement durable
par Alexis Deck, président-fondateur de Fac Verte – l’écologie universitaire négociateur d’Alliance pour la planète au Grenelle de l’environnement.
Valérie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État à l’Écologie déclarait il y a quelques mois : « Il ne faut pas se voiler la face, il y aura des emplois créés, d’autres détruits. Ce qu’il faut, et c’est le sens du Grenelle de l’Environnement en octobre, c’est que les mutations se fassent le mieux possible, en mettant plusieurs acteurs sociaux autour de la table, dont les syndicats évidemment. »
Ancien responsable d’une organisation syndicale et écologiste, je ne peux que me réjouir de cette déclaration. L’emploi et l’écologie ne sont pas ennemis, bien au contraire. L’étude confiée par l’Union européenne à la confédération syndicale européenne confirme cette évidence [1]. On y apprend ainsi qu’une politique d’efficacité et de sobriété énergétique débouchant sur une baisse de 40% des émissions de CO2 à l’horizon 2030 n’aurait pas d’effet net négatif sur l’emploi mais plutôt un impact légèrement positif. Pour autant, l’étude estime nécessaire une politique ambitieuse d’anticipation dont la clé réside dans la formation et la reconversion professionnelle, s’appuyant sur des « programmes de transition pour l’emploi dotés de financements adéquats et négociés avec les partenaires sociaux pour anticiper, maîtriser et gérer les mutations sociales engendrées par les politiques d’adaptation et d’atténuation ».
Le système d’enseignement supérieur français doit prendre une part active dans la réalisation de cet ambitieux objectif. Puisque la transition est nécessaire, nous devons la choisir et non la subir.
L’idée forte de cette contribution est qu’il ne faut pas chercher à multiplier les métiers de l’environnement – avec le risque d’ailleurs de les ghettoïser. Mais qu’il faut plutôt intégrer le développement durable au coeur de chaque formation initiale, professionnelle et continue (dans tous les secteurs comme les sciences, les lettres, la banque, l’architecture, le tourisme, la santé...). La France doit afficher l’objectif de parvenir en 2012 entre 15 et 20% du volume horaire de chaque maquette de diplôme consacré à des modules de formation appliqué au développement durable.
Depuis la réforme LMD, il n’existe plus à proprement parler de « cadre national » des diplômes. Il faut donc imaginer d’autres moyens que la réglementation. Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre simplement les bonnes volontés spontanées (qui existent). L’impulsion politique sera déterminante et elle devra être basée sur la contractualisation avec les établissements d’enseignement supérieur, l’incitation active et l’éco-conditionalité.
Le ministère de l’Education nationale – en lien avec la CPU, la CGE mais aussi d’autres ministères le cas échéant – doit prendre l’initiative de la convocation de groupes d’experts, disciplines par disciplines, branches par branches. Ces groupes seront composés de manière paritaire avec les experts des organisations porteuses d’enjeux écologiques. Ces experts seront rémunérés, car ils doivent être rapides et efficaces.
Ils seront chargés pour la fin de l’année scolaire d’élaborer, de définir, de préciser une liste d’enseignements et de compétences en relation directe avec le développement durable et la matière concernée. Les travaux de ces groupes seront publiés par le CNDP, la maison d’édition du ministère de l’Education nationale. Ils feront l’objet d’une bonne publicité, seront envoyés gratuitement à tous les décideurs de l’enseignement supérieur et ils seront mis en ligne.
Cet outil servira de guide à tous les « fabricants de diplômes ». De son côté, l’Etat et les collectivités territoriales concernées devront intégrer les recommandations de ce guide dans leur méthodologie d’évaluation des établissements d’enseignement supérieur. Le contrat de plan quadriennal, passé avec l’Etat et la Région, paraît être le meilleur outil de motivation. En clair, les universités qui feront des efforts sera récompensées, les autres seront sanctionnées. A moyen terme, le ministère doit exiger que le renouvellement des habilitations des diplômes doit répondre à ces nouvelles exigences. C’est une question de gisement d’emploi, de compétitivité (l’Allemagne a 17 fois plus de brevets que la France en ce qui concerne les énergies renouvelables et les économies d’énergie), mais surtout, c’est une priorité planétaire.
La gouvernance doit également être évaluée dans ce contrat de plan quadriennal. Je préconise que les universités intègrent un acteur porteur d’enjeu écologique dans leur conseil d’administration. La loi Pécresse en ouvrant largement les CA des universités aux personnalités extérieures autorise très facilement cette mesure. C’est au groupe de travail de saisir cette opportunité. Nous pouvons également envisager que cette décision se décline au CEVU, au CS et qu’un vice-président développement durable soit élu au côté du président (comme à l’université de Nantes). Afin de la rendre exemplaire, cette nouvelle gouvernance écologique doit se construire au plus haut niveau, jusqu’au Cneser, au Cnous, mais aussi et surtout à l’ANR.
Concernant quatre domaines particulièrement vitaux dans la lutte contre le réchauffement climatique (transport, industrie, bâtiment et énergie), les recommandations des groupes d’experts seront appliquées avec la plus grande fermeté possible. Par exemple, l’apprentissage des normes HQE doit être systématique et rendue obligatoire dans toutes les écoles d’architecture.
Un obstacle va se présenter à nous : la faiblesse de la « main d’oeuvre formatrice »issue du monde de l’enseignement supérieur. Les établissements doivent être encouragées à solliciter des intervenants extérieurs, issus notamment du tissu associatif. Encore une fois, l’université de Nantes montre l’exemple à travers son module de découverte de la diversité biologique à destination des ses étudiants de L1 en droit et en économie. Ce module traite de l’histoire et de l’actualité scientifique et de l’initiation à l’économie naturelle. Il est assuré en partie par des intervenants extérieurs issus du tissu associatif et il est co-financé par des collectivités territoriales.
Les retombées pour la recherche seront automatiques : dans les universités, les enseignants-chercheurs enseignent mais ils cherchent aussi. Un plus grand nombre de discipline traitant de développement durable, c’est plus d’heures enseignements liées à cette thématique, donc mécaniquement plus d’heures de recherche sur des questions connexes au développement durable. A propos de la recherche, nous pouvons organiser plus activement la création de chaire liée au développement durable dans chaque université au travers leurs fondations (et le mécénat privé) et leur contrat de plan quadriennal.
Pour finir, et concernant la formation professionnelle, je préconise que les commissions professionnelles consultative (CPC) intègrent toutes un expert issu des acteurs porteurs d’enjeux écologiques. Ce sont les CPC qui élaborent les référentiels des diplômes de l’enseignement technologique et professionnel. Il faut y introduire le nouveau dialogue environnementale dont la France a besoin.
Je tiens à remercier Raphaël Romi, vice-président de l’université de Nantes et Sylvain Tranoy, ancien élu étudiant au Cneser, pour leur collaboration à l’écriture de cette note. Merci à tous de m’avoir écouté.
Alexis Deck
(1) Impact sur l’emploi du changement climatique et des mesures de réductions des émissions de CO2 dans l’union européenne à l’horizon 2030
[1] Impact sur l’emploi du changement climatique et des mesures de réductions des émissions de CO2 dans l’union européenne à l’horizon 2030


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