Au lieu de projets d’un autre âge, inutiles et aux coûts insupportables (ex : aéroport de Notre Dame des Landes...), c’est toute une économie verte, plus responsable et plus créative, qui mérite d’être soutenue
par Marie-Hélène AUBERT, Députée européenne (Verts)

A l’heure même où le Président de la République disserte sur la fameuse « politique de civilisation » chère à Edgar Morin et affirme que les conclusions du Grenelle de l’environnement seront appliquées sans faillir, les réalités , elles, sont têtues et tout autres.
Quand on voit qu’il faut une grève de la faim de José Bové et de ses amis pour que la France invoque enfin la clause de sauvegarde pour l’OGM Mon 810 auprès de la Commission européenne, que seuls les menaces terroristes et l’assassinat de quatre Français en Mauritanie ont amené à mettre fin au scandale du Paris-Dakar, que l’on attend toujours les dégâts très lourds des catastrophes naturelles, dues de plus en plus au changement climatique, pour commencer à appliquer quelques mesures destinées à lutter contre les émissions de CO2, on se dit que le changement culturel souhaité est encore très loin d’avoir touché les esprits.
Les soldes en une des médias et la "peopleisation" de la vie politique, même au plus haut sommet de l’Etat, montrent encore à quel point l’hyperconsommation et le star system fascinent nos sociétés Dans l’Ouest aussi, nos décideurs rêvent paradoxalement de mégaprojets d’infrastructures, à l’impact très lourd, sur terre, sur mer, ou dans le ciel , censés apporter développement et prospérité à notre région, contre toute évidence.
Ainsi du projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, dont on se demande comment il peut encore être promu aujourd’hui, alors que le baril de pétrole atteint les 100 dollars (ce n’est qu’un début), qu’on prétend réduire les émissions de gaz à effet de serre, qu’on a tant besoin pour l’avenir de terres agricoles et de protéger la biodiversité, que par ailleurs les finances publiques manifestement ne pourront pas assumer de tels coûts d’investissement , et que le bon sens voudrait qu’on optimise les (nombreuses) structures existantes, dans un cadre européen cohérent, en réduisant leur impact négatif pour l’environnement et les riverains.
Les milliards d’euros envisagés pour construire cet aéroport sans avenir seraient bien mieux utilisés à convertir nos modes de vie, de production et de consommation, à la nouvelle donne écologique et au besoin exprimé par tous d’un monde plus solidaire et plus humain.
Les initiatives et les propositions ne manquent pas pourtant, de l’habitat écologique à l’alimentation saine et bio dans la restauration collective, d’un urbanisme repensé par l’innovation notamment en matière d’énergie et de transports à l’économie sociale et solidaire, des pratiques agricoles et de pêche durables à la revitalisation des territoires ruraux et des économies locales, des services aux personnes à l’éducation et à la culture. C’est toute une économie verte qui ne demande qu’à vivre et à s’épanouir. A la fois plus responsable et plus créative, elle mériterait d’être soutenue à la hauteur des enjeux, à l’aide de soutiens européens régulièrement sous-utilisés dans notre pays, plutôt que ces projets d’un autre âge, inutiles et aux coûts insupportables.
Il est temps que le Conseil d’Etat mette un terme à ces chimères et change d’époque.
paru dans la rubrique Tribune du journal Ouest France le 11 janvier 2008


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