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Décès de Vassili Nesterenko, le dénonciateur du crime radioactif de Tchernobyl

samedi 30 août 2008

Repris d’un article publié par Le Courrier, quotidien suisse indépendant

Un article publié par Philippe Bach le vendredi 29 aout 2008

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Il avait été l’un des « liquidateurs » de Tchernobyl. Un parmi des dizaines, voire des centaines de milliers, de victimes. Le professeur Vassili Nesterenko est décédé lundi dernier à Minsk, en Biélorusse. Avec sa mort, c’est l’un des scientifiques qui a lutté le plus activement contre la chape de plomb que le lobby nucléaire fait peser sur ce dossier qui disparaît. Vassili Nesterenko dirigeait l’institut Belrad. Un centre indépendant qu’il avait créé en 1990 après avoir été limogé de ses fonctions antérieures. Il refusait de se taire sur la catastrophe sanitaire qui frappe les populations biélorusse et ukrainienne consécutive à l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl, le 26 avril 1986.

Son décès est lié à la dose de radioactivité qu’il avait alors reçue lors de son survol en hélicoptère de la centrale, estime Wladimir Tcherkoff, journaliste auteur de plusieurs documentaires sur Tchernobyl[1]. « Cette irradiation avait infligé des graves lésions à son système digestif. Il était très affaibli physiquement. »

Il avait dû subir une intervention chirurgicale le 20 août dernier, qui s’était bien déroulée. Mais il est décédé cinq jours plus tard, à l’âge de 73 ans. La direction de son institut – financé par l’association France-Liberté de Danielle Mitterrand et par l’association Les Enfants de Tchernobyl, présidée par le professeur Michel Fernex – sera désormais assumée par son fils Alexeï.

Vassili Nesterenko a notamment mis en place un traitement par la pectine pour tenter d’extraire les radionucléides de l’organisme des enfants, particulièrement sensibles à cette pollution. Et il a tenté d’établir un atlas des pollutions en Biélorussie. Cela lui a valu les persécutions du pouvoir biélorusse. « C’est un problème qu’on retrouve à la fois en Europe de l’Ouest et dans les ex-démocraties populaires de l’Est », observe Philippe de Rougemont, de Sortir du nucléaire, « le débat est complètement verrouillé par l’Agence internationale pour l’énergie atomique ».

Le chercheur avait été à deux reprises visé par un attentat. Durant la dernière année, il a fait l’objet d’une commission d’enquête initiée par le président Alexandre Loukachenko, qui a tenté de le faire taire en cherchant à prouver qu’il aurait commis, par exemple, une fraude fiscale. « Non seulement cette commission n’a rien trouvé mais elle a félicité M. Nesterenko pour la bonne tenue de son institut », souligne M. Tcherkoff. philippe bach

[1] Dont notamment le « Le Crime de Tchernobyl : le Goulag nucléaire ».

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