Brest ouVert

Lancé par les élu.e.s Europe Ecologie Les Verts de Brest, Brest-ouVert.net est un site d’information et de débat public ouvert à chacun.e selon la charte

Il rencontrera, à Brest, le mercredi 22 octobre 2008, les acteurs locaux de l’ESS

"Mettre en œuvre une politique de l’Economie Sociale et Solidaire sur le territoire de l’agglomération nantaise dans une logique d’Agenda 21" : objectif atteint pour Jean Philippe Magnen, l’élu vert nantais

Interview

Le secteur de l’Economie Sociale et Solidaire dans l’agglomération Nantaise pèse 30 000 emplois, autant que l’industrie ou le commerce. Et cela commence à savoir !

Le succès des journées Ecossolies qui lui sont entièrement consacrées est telle que l’action publique en soutien à l’ESS réalisée à Nantes et sa région fait désormais référence. Elles devraient déboucher sur la création d’un pôle d’innovation et de co-développement de l’ESS.

Jean Philippe Magnen, cheville ouvrière de ces journées, est adjoint au maire de Nantes en charge de la coopération décentralisée et du codéveloppement, conseiller communautaire en charge de l’économie sociale et solidaire à Nantes Métropole.

Il sera à Brest le mercredi 22 octobre 2008, pour rencontrer les acteurs de l’ESS de la région brestoise.

Interview

Brest-ouvert : Dans la région nantaise , le poids de l’économie sociale et solidaire est important , il existe une multitude d’associations, de coopératives, de mutuelles, de fondations, d’organismes d’insertion, et de structures de commerce équitable, peut-on considérer que l’ESS s’y révèle un outil porteur d’emplois et qu’elle contribue à l’essor du territoire nantais ?

L’une des spécificités de l’économie sociale et solidaire sur le territoire de l’agglomération nantaise est de bénéficier d’un ancrage historique et culturel très fort. Cet héritage était à valoriser, structurer, rendre lisible et porteur d’un véritable projet politique. Aujourd’hui, on dénombre près de 500 structures impliquées dans la dynamique ESS locale. Le secteur de l’ESS représente 30 000 emplois, presqu’autant que ce que pèse l’industrie (31 000 emplois) ou le commerce (35 000) !

Une des grandes orientations du dernier plan triennal du mandat précédent a été la mise en œuvre d’un appel à projets, qui continue sur ce mandat, et dont l’un des objectifs est de soutenir la création d’emplois et d’activités pérennes dans les différents secteurs couverts par l’ESS. En près de trois ans, nous avons soutenus plus de 50 projets particulièrement innovants.

L’économie sociale et solidaire est aujourd’hui intégrée dans la direction générale du développement économique et de l’attractivité internationale. Seule forme de l’économie à intervenir simultanément sur les trois sphères qui traversent toutes nos politiques publique – l’emploi, l’utilité sociale et la démocratie -, elle est reconnue à part entière comme un moteur du développement local. C’est un des grands acquis politiques du dernier mandat.

B.O. : La notoriété d’Ecossolies dépasse les frontières de l’agglomération nantaise. Comment expliquer ce succès ?

Plusieurs choses peuvent y contribuer. Je viens de parler de l’ancrage territorial et de l’objectif de développement local associés à la politique ESS sur Nantes Métropole. Cette orientation va de pair avec un engagement actif au sein de réseaux de territoires, nationaux et européens, comme le RTES et REVES. Tout ça déborde, inonde, rayonne… et reçoit en échange.

Et puis, très concrètement, il y a les actions mises en œuvre depuis plusieurs années, telles que les Journées d’études et de mobilisation, lieux de rencontres, d’échanges d’expériences, créateurs de liens, autour d’invités venant des quatre coins de la France, et même au-delà !

Mais le plus grand promoteur des Ecossolies a certainement été l’événement de juin 2006. Organisée avec l’appui des grandes collectivités, Nantes Métropole, Carene, Conseils Général et Régional, cette grande rencontre populaire a rassemblé sur trois jours plus de 500 structures participantes, accueillant 30 000 visiteurs. Un véritable succès, qui est aussi le succès de la démarche participative expérimentée et de la co-construction entre acteurs et partenaires institutionnels. C’est fort de ce succès qu’on s’avance aujourd’hui vers cette nouvelle étape qu’est le pôle d’innovation et de co-développement de l’ESS, qui devrait voir le jour en 2009-2010.

B.O. : L’ESS recouvre nombre d’initiatives et des initiatives qui se situent dans le champ du développement durable, et de la lutte contre l’accroissement des déséquilibres écologiques, cela vous semble-il logique ?

Dès le départ, nous avions voulu inscrire la mise en œuvre d’une politique ESS sur le territoire de l’agglomération dans la logique de l’Agenda 21, lui-même à élaborer, selon les termes de l’accord électoral passé avec nos partenaires politiques. Nous revendiquions cette cohérence-là. La démarche de développement durable associée à l’ESS est ainsi validée dans la délibération fondatrice adoptée par le conseil communautaire. C’est non seulement logique, c’est aussi, et surtout, en cohérence avec la démarche portée par l’écologie politique liant les dimensions sociales, économiques, environnementales et démocratiques.

Quelles ont été les étapes dans l’introduction des critères éthiques dans les achats publics de la ville de Nantes ?

Dans l’avant-dernier mandat, la Ville avait déjà affiché une volonté d’introduire des démarches éthiques et équitables dans ses achats, en répondant à différents appels d’ONG, sans véritable passage à l’acte.

- En 2001, nous reprenons les choses en main

- 2002 - engagement dans les campagnes Max Havelaar (« 500 villes s’engagent », Quinzaine du commerce équitable…) et validation par le conseil municipal d’une démarche de CA pour les achats de fournitures de la Ville ;

- 2004 – création d’une délégation au commerce équitable et validation du 1er plan d’actions et trois grands objectifs : identification de marchés-tests, création d’un Village de Noël équitable et participation à la construction du réseau de collectivités/commande publique durable, sur le Grand Ouest ;
- 2005 – 2007 : montée en puissance, on passe de quelques produits symboliques (café, thé) sur des marchés isolés à une véritable évolution des pratiques en matière d’achats publics. Le directeur de la Commande publique est très impliqué dans la démarche.

B.O. : Le Code des marchés publics a longtemps été un obstacle désormais la possibilité est donner aux collectivités locales d’exécuter un marché selon des considérations sociales et environnementales, reste le problème du prix des produits du commerce équitable ? Comment l’abordez –vous ?

C’est effectivement l’un des freins au changement d’échelle, qui nous fait encore globalement rester au stade de l’expérimentation, malgré les avancées réelles. Sur cette question des surcoûts, plusieurs choix peuvent être faits : politiques – on accepte le surcoût, on l’intègre dans une évaluation globale, en réduisant par exemple d’autres coûts par des pratiques éco-responsables ; comptables – on réduit le volume de la commande. A travers le Réseau Grand Ouest, un travail important est également mené auprès des producteurs et distributeurs.

B.O. : Cette démarche d’achats publics en faveur des pays du Sud ne peut-elle pas, se placer en concurrence avec le besoin de développement de certains producteurs locaux ?

Nous avons dès le départ voulu que la démarche de commerce équitable prenne en considération à la fois les dimensions Nord-Sud et Nord-Nord. Une des premières actions a par exemple été la création d’un marché hebdomadaire bio, en partenariat avec le Groupement des Agriculteurs Biologiques GAB44. Cette même volonté se retrouve dans le Marché de Noël équitable, qui rassemble producteurs du sud et du nord.


B.O. : Quelles actions en termes de communication notamment, sont mises en place pour sensibiliser directement les citoyens au commerce équitable ?

L’information et la sensibilisation ont été, dès le départ, un des grands axes portés par la délégation au CE, qui a donné lieu à un grand nombre d’actions et de réalisations, en particulier :

  • publication d’un guide du commerce équitable ;
  • participation aux campagnes et programmes nationaux (Max Havelaar) ;
  • création d’un Village de Noël équitable ;
  • présence de produits bio/équitables lors d’inauguration de manifestations municipales ;
  • distribution de TShirt en coton équitable lors de l’accueil de la Coupe du monde de Rugby…

Deux éléments importants à noter : le portage de cette délégation se fait en étroite association avec les acteurs locaux de la société civile.

Posté le 13 octobre 2008 par Christian Bucher
©© Brest-ouvert, article sous licence creative common info