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Les soldats de plomb de la bataille de l’eau

vendredi 24 octobre 2003

Mardi 21 octobre : un numéro spécial du journal Ouest-France est dans les kiosques. Son titre : La bataille de l’eau dans l’Ouest.

Gérard Borvon, président de S-eau-S, réagit et invite à ranger sur les étagères "les soldats de plomb" pour laisser la place à ceux qui auront vraiment la volonté de gagner la bataille de l’eau

Cela n’étonnera personne : le bilan est accablant.

L’eau du ciel n’est pas vierge nous rappelle-t-on. En passant au-dessus des usines elle s’est chargée d’acide, de chlore, de métaux lourds, de dioxines. Au-dessus des champs elle complète par des pesticides et de l’ammoniac, le mélange d’un cocktail déjà bien chargé.

Les nappes phréatiques sont sous la menace des déchets industriels enfouis sans aucune précaution depuis des décennies. Les nitrates et les pesticides qui s’enfoncent lentement dans le sol rendent les réserves d’eau souterraines impropres à la consommation humaine. On ne compte plus les nappes phréatiques qui dépassent déjà les 100mg/l de nitrates. Dans le seul Finistère 60 captages ont été abandonnés dans les années récentes.

Les usines de dénitratation installées ici et là fonctionnent maintenant dans des conditions d’illégalité : l’eau qu’elle prélève est trop polluée, les directives européennes interdisent son usage pour la production d’eau potable. Résultat : la France est sous le coup d’une condamnation par la cour de justice européenne qui pourrait bientôt se traduire par une astreinte journalière pouvant aller jusqu’à 600 000 euros par jour !

Pourtant cette eau que beaucoup ne boivent plus est l’une des plus chères de France. Les groupes privés auxquels les municipalités ont eu la faiblesse de confier la gestion de leur eau ont su profiter de la situation et, aujourd’hui encore, nous proposent plus de technique et plus d’argent dépensé pour traiter une eau qui, à 80%, n’alimente plus que nos cuvettes de WC et nos machines à laver.

L’ordre de bataille pour la reconquête de la qualité est plus flou. "Communiquer" tel est le mot d’ordre des milieux de l’agroalimentaire et de l’industrie du traitement mais surtout ne rien changer !

On peut cependant saluer la place consacrée au courageux rapport parlementaire de Gérard Miquel, sénateur PS du Lot et ancien agriculteur. En proposant de s’attaquer aux causes des pollutions plutôt qu’à leurs effets, en invitant les départements à donner aux communes les moyens de se défendre, il est vraiment le seul à rechercher l’efficacité.

Mardi 21 octobre : La commission géographique "Vilaine et côtiers bretons" du Comité de bassin Loire-Bretagne se réunit à Rennes. La salle du Conseil Régional est comble. De nombreux élus locaux responsables de la gestion de l’eau ont fait le déplacement. Les documents établis par les services de l’Agence de l’Eau sont clairs et précis. La situation décrite par le dossier de Ouest-France sorti le même jour est vérifiée par les chiffres.

L’objectif de la réunion est ambitieux : la nouvelle directive cadre européenne sur la pollution des eaux impose un retour au bon état écologique pour 2015, c’est à dire pour demain. Un bon état écologique c’est au plus 10mg/l de nitrates dans l’eau. Au rythme de 3mg/l de baisse par an il faudra retrouver en 10 ans le niveau des années 70 époque à partir de laquelle la pollution a augmenté en moyenne de 1mg/l.

Une bataille de l’eau ? C’est à une "véritable révolution" que nous sommes invités devait déclarer Jean-François Piquot pour Eau et Rivières.

Message entendu ? Le scénario tendanciel qui nous est présenté envisage une baisse de la pollution urbaine et industrielle par amélioration de la capacité de traitement des stations d’épuration mais imagine un maintien de la pollution agricole avec, phénomène aggravant, un transfert de la production bovine vers la production porcine et une concentration accélérée des exploitations. Or, dans nos régions, la pollution agricole correspond à 85% de la pollution brute totale. Autant dire que dans 15 ans, sans un sursaut politique, la situation n’aura pas beaucoup évolué. "Nous verrons cela à partir de 2005, jusque là contentons-nous d’observer", devait répondre Ambroise Guellec, président du comité de bassin Loire-Bretagne et vice-président du conseil régional, à la remarque que je faisais à ce sujet. Rien d’étonnant donc si dans sa conclusion le président de séance invitait, entre autres, les participants à préparer "les dossiers de dérogation" dont ils auront besoin en 2015. Car "il ne faut pas rêver" devait-il ajouter.

Il est certain qu’avec de tels soldats de plomb la bataille ne risque pas d’être gagnée et que l’urgence existe de les ranger sur les étagères pour laisser la place à ceux qui auront vraiment la volonté de gagner la bataille de l’eau en aidant l’agriculture bretonne à conserver ses emplois et à produire, dans le respect de l’environnement, des produits de qualité.

Gérard Borvon

Ce mot clé est attribué à l’article qui s’affichera à la Une de chaque Magazine.

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