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Francine Comte nous a quittés

samedi 8 novembre 2008

Une pensée des vert-es Brestois-es pour cette écrivaine, militante verte et féministe qui nous a quitté et pour Alain son compagnon.

Et un relais de ce texte de Francine Comte-Segeste diffusé par Jocelyne Boulycaut

Viens te battre

J’étais encore une enfant, ou une vieillarde, qui sait ? Peut-être plus grande qu’on ne pensait. Joignant dans mes mains dociles, comme pour une prière sans dieu, l’origine et le terme de ma vie. Depuis longtemps, ma voix s’était tarie dans ma gorge, elle n’était plus qu’un filet sans force, et d’ailleurs à qui aurais-je parlé ? Les cris qu’autrefois j’entendais fuser de partout étaient pour toujours étouffés. Toutes portes closes, les rues désertes à jamais plongées dans la nuit formaient des enfilades sans but. Corridors pour ouragans. J’oscillais dans le vent qui s’y engouffrait, mais j’avançais. Petite, si petite. Seule une peur noire m’accompagnait, plus vigilante que des chiens loups.

Soudain, de gigantesques colonnes sont apparues sur ma droite, l’une après l’autre. Elles devaient être là depuis toujours. Regardant leur sommet, je vis qu’elles supportaient des torses de pierre. Mais des pierres vivantes, de redoutables Titans aux pouvoirs éternels. Le malheur du monde venait de là. Quelqu’un s’approcha de moi pour me dire que je devais les affronter. Il revenait à chaque mortel de mener ce combat, et ce devait être mon tour.

Je me suis élevée dans les ténèbres à hauteur du premier colosse, mue par une force inconnue, et j’ai planté sur lui mon regard. Est alors monté du fond de mes entrailles un chant terrible, tout à la fois hululements et modulations fantastiques. Un cri de guerre, époumonant, qui n’en finissait plus. Rugissement, surgissement venu de très loin, venu du fond des âges. Ce chant d’une violence extrême fusait de moi comme d’un volcan, dévorant toute mon énergie, c’était une suite infinie d’abîmes et de cimes, de vocalises gutturales, qui jaillissaient, se fracassaient puis rejaillissaient. Je n’y étais pour rien, c’était une condensation subite des cris de tous les continents. De tous les assassins, de tous les massacrés. Cette fureur, qui me détruisait moi-même, extermina le monstre. Je me taisais maintenant, exténuée de fatigue.

Cette première victoire ne suffisait pas. Il me fallut recommencer l’affrontement un très grand nombre de fois, face aux géants alignés. Le chant reprenait son œuvre, sauvage, impitoyable, de plus en plus violent, et finalement vainqueur. Toute l’intensité de ma vie s’y déployait. Toutes mes forces s’y consumaient.

Au terme de combats innombrables, quand je croyais en avoir fini, on vint me requérir. Il y avait encore d’autres piliers à abattre. Mais je ne pouvais plus. Je n’en peux plus. Ma vie d’un coup s’est consumée. Il arrive que la voix manque.

Francine Ségeste

Extrait de la bibliographie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Franci...

Née en 1935, sœur du poète François Lescun et compagne de l’économiste et écologiste Alain Lipietz, elle fut la cheville ouvrière de la revue d’archéologie Le monde de la Bible jusqu’à sa retraite, tout en poursuivant une intense activité militante et en produisant une œuvre littéraire dont la publication est principalement récente.

Entrée au Parti socialiste unifié peu avant les événements de Mai 68, elle suivit une scission de celui-ci (la Gauche Ouvrière et Paysanne) puis participa à l’animation de la revue Partis-Pris (1978-1984) et au rassemblement Arc-en-ciel, qui la conduisit au parti Les Verts (France), où elle resta active jusqu’à un stade avancé du cancer qui l’emporta. À ce titre elle fut conseillère municipale de Villejuif (2001-2008).

Mais son activité principale se tourna rapidement vers le mouvement féministe. Mère de quatre enfants, elle anima le Groupe Maternité de Paris, et de cette expérience tira le livre Jocaste délivrée sous la signature de Francine Comte.

Elle participa dès l’origine à l’animation du Collectif National pour les Droits des Femmes.

Elégie pour Francine Ségeste.

«  Il fait froid dans cette pièce ils ont dit

Eteignez le chauffage on reviendra demain

Pour préparer le corps

Il fait froid je veux sur elle étendre son châle mais ce n’est plus la peine

Elle n’aura plus jamais froid

Cette couverture sur son corps de morte qu’on a mis

Achetée je ne sais plus où je ne sais plus quand

Et pourquoi je lui mettrais pas son châle

Trente-cinq ans qu’on l’a choisi ensemble

À Vézelay »

un texte d’alain sur son site

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