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M. Georges Bouvet, agent des espaces verts de la ville de Brest est décédé d’un cancer des poumons en 1993

Pesticides, herbicides ont-ils tué, à Brest, un agent communal ?

Sa femme et ses enfants mettent directement en cause l’utilisation de produits phytosanitaires.

vendredi 30 janvier 2004

Mr Bouvet, agent technique chef à la ville de Brest, est décédé d’un cancer pulmonaire, le 15 octobre 1993, en activité (à quelques mois de sa retraite).

En congé de maladie depuis le 3 juin 1993, il avait engagé une procédure au titre de la maladie professionnelle. Mais il est mort avant que puissent être réalisées les expertises médicales qui auraient permis de fixer la date de consolidation et un taux d’invalidité partielle indispensable à l’octroi d’une "Allocation temporaire d’invalidité".

Dans son dossier de déclaration de maladie professionnelle était joint un rapport médical de la médecine du travail du 21 septembre 2003. On s’aperçoit alors que Mr Bouvet a été exposé à différents fongicides, désherbants et insecticides dont certains contiennent des matières actives comme le Lindane, ou le Praquat connues pour leur très grande toxicité. (voir la liste complète en p.s.)

Après son déçès, sa femme avait cependant transmis le dossier à la commission de réforme départementale, qui, dans sa séance du 2 décembre 1993, concluait de la sorte : "affection pouvant relever du tableau 20bis des maladies professionnelles" (exposition à des produits contenant de l’arsenic).

Par courrier du 10 janvier 1994, la ville de Brest demandait à la Caisse des Dépôts et Consignations de statuer sur le dossier. Celle-ci rejetait le dossier jugé incomplet (absences de la date de consolidation et de taux I.P.P.).

Aujourd’hui l’avocat de la Mme Bouvet a procédé à une "mise en demeure" de la ville de Brest.

Cette mort tragique soulève de véritables interrogations sur les conditions de travail dans les serres municipales à une période encore récente, c’est pourquoi il nous apparaît légitime de donner aujourd’hui la parole à la veuve.

Il nous semble tout aussi logique que la ville de Brest , mise en cause, puisse répondre aussi, si elle le souhaite, sa réaction sera donc diffuser aussi sur brest-ouvert.mag.

La mort tragique de Mr Bouvet

Votre mari est mort il y a 10 ans exactement, est-ce que vous pouvez nous rappeler dans quelles circonstances ?

C’est après Brest 1992 qu’il a commencé à dépérir et moi je me doutais qu’il avait un cancer mais je ne le disais pas parce que mon fils pensait qu’il avait la pleurésie. Et puis les bronches, il maigrissait, il avait même dans le cerveau des métastases, partout c’était généralisé. Une fois il est tombé, il me dit : "oh, j’ai trébuché !". Il avait une canne pour marcher alors que lui qui était si sportif, les gens lui disaient : "mais monsieur Bouvet qu’est-ce qui vous arrive ? "

Au mois de juin 1993, à la suite d’une pleurésie on lui a fait des examens et là, on a découvert donc, pas tout de suite, qu’il avait un cancer. Moi j’allais le voir tous les jours là-bas à l’hôpital, il s’étouffait, il crachait du sang aussi mais il se battait vraiment à cet époque. Même quand on allait faire les courses chez Leclerc il disait à tous ses copains : " moi j’ai un cancer mais j’arriverai à m’en sortir " .

Il faisait la chimiothérapie , à peu près toutes les 3 semaines. Il venait à la maison et quand je ne le voyais pas arriver (il était parti chercher des médicaments) je me demandais ce qui arrivait . Et puis un jour il y a eu le téléphone et on m’a dit venez vite : " votre mari ne va pas bien". Mon fils était comme fou, et on descendait la rue Dupuy de Lôme, et j’ai dit ce n’est pas la peine je suis sûre qu’il est mort, j’avais comme un pressentiment.

Mais lui, (le second fils) il était trop jeune, il ne se rendait pas trop compte, c’est maintenant qu’il se rend compte parce qu’ il est jardinier aussi. Oui il est parti trop vite.

A l’époque vous vousêtes interrogée sur les causes de sa mort ?

Lui au moins se doutait que c’était son travail ; quand il était à l’hôpital il faisait des recherches sur les produits qu’il utilisait dans son travail.

Mais à l’hôpital ils ne font que dire qu’ils n’ont pas eu de papiers pour dire que c’était vraiment ça, et pourtant à la Médecine du Travail on faisait des recherches pour mon mari, on me téléphonait même ici pour dire les résultats. L’hôpital Morvan ne peut pas certifier qu’il est vraiment mort de ça ; c’est ce que nous avait dit notre avocat qu’on aurait dû faire une autopsie, mais le jour qu’il est décédé j’ai voulu me jeter dans le trou avec lui, mes enfants m’ont retenue. Si on avait fait une autopsie, non moi je voulais pas à l’époque et sur le moment on ne pensait pas à ça non plus.

Il en avait parlé ?

Oui il en avait parlé, il avait même dit qu’il y avait un monsieur qui était décédé il y a plusieurs années et qu’on avait mis sur le dos de l’alcool et des cigarettes. Mon mari, à la maison, ne faisait que dire que c’était déjà à cause des produits.

C’est lui qui les utilisait le plus quand il y avait des fêtes à Brest, la mairie ou n’importe où. Il partait après 17 heures et c’est là qu’il mettait les produits sur les plantes et soi-disant c’est pas un peu qu’ils en mettaient !

Votre mari autrement il avait une vie tout à fait normale, est-ce qu’il fumait, est-ce qu’il buvait ? Des problèmes de santé ?

Oui il avait eu son problème d’infarctus, il avait arrêté de fumer depuis 23 ans. Il a un début d’ « infarctus », en 73 après son infartus, il avait fini de fumer et il ne fumait plus du tout, parce que là il avait eu chaud à sa vie. Il n’avait pas de bronchite ni rien avant et puis pendant sa dernière année an il a eu des bronchites qui ne guérissaient même plus. Il avait eu aussi un problème en 1976, il avait eu un accident de travail à la mairie, il avait eu 10% d’invalidité pour son dos.

20 ans employé à la serre de la ville de Brest

Il a travaillé combien de temps aux serres de la ville de Brest ?

Il a commencé en Août 1970 à la mairie, il travaillait sur les pelouses et il est parti en 1973 à la serre de Guilers. Il y a travaillé presque 20 ans. Comme il ne pouvait plus travailler dans les jardins, donc ils l’ont mis dans un endroit soi-disant mieux pour lui. Mais ce qui n’était pas du tout vrai, vu qu’il aurait peut-être encore été sur les jardins on peut dire qu’il aurait peut-être été vivant encore aujourd’hui.

Son second fils intervient dans la discussion, il est aujourd’hui lui aussi jardinier à la ville ) :

Moi, j’a été en stage pendant un mois avec mon père. Je l’ai aidé même à porter les plantes, je voyais le gars mettre les produits. Avant de les amener là où elles devaient aller ces plantes on les pulvérisait, et après on les mettait dans le camion. J’aidais mon père à les mettre dans le camion

Votre mari se plaignait des fois quand il travaillait ?

Il vomissait beaucoup, il était quelquefois à genoux à côté des WC et il demandait : "qu’est-ce que j’ai ? Qu’est-ce que j’ai ?". Et moi je disais : "je ne sais pas ce que tu as". Il y avait un autre agent, dans le service c’est pareil dès qu’il travaillait il avait mal à l’estomac il avait envie de vomir et quand il était en congé il n’avait pas de problème.

Donc à votre connaissance il y a aussi d’autres personnes aux serres qui se plaignaient de symptômes ?

Oui, un autre agent a eu un cancer au nez, mais lui a réussi à s’en sortir. Ils lui ont changé son nez et lui ont mis un nez en plastique, mais lui il n’admettait pas que l’on mette en cause la mairie.

Un long parcours administratif et judiaire pour obtenir réparation

Une fois que votre mari est décédé, il y a eu une procédure de reconnaissance de maladie professionnelle ?

Si vous voulez, il devait passer le 15 octobre à 14 heures à Quimper, il devait y avoir aussi un représentant qui était au CCAS.

A cette séance, malheureusement ils n’ont pas pu le mettre en maladie professionnelle parce qu’il était mort avant. Ils n’ont pas pu mettre un taux de pourcentage parce qu’il est mort avant.

Donc après qu’ il y a eu ce caractère de maladie professionnelle reconnu, vous avez tenté d’agir ?

Donc je suis allée d’abord à la FNATH, (NDLR :Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés ), le monsieur de la FNATH, m’avait dit que c’était la faute de la mairie et qu’il n’aurait pas pris le dossier si ce n’était pas ça. Mais cela n’a pas abouti.

Donc il y a eu cette première procédure et après vous en avez fait une seconde ?

Oui on a été voir mon premier avocat qui lui a écrit et n’a pas réussi à avoir la reconnaissance de maladie professionnelle par la Caisse des dépôts ce que mon second avocat a obtenu.

Là maintenant aujourd’hui, en 2003, avec votre avocat vous envisagez de vous retourner vers l’employeur de votre mari, la mairie ?

Je ne veux pas que mon mari ne soit pas mort pour rien ; si vous voulez je ne fais pas de deuil moi, ça fait 10 ans je ne fais pas le deuil.

Un sentiment de colère et d’injustice

Que ressentez-vous aujourd’hui ?

Ah oui, moi je suis en colère. Je vais vous dire franchement ce que je pense c’est j’en veux aux responsables politiques qui n’ont pas voulu faire une serre bio en 76 ou en 80, et donc c’est à eux que j’en veux personnellement.

Ce n’est pas à monsieur le Maire parce que lui je me rappelle quand mon mari avait été le voir pour embaucher mon fils il était tombé sur son fauteuil et lui dit : " mais monsieur Bouvet qu’est-ce que qui vous arrive ! ". Parce que lui il l’avait connu toujours costaud et il avait été suffoqué de le voir, je vous dis il avait maigri de je ne sais pas combien de kilos. Son chef avait beau dire aux employés qui étaient à la serre : "mais vous voyez pas que Georges ça ne va pas du tout avec lui, laissez-le tranquille !"

Mais comme nous on était en surendettement à ce moment-là , mon mari qu’est-ce qu’il faisait ? Eh bien il travaillait tout le temps, il faisait des heures supplémentaires pour qu’on s’en sorte.

Si c’était considéré comme un accident de travail j’aurais du avoir son salaire mais là rien.

Produits phytosanitaires utilisés par Monsieur Bouvet (rapport de la médecine du travail du 21/09/03)

INSECTICIDES  :
- Bombes fumiganteS BLADAFIJM (par contact et inhalation) contient comme matière active du SULFOTEP(classé extrêmement dangereux)

- SULGINE perchloré contient comme matière active du LINDANE (classé extrêmement dangereux)
- LINDAMUL (par contact et inhalation), emploi interdit en serre, contient comme matière active du LINDANE (classé extrêmement dangereux)

- METASYSTEMOX systémique (par contact et inhalation), contient comme matière active du OXYDEMETON METHYL (classé comme très dangereux)

- METHYL BLADAN et PACOL (par contact, ingestion, inhalation) contient comme matière active du PAPATHION METHYL (classé extrêmement dangereux)

- DYSISTON (par contact, ingestion, inhalation) contient comme matière active du : DISULFOTON (classé comme très dangereux)

- TEMIK, systémique, à incorporer au sol, contient comme matière active du ALDICARBE (classé extrêmement dangereux)

DESHERBANTS :

- PRIGLONE(par contact) contient comme matière active du PARAQUAT (classé comme très dangereux)

- SOLNET (par contact) contient comme matière active divers SIMAZINE (classé comme très dangereux)

FONGICIDES : (peu dangereux)

- DITHANE contient comme matière active du MANEBE MANCOZEBE

- VERICUIVRE contient comme matière active du CUIVRE

- ROVRAL contient comme matière active du IPRODIONE

- KARATHANE contient comme matière active du DINOCAP

- CRYTONOL contient comme matière active du OXYQUINOLEINE

- LINOZAN contient comme matière active du ZINEBE

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