Brest ouVert

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" Pas de chance, je suis paysan ! ..."

Marc Pion est devenu éleveur laitier à Saint Sauveur (29) par choix.

Avec une bonne dose d’humour, Marc Pion dénonce le modèle agricole productiviste breton. Mais paysan il a voulu l’être, il l’est aujourd’hui, et pour rien au monde il voudrait ne plus l’être.

Pour Marc Pion, le métier de paysan est le plus vieux mais aussi le plus beau du monde.

Marc Pion :

" Alors que le métier d’agriculteur ne cesse d’être « porté aux nues », je m’interroge. Certes on doit bien admettre que ce métier, un des plus vieux du monde et partagé par une majorité d’humains a de nombreuses vertus.

La première est de nourrir l’humanité et il faut avouer qu’au Nord on a à peu près réussi :
- en quantité (rien qu’à voir le nombre d’obèses ?..),
- en qualité ( rien qu’à voir le nombre de cancers ?),
- en diversité( c’est incroyable ce qu’on peut faire avec un litre de lait et ce qu’on peut trouver comme matières premières dans un steak haché ?.),
- en traçabilité (quand tu manges un oeuf tu peux savoir à quel étage, ans quelle ragée se trouvait la poule qui l’a pondu et si elle a soigné ses hémorroïdes avec un antibiotique),
- en sécurité (les haricots verts « surprotégés par 6 fongicides en culture sont lavés 3 fois dans des bains désinfectants avant d’être surgelés ??)

La deuxième vertu, celle de protéger l’environnement est en passe d’être maîtrisée, du moins en Bretagne. On ne peut qu’être agréablement surpris de voir l’évolution des paysages avec la diminution de ces petits champs sans intérêt et des chemins boueux ne menant nulle part et l’augmentation prodigieuse des champs verts bien alignés de rangs de maïs et de quelques taches de couleur automnales au printemps ??

Comment ne pas apprécier de consommer une eau naturellement enrichie en minéraux (en azote surtout ?) et en substances chimiques (glyphosates ?.) hautement bénéfiques à quelques multinationales ?

La troisième vertu qui est de faire vivre tout un territoire est définitivement réussie dans le Finistère.
En effet comment ne pas s’extasier en voyant en quelques années transformer un millier de petits paysans « pouilleux et rebelles » en un petit industriel aviculteur dédié à vie au poulet de 40 jours consommant du blé ukrainien, du soja brésilien et expédiant son poulet congelé aux algériens.

On pourrait certainement en trouver plein d’autres des vertus, pourtant je m’interroge ?

Car enfin, comparons nous aux autres et là vous verrez c’est pas drôle d’être paysan, prenons le déroulement d’une journée par exemple.

Après avoir pris mon p’tit déj, moi, je n’ai pas la chance de prendre ma voiture pour aller au boulot, je n’ai que 50 ou plus rarement 800 m à faire pour aller chercher mes vaches.
Imaginez ce que je loupe : une demi-heure de voiture à voir défiler les paysages, à écouter RTL, à admirer aux différents arrêts mes compatriotes tous mieux sapés les uns que les autres.

Non moi je subis la même ligne des monts d’Arrée et son ensemble de Roc Trédudon, la petite vallée de la Dourcam à moitié cachée dans la brume d’où s’envolent deux hérons toujours les mêmes avec leurs longues pattes et leur long bec emmanché d’un long cou.

J’suis pas verni, j’vous le dis !!!!!!

Avez-vous pensé que je suis obligé de définir ma journée après la traite des noires et des blanches, et oui je n’ai pas de petit ou de grand chef pour planifier ma journée ?

Quelle prise de tête quand il faut choisir entre une formation avec PARADES (NDLR : réseau agriculture durable) ou avec le GAB (NDLR : groupement des agrculteurs agrobiologiques), une balade au bord de la mer ou dans les monts d’Arrée, une visite chez Alain, ou chez Jean et Chantal, un polard ou un bouquin sur José !

A l’heure du déjeuner mon « compatriote » va trouver facilement un resto sympa où il pourra manger équilibré sans risque de salmonelles et autres saloperies. Moi je devrai aller au jardin arracher mes carottes, ramasser mes petits pois, les préparer, les laver, les faire cuire.

Que dire du poulet qu’il faudra attraper, plumer, vider ?..et qui ne sera pas désinfecté ?

Le soir quand la plupart des gens « s’émotionnent » devant le loft ou star academy, moi je passe mon temps à surveiller mes vaches vêler et à constater bien souvent que, comme d’habitude, la nature est bien faite et n’a pas besoin de moi ?

Je ne vous parle pas du roitelet que je subis à chaque traite, des chevreuils qui me narguent en bouffant l’herbe de mes vaches ??

Tant de choses que n’ont pas à vivre ceux qui ne sont pas paysans.

Je vous le dis : pas de chance ??. Je suis paysan."

Posté le 11 décembre 2003
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Nouveau commentaire
  • Mars 2007
    18:09

    " Pas de chance, je suis paysan ! ..."

    bonjour Monsieur, Seriez vous Marc Pion ayant résidé durant des années à Bourg d’Oisans ? si oui...surprise ...vous pouvez me contacter à l’email : mona.delices@tele2.fr
  • Janvier 2004
    21:35

    > " Pas de chance, je suis paysan ! ..."

    par Françoise QUERE
    Bravo pour cette intervention pleine d’humour agreste ! J’ai beaucoup d’estime pour le paysan que vous êtes et pour tous ceux qui respectent la terre ! Dommage que ce vocable de paysans soit de plus en plus remplacé par celui d’"exploitant agricole" !