Abandon de la plate forme multi-modale de Châteaubourg : l’argumentaire de Marie-Pierre Rouger

Réuni le 30 mars à Domagné, le syndicat mixte d’études de la plate forme multimodale logistique de Châteaubourg a décidé de se dissoudre. Les communes de Châteaubourg et Servan sur Vilaine avaient émis un avis défavorable, la communauté de communes de Vitré également ; Domagné et la communauté de communes de Châteaugiron émettant un avis favorable avec de fortes réserves.
Ce projet, né en 1998 au sein de la majorité départementale présidée par Pierre Méhaignerie (Maire UMP de Vitré), était toujours porté par le conseil général d’Ille-et-Vilaine désormais présidé par le socialiste Jean-Louis Tourenne. Un collectif de citoyens, réunissant près de 300 personnes, s’est constitué pour s’opposer à la nature de ce projet. Il a réalisé un travail considérable et développer un argumentaire qui a fait mouche. Les élu-e-s régionaux verts, septiques sur ce projet, sont rapidement entrés en contact avec le collectif. La présidente du groupe des élu-e-s vert-e-s, Marie-Pierre Rouger, était l’une des représentantes du Conseil régional au sein du Syndicat mixte d’études. Elle est intervenue lundi dernier lors de la dernière réunion du syndicat. Voici son intervention.
Dès le 14 octobre 2005, à l’occasion de l’adoption des statuts du syndicat mixte en session, les conseillers régionaux Verts avaient fait part de leurs craintes, voire de leur désaccord quant à la réalisation de la plate forme logistique de Châteaubourg. En effet, alors que nous étions dans une dynamique du Grenelle de l’environnement, nous nous sommes exprimés contre les hypothèses de scénarii tendance (toujours+, toujours + loin, toujours + vite). Et pour des scénarii Maîtrise (maîtrise de l’énergie, des gaz à effet de serres...) Et c’est là je crois qu’il faut vraiment dire pourquoi ce projet n’étais pas un projet de développement durable :
• Sur la question centrale de la multimodalité : (le transfert du routier sur le ferroviaire ou le maritime afin de diminuer les émissions de GES et la consommation énergétique ; rappelons que le secteur des transports routiers représente 33% des consommations énergétiques et 42% des GES) La localisation de Châteaubourg aurait joué comme un aspirateur à camions pour au mieux desservir les ports extérieurs à la Bretagne ( Châteaubourg est à 3 heures du havre et à 3,5 h de Brest, le port de Lorient étant trop restreint pour la « containerisation ») et au pire pour accélérer le transport routier Européen alors que déjà 92% des marchandises échangées le sont par la route. Il n’y avait donc de complémentarité possible avec l’activité des ports Bretons. On a pu entendre ou lire, ici et là, que ce projet était essentiel pour le Bretagne, pour le Finistère e particulier. A vrai dire il n’y a jamais eu de vision globale pour preuve le projet de plate-forme logistique de ST Martin des Champs dans le Finistère pour l’agro-alimentaire qui serait opérationnelle en 2012 avec une autre plate-forme dans le 35 à Montauban de Bretagne le tout avec une ambition Européenne.... (cf. article paru le 21 mars dans le Télégramme)
• Sur la question du foncier : La Bretagne, grande région agricole, perd chaque année 3600ha de terres agricoles. Le défi alimentaire aujourd’hui n’est pas uniquement le problème des pays du Sud de la planète, c’est aussi le notre. La topographie des lieux était loin d’être un facteur d’utilisation économe des terres et donc préjudiciable au développement local qui ne se résume pas à la logistique.
• Sur l’équilibre économique du projet : Il est utile de rappeler que le développement durable implique un minimum de fiabilité. Dire que l’on prend un pari financier ne me semble pas acceptable et d’autant plus dans la situation de crise globale que nous connaissons aujourd’hui. Tout au moins il n’est pas responsable de parier en l’occurrence et
• sur l’économie (les assurances crédits viennent de décoter le secteur de la logistique)
• sur l’environnement (la réussite du ferroviaire renvoyé à plus tard)
• sur le social : (le nombre d’emplois reposait sur un ratio trop aléatoire)
• Sur la démocratie participative, autre pilier du développement durable, je ne pense pas que les arguments du collectif « Pour une qualité de vie aux portes de Bretagne » n’aient été à aucun moment réductibles à des intérêts particuliers. Je regrette pour ma part et je m’explique mal que l’expression des citoyens logique et nécessaire dans toute démocratie éclairée n’ait pas été entendue à sa juste valeur.
Aujourd’hui nous décidons d’abandonner le projet et la structure qui l’accompagnait ?. Comment repartir sur un nouveau projet ? Pour l’avenir, nous devons définir de nouvelles règles du « jeu ».
Avoir une vision globale et solidaire du territoire régional. Les transports et les déplacements relèvent de la compétence de l’institution régionale. Le CR a voté en décembre dernier les orientations du Schéma Régional Multimodal des Transports et Déplacements basé notamment sur la réduction de 20% des GES et la réduction de 20% des consommations énergétiques. Puisque nous sommes tous des partisans du DD nous connaissons les conditions de notre avenir précisées par le GIEC (Groupement International des Experts du Climat) les émissions de GES doivent décliner dès 2015 si l’on veut cantonner le réchauffement mondial à 2° à l’horizon 2050. Dans l’hypothèse contraire, la catastrophe climatique sera à l’origine d’une catastrophe économique sans limite.
Par ailleurs, de nombreuses études sont en cours au niveau régional sur les ports, les aéroports, le ferroviaire. Une étude globale sur la logistique régionale est en cours et donnera ses conclusions en 2009. Un minimum de cohérence voudrait t que l’on s’appuie sur le résultat de ces études pour engager tout nouveau projet.
Intégrer la règle Européenne de l’Economie de l’Environnement. Une sorte de PIB Vert qui consiste à savoir si une activité économique accroît ou fait baisser la richesse du territoire lorsqu’elle utilise des ressources naturelles ou port atteinte au bien être des habitants du fait des pollutions, des nuisances ou de la baise de la valeur marchande de leur bien immobilier. Je ne crois pas Monsieur le Président que comme j’ai pu l’entendre ici ou là que nous sommes passé à coté d’un rendez-vous avec l’histoire ou alors c’était un RDV avec l’histoire du siècle dernier.
Je crois que le président du Conseil Général souhaite faire de l’Ille et Vilaine le département de l’après pétrole, le Président du Conseil régional souhaite faire de la Bretagne une région d’excellence environnementale. Nous partageons ces ambitions et ces volontés. Mais cela suppose de profonds changements dans nos modes de productions, de consommations. De nouvelles opportunités sont à saisir. Climat et Emplois vont de pair. Pour répondre à ces enjeux, nous aurons besoin de tous et en particulier des citoyens, non pour valider ou invalider nos projets mais pour les construire avec nous et les partager.
Marie-Pierre Rouger Conseillère régionale
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