Participons activement à la déconstruction des 1200 navires qui seront à démanteler chaque année à partir de 2010
L’intervention de Jean Paul Hellequin, président de l’association MOR GLAZ

L’association MOR GLAZ remercie les organisateurs de cette journée, tout d’abord de l’avoir organisée et de nous y avoir conviés. Le sujet que nous allons traiter reste d’actualité plus que jamais. Pour notre part nous allons essayer d’apporter au mieux nos réflexions. De faire en sorte que ces quelques instants soient enrichissants, positifs et constructifs.
Le 8 avril 2006, l’association MOR GLAZ avait organisé une table ronde sur la déconstruction des vieux navires civils et militaires. Plusieurs d’entre vous étaient présents.
Cette table ronde avait été motivée par le retour de « l’ex-Clemenceau » à Brest. Depuis, plusieurs réunions, débats et conférences sur le sujet ont été organisés. Mais, y-a-t-il une vraie volonté de la part des Etats, des armateurs, des administrations et des responsables politiques à vouloir activer une telle filière en Europe, en France et pourquoi pas à Brest ?
L’association MOR GLAZ en doute et sait qu’il faudra convaincre et faire du lobbying pour faire changer les us et coutumes…surtout.
Lorsque la Marine Nationale déclare le 14 avril 2009 « Le problème des vieux bateaux est derrière nous » (déclaration de Sabine RIVAYROL, lieutenant de vaisseau qui est chargée du dossier déconstruction des vieux navires au Service d’information et des relations publiques (Sirpa) de la Marine).
Lorsqu’une convention signée par 66 pays à Hong Kong le 15 mai 2009 (après 5 jours de travaux) est un rendez-vous manqué, un raté pour l’Homme et l’environnement.

Quelques mots sur la flotte marchande mondiale
96% de la flotte mondiale appartient à des armateurs privés. Les flottes militaires et « nationales » ne représentent que 4%. La flotte mondiale c’est aussi un peu plus 90 000 navires de plus de 90 mètres, 1million 850 000 marins recensés, les 4/5 de ces marins sont issus de pays pauvres, ces marins ne dépendent souvent d’aucune convention collective. Nous pouvons rencontrer jusqu’à 8 à 9 nationalités différentes sur le même navire.
La flotte mondiale est immatriculée à plus de 90% sous des pavillons de complaisance ou des dérivés de ces pavillons……qui sont que trop souvent des refuges pour les armateurs, une façon officialisé d’échapper à certaines obligations fiscales et sociales. Les paradis fiscaux et les pavillons de complaisance sont très liés.
L’âge moyen de la flotte de commerce en France est de 7 ans, en Europe de plus de 10 ans et mondial de 12 ans, notons par ailleurs que des navires de plus de 40 ans sont toujours en services, y compris pour transporter des produits dangereux.
Depuis les années 70, le transport maritime n’a cessé de se développer (plus de 500% en 30 ans), 5 Milliards de tonnes de marchandises ont transité par les Océans en 2007, la crise étant un peu moins en 2008.
Pour construire les navires, tous les armateurs mondiaux perçoivent des aides, les chantiers aussi. Les activités maritimes dépendent de l’Organisation Maritime Internationale (OMI). L’OMI aime rappeler que la mer est un espace de liberté, les conventions Internationales servent que trop bien les mauvais armateurs. Les mauvais armateurs ont malheureusement une place encore trop importante dans cette activité qui permet 90% des échanges mondiaux.
Tout ceci pour vous expliquer que, dans un milieu aussi développé, bien organisé et qui dégage de grosses valeurs ajoutées, il faut que les Etats aient le courage d’imposer de nouvelles règles pour déconstruire les navires lorsque ceux-ci deviennent inaptes au commerce, ou en trop grand nombre comme en cette période de crise. L’Union Européenne a un rôle important à jouer, que fait-elle ?
Parce que ce milieu est un milieu particulier, fermé et trop souvent complaisant, peu respectueux des lois, conventions etc.…. des normes doivent être imposées par les Etats aux armateurs, affréteurs, assureurs, sociétés de classifications et à l’Etat du pavillon du navire. L’association MOR GLAZ souhaite que la déconstruction des vieux navires qu’ils soient civils ou militaires devienne par une loi internationale une obligation de déconstruire les navires d’une manière propre respectueuse de l’Homme et de l’environnement.
Les péripéties du " NORWAY " et du " CLEMENCEAU " auront permis à tous ceux qui l’ignoraient de savoir que les navires en fin sont déconstruits de façon artisanale par des hommes qui travaillent dans des conditions d’un autre temps. Chacun doit dénoncer avec force ces manières de faire, y compris par les Etats. « L’ex Clemenceau » est révélateur du manque de volonté de vouloir bien faire, de vouloir montrer l’exemple, de vouloir respecter les engagements signés. Cette activité effectuée dans des pays pauvres ou en voie de développement ne peut plus, « pas », nous satisfaire,
c’est pourquoi :
L’Union Européenne, la France et notre région doivent saisir avec certains ports européens cette opportunité industrielle. Ces chantiers devront se doter de moyens modernes attractifs pour les armateurs internationaux.
La France doit saisir cette opportunité, cette nouvelle activité doit-être une chance pour l’emploi dans un bassin où notamment le secteur de la métallurgie a beaucoup souffert durant ces dernières années. Cette période de crise doit donner à réfléchir, une activité comme celle-là et parce qu’elle est nouvelle peut apporter de l’emploi mais aussi mettre en place de nouvelles technologies, respectueuses de l’Homme et de l’environnement. La France va-t-elle encore cette fois tourner le dos à une activité industrielle ?
Convaincre l’Union Européenne
Nous devons ensemble convaincre l’Union Européenne sur l’implantation des chantiers de déconstruction de navires en France et - pourquoi pas à Brest.
Nous devons gagner pour l’Homme et l’environnement, mais aussi pour Brest.
Notre port doit être le port où sera implanté le chantier de référence pour cette nouvelle activité aux normes sociales et environnementales que nous prônons.
Pour réussir, nous devons faire prendre conscience à tous les acteurs du secteur maritime qu’il faudra désormais prévoir le coût de la déconstruction d’un navire dès sa construction, cela devra désormais être la nouvelle norme internationale pour obtenir les subventions (la convention signée à Hong Kong le 15 mai 2009 par 66 pays est un raté, une occasion manquée une de plus…). Nous devrons faire un lobbying permanent. Nous devrons faire imposer par la loi à tous les armateurs de nouvelles obligations, car la déconstruction des navires ne concerne pas que les navires de l’UE mais tous les navires de tous les pays, et de toutes les immatriculations. Nous devons responsabiliser l’Etat du pavillon.
Le fait d’envoyer ses déchets ailleurs devrait être interdit et sanctionné. Obligeons les Etats à changer les habitudes. Le Grenelle de la Mer devra aussi dicter de nouvelles règles, sociales et environnementales.
Lorsque nous sanctionnons les pollueurs des mers sur notre littoral nous effectuons une bonne démarche pour défendre l’environnement, menons cette démarche hors de nos frontières en traitant nous mêmes nos vieux navires. Ni les Etats, ni les armateurs ne doivent tourner le dos à leurs responsabilités, cela est incompris et immoral envers ceux qui les reçoivent.
L’objectif, de créer un chantier de déconstruction à Brest et ailleurs est ambitieux mais réalisable. Notre débat ne doit pas être un débat de plus sans résultat ni sans suite. Nous devons montrer une volonté si nous voulons que ce projet se réalise.
Si nous voulons lancer de tels chantiers de déconstruction de vieux navires pour être en conformité avec les discours, ces chantiers auront dans les prochaines années, une importante charge de travail car il est prévu la suppression de nombreux navires militaires français.
Pouvons-nous continuer à « stocker » ici et là des navires sur coffre, parfois même dans des sites protégés ?
Ne laissons pas partir en Asie, les 2000 pétroliers à simple coque et autres navires devenus obsolètes ou qui le deviendront suite aux décisions européennes d’imposer les pétroliers et autres navires à double coque. Ce travail peut et doit être effectué chez nous. Participons activement à la déconstruction des 1200 navires qui seront à démanteler chaque année à partir de 2010.
Nous savons qu’il reste du chemin à parcourir pour y arriver.
Le manque de volonté de l’OMI
Une fois encore l’OMI nous montre un véritable manque de volonté pour mettre en place de vrais textes pour imposer un peu de rigueur aux armateurs, aux Etats et à l’Etat du pavillon lorsqu’ils décident d’envoyer les navires à la casse.
L’association MOR GLAZ constate un vrai manque de volonté, peu d’enthousiasme de la part de l’OMI afin de réglementer la déconstruction des vieux navires.
Monsieur Lee Adamson, porte parole de l’OMI évoque dans un communiqué un énorme pas en avant. L’association MOR GLAZ constate un bel effet de manche, un saupoudrage comme sait si bien le pratiquer l’OMI. Les navires pourront continuer à être déconstruits en Inde, au Pakistan, au Bangladesh et ailleurs en toute légalité puisque 66 pays ont opté pour une convention bidon, qui légalise le droit de continuer, comme avant, le droit de ne respecter ni l’Homme ni l’environnement. L’Union Européenne est-elle en harmonie avec cette décision, qu’en pensent les candidats aux élections européennes ; que feront-ils lorsqu’ils seront élus. Par son manque de courage… par son immobilisme pour ne pas bousculer les habitudes, les us et coutumes l’OMI vient une fois encore de nous démontrer que le transport maritime reste une activité où rien ne doit changer si ça dérange. L’OMI vient de donner une nouvelle mauvaise image, des armateurs et de l’activité dans son ensemble.
Je vous remercie de votre attention.
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