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Une politique délibérée, générale et systématique d’espionnage des acteurs et organisations critiques vis-à-vis du nucléaire

Retour sur l’EDF Gate !

par Yannick Jadot, Tête de liste Europe Ecologie ouest

dimanche 24 mai 2009

EDF n’aurait donc pas résisté à la tentation de toute puissance que ses moyens immenses, les nôtres, lui permettent : imposer une seule vérité sur le nucléaire, celle développée par sa direction de la communication. Et, pour cela, tenter de contrôler toute information dissonante, parasiter le travail d’alerte et de construction d’alternatives porté par les associations écologistes, bref empêcher l’émergence d’un débat démocratique sur le secteur industriel le plus dangereux au monde puisqu’il produit à la fois les réacteurs nucléaires et la bombe atomique.

Il est avéré qu’en tant de directeur des campagnes de Greenpeace France de 2002 à 2008 mon ordinateur professionnel a été piraté par une officine spécialisée dans l’espionnage, Kargus consultants. Cet espionnage a été pratiqué pendant plusieurs années dans le cadre de contrats passés avec EDF et visait explicitement les modes d’organisation et d’action de Greenpeace. Selon les auteurs même de l’espionnage, un hacker professionnel et un ancien de la DGSE, le piratage du système informatique de Greenpeace effectué à la demande explicite d’EDF avait pour objectif de créer un dispositif « d’abonnement permanent » permettant à l’entreprise publique d’accéder en temps réels au système de communication de Greenpeace, y compris au niveau international. Certains articles de journaux ont évoqué des pratiques d’espionnage allant bien au delà de l’informatique, infiltration, surveillance…, le patron de Kargus reconnaissant lui-même avoir fouillé les poubelles de Greenpeace pour le compte d’EDF ! Le numéro 2 de la sécurité d’EDF a été mis en examen, après qu’une perquisition au siège d’EDF a permis de découvrir, dans son coffre fort, un Cdrom comprenant la copie de mon disque dur ! Le numéro 1 de la sécurité nucléaire d’EDF est témoin assisté. Il a signé les contrats avec Kargus et toutes les paiements jusqu’à la fin de 2007.

Les éléments du dossier repris dans la presse évoquent très clairement une politique délibérée, générale et systématique d’espionnage des acteurs et organisations critiques vis-à-vis du nucléaire, élaborée et organisée par EDF. C’est pourquoi, avec mon avocat Pascal Durand, j’ai demandé au juge d’instruction la mise en examen d’EDF en tant que personne morale, afin de connaître la chaîne de décision au sein de l’entreprise et, si les faits sont avérés, que soient jugés et sanctionner les responsables. Je ne peux pas croire qu’un ex contre amiral et un ex commandant de police, respectivemen t numéro 1 et numéro 2 de la sécurité nucléaire d’EDF ont agi pendant des années sans avoir reçu d’instructions et sans avoir rendu des comptes. Je ne peux pas croire, qu’à l’image du nuage de Tchernobyl s’arrêtant aux frontières de la France, la stratégie d’espionnage d’EDF se soit arrêtée aux portes de son PDG. C’est pourquoi j’ai demandé, à l’instar de Greenpeace, la suspension immédiate de Pierre Gadonneix, son PDG, responsable en dernier ressort des pratiques de son entreprise. En vain !

Le pouvoir politique, et notamment le ministre de l’énergie, tutelle d’EDF, restent silencieux. Les journaux étrangers qui se sont emparés du sujet s’étonnent toujours qu’en France les dirigeants ne soient jamais contraints d’assumer toutes leurs responsabil ités.

Atteintes à la vie privée, violation des libertés publiques et de la liberté d’expression …ces pratiques de barbouzes sont profondément choquantes et scandaleuses, en particulier quand elles émanent d’une entreprise publique. Elles ne surprennent pas totalement parce qu’elles proviennent d’un milieu très restreint, où des décisions qui engagent l’humanité pour des milliers d’années se prennent à quelques uns, issus d’un même corps d’Etat, celui des Mines, qui contrôle la décision publique, la pratique industrielle et …le contrôle de sûreté des installations. L’arrogance et les pratiques totalitaires sont inhérente s à ce type d’organisation.

Les exemples des dérives nucléaires sont légions : manque d’information ou désinformation délibérée sur les incidents quotidiens dans les centrales et les centres de stockage des déchets, décision unilatérale du chef de l’Etat d’un programme de construction de nouveaux réacteurs nucléaires (en contradiction complète avec la feuille de route du Grenelle de l’environnement qui plaçait la priorité sur les économies d’énergie et le développement des renouvelables, à l’opposé de la voie choisie par l’administration Obama et par nos voisins européens), contrats de pillage de l’uranium au Congo Kinshasa et au Niger, exportations sans aucun contrôle, même parlementaire, des te chnologies nucléaires vers des pays sous dictature, comme la Libye ou l’Arabie Saoudite. Nicolas Sarkozy ne peut pas ignorer la prolifération dramatique qu’ont engendrée les ventes de ces technologies au Pakistan et à l’Iran par Giscard d’Estaing, à l’Irak par Chirac. Il ne devrait pas mépriser les critiques à cet égard de l’Agence internationale à l’énergie atomique et de nos voisins.

J’ai toujours considéré que le nucléaire ne résisterait pas à la transparence démocratique tant ses risques sont immenses, qu’il ne résisterait pas à la transparence financière et industrielle tant son coût est élevé et aberrant. La politique d’espionnage d’EDF confirme que sur ce point au moins nous sommes d’accord !

Les économies d’énergie et les renouvelables, qu’EDF combat tous les jours malgré ses campagnes de pub omniprésentes, offrent de très loin de meilleures solutions énergétiques et climatiques, en respectant l’environnement, en créant des centaines de milliers d’emplois décentralisés, en développant des secteurs économiques dynamiques et rentables !

Bref, le nucléaire n’est pas seulement dangereux, sale et coûteux, il est inutile. Le combat pour la démocratie est le plus sûr moyen d’en sortir. Sur ce sujet aussi, je préfère Obama aux Sarkozy, Berlusconi, Poutine et Ahmadinejad.

L’Europe s’est construite autour du charbon et l’acier. La France voudrait la faire vivre sur le pétrole et le nucléaire. La protection du climat et la paix nous imposent de fonder la communauté européenne des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. C’est le projet d’Europe Ecologie !

Yannick Jadot

Tête de liste Europe Ecologie ouest

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