Si un conflit nucléaire a lieu, c’est l’humanité toute entière qui disparaîtra !
Albert Jacquard, né à Lyon le 23 décembre 1925 (83 ans), est un scientifique et essayiste français. Il est généticien et a été membre du Comité consultatif national d’éthique.
Albert Jacquard consacre l’essentiel de son activité à la diffusion d’un discours humaniste destiné à favoriser l’évolution de la conscience collective.
Il est un des soutiens de l’association Droit au logement. Il est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. Il anime une chronique radiophonique quotidienne sur France Culture. Il est également un défenseur du concept de la décroissance soutenable.
Il était à Brest le lundi 18 mai, il a tenu une conférence à la librairei Dialogues devant une salle archi comble. Voici un extrait de sa longue question, il aborde la question de la "force de frappe" nucléaire, un thème qui prend à Brest une résonance particulière avec la présence dans la ville la force océanique stratégique (FOST), qui représente près de 90% de la capacité nucléaire de dissuasion de la France.

...« C’est le suicide de l’humanité parce que c’est ça qui est en cause, on a fait tout ce qui fallait pour que l’humanité disparaisse. Ca s’appelle un suicide, ça mérite tout de même qu’on en parle et qu’on essaie d’analyser.
Car si l’humanité disparaît la semaine prochaine, dans 7 ans ou dans 60 000 ans, il y a tout de même une interrogation à se poser.
D’abord concrètement, il y a bien sûr des raisons écologiques, tout le monde en parle. De toutes les erreurs que nous avons commises vis-à-vis de la planète, c’est tout de même cette incohérence, entre les ressources que nous donne la planète et les besoins que nous manifestons, qui est en cause, ça s’appelle l’écologie.
Il y a un autre danger, c’est le danger des hommes pour eux-mêmes.
Il y a donc le dialogue entre l’humanité et la planète, on en parle beaucoup. Il y a surtout maintenant, le dialogue de l’humanité avec elle-même. Elle doit s’apercevoir qu’elle vient de prendre tous les moyens nécessaires pour disparaître, le jour où un fou en aura besoin, ou même par accident. Le plus étonnant c’est qu’on en parle jamais. tous les discours, actuellement, en particulier en France, consistent à dire qu’on a failli passer à côté d’un drame à l’époque des "Fusées à Cuba" ou à d’autres occasions. Mais maintenant on en parle plus car on est protégé par la "Force de frappe". Une fois qu’on a dit ça on y pense plus. Nous sommes protégés car personne n’osera nous attaquer. Le dialogue ou le discours s’arrête là. Il suffit d’approfondir un tout petit peu pour s’apercevoir que c’est complètement absurde de s’arrêter là.

Et il y a quelqu’un qui s’en est aperçu, qui était bien placé pour s’en apercevoir, mieux que nous, un Président de la République.
Il se trouve qu’un Président de la République, que l’on commence un peu a oublié en tant que Président, mais qui l’est toujours, Giscard d’Estaing, a été responsable d’appuyer ou pas sur le bouton nucléaire ; il explique les réflexions qu’il a faites à ce propos. Et ça, ça mériterait quand même d’être diffusé.
Or j’ai fait pas mal de conférences, je pose la question systématiquement : "Qui parmi vous a lu le 2ème tome des mémoires de Giscard d’Estaing ?" C’est paru en janvier 1999. Ca en fait un !
On ne va pas ne pas donner de l’importance à un chapitre qui concerne justement les essais nucléaires, pas seulement les essais, l’utilisation des moyens nucléaires.
Que nous dit Giscard ?
Il nous dit qu’il était préoccupé par tout ce que l’on lui disait des drames que pourrait provoqué un conflit nucléaire et il était d’accord finalement que si un conflit nucléaire a lieu même à l’autre bout de la planète, ça peut être une catastrophe pour l’humanité car, un conflit même limité, entraînera la production d’un nuage radioactif qui fera tout le tour de la planète et qui finalement détruira la totalité de l’humanité. Si un conflit nucléaire a lieu, c’est l’humanité toute entière qui disparaîtra. Je crois que là-dessus, pratiquement tout le monde est d’accord.
Il y a même eu des articles dans "Science", etc, qui montraient le renouveau complet de la logique des conflits. Car jusqu’à présent, depuis toujours, on a des conflits où on sait qu’il faut être fort pour résister. Et pour l’emporter dans un conflit, il faut, et c’est presque suffisant, être le plus fort. Donc la recherche de la force, de la puissance est dans la lutte de toujours.
Est-ce que c’est encore valable ?
La réponse est non.
Car même avec une petite bombe, on peut déclencher un système de proche en proche qui fera que pratiquement rien ne restera, si bien que la menace et la vie d’un pays consiste à dire :" Je vais te détruire, mais en même temps je suis conscient que je disparais moi aussi !" Et ça, ça change complètement la logique des conflits.
Malheureusement personne ne le dit sauf Giscard dans ce livre. On peut le trouver dans la librairie... »...
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