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Une interview d’ Isaac Francheteau, Chargé de Relations Publiques, au Quartz, scène nationale à Brest : il présente

« Jardineria Humana » : un spectacle décapant qui dénonce la société de consommation

Rodrigo Garcia, argentin, y met en scène la violence de notre société et des mass media occidentaux

mercredi 4 février 2004
Volontairement provocateur,le spectacle est fait pour choquer et pour réveiller les consciences , pour souligner le manque actuel de communication entre les personnes.

Christian Bucher : Le Quartz programme pour la première fois les 23, 24 et 25 mars 2004 un spectacle théâtral de Rodrigo Garcia « Jardineria Humana », pourquoi ce choix d’une pièce décapante, volontiers provocatrice, susceptible de choquer ?

Isaac Francheteau : Rodrigo Garcia a connu la violence sociale et politique de l’Argentine, puis il est venu en Europe où il a découvert une autre violence, celle de la société de consommation et des mass médias occidentaux.

Il se propose de faire un théâtre politique, très critique sur la société de consommation. Il se situe à la limite du théâtre, en faisant un travail contestataire et dénonciateur.

Pour lui la violence de la société de consommation c’est : la pornographie omniprésente, la malbouffe -ou de la boulimie qui frôle la nausée- l’emprise des marques (la publicité qui devient la culture..), les drogues et les médicaments qui sont supposés apporter plus de performance ou moins d’angoisse.

Son moyen, est donc de faire un théâtre qui choque, un théâtre qu’il décrit lui-même comme « sale ». Certains pourront être choqués par la mise en scène de ce spectacle, parce que l’on y voit un groupe de personnages nus sur un canapé qui jouent des scènes sexuelles. Néanmoins, le Quartz veut présenter ce spectacle, veut en parler et en faire parler, parce que justement nous voulons montrer que la nudité et la sexualité présentes sur la scène ne le sont pas par un fait gratuit. Ces scènes ont un objectif supérieur, il s’agit d’un acte politique.

C.B. : Et cette dénonciation de la société de consommation qui est donc l’axe, l’objectif de ce spectacle, c’est un sujet qui nous concerne tous, nous sommes tous consommateurs ?

Absolument, et d’ailleurs dans la mise en scène, l’on voit des personnages qui reviennent du supermarché avec leurs caddies, se jettent sur les produits alimentaires et se parlent sans jamais réellement communiquer, comme si l’autre n’existait pas. Ce sont des choses qui nous touchent absolument car nous avons tous tendance à agir de cette façon-là.

C.B. : Pour élargir peut-être la question, comment travaille le Quartz pour choisir ses spectacles ? Quelle est la stratégie, la politique adoptée ?

L’objectif du Quartz, et de son directeur Jacques Blanc, est de présenter à Brest ce qui se fait de mieux en France et dans le monde, dans le domaine du spectacle. Le premier critère de sélection est donc la valeur artistique.

Le Quartz est un théâtre populaire et expérimental ; populaire dans le sens où sa programmation est très ouverte et rassembleuse. Expérimental dans le sens où il se crée au Quartz des spectacles « risqués » avec de jeunes créateurs.

L’équipe du Quartz (et en particulier son directeur et son assistante artistique) voyage beaucoup pour aller voir des spectacles partout en France et en Europe. Les « premières » et les festivals font souvent l’objet de déplacements : ces moments permettent parfois de découvrir « de nouvelles têtes », des créateurs émergents..

Grâce à sa politique de soutien à la création artistique, en particulier dans le domaine chorégraphique, le Quartz est maintenant inséré dans une sorte de réseau international d’établissements culturels producteurs de spectacles ou d’événements. Ce réseau fonctionne comme une sorte « d’échangeur » d’idées et d’informations.

C.B. : Vous avez une volonté de toucher le plus grand nombre, surtout vous écartez l’image élitiste de la culture. Comment vous travaillez à Brest pour faire venir les gens au Quartz ?

Cette question est importante parce que les Brestois et les gens de la région de Brest ont bien souvent des idées reçues sur le Quartz.

Ces idées reçues sont souvent des idées erronées : on entend souvent dire que tel ou tel spectacle serait complet, que les abonnés du Quartz occuperaient toutes les places : c’est faux. Le grand théâtre du Quartz offre plus de 1500 places assises ; il est très rare que nous soyons dans l’obligation de refuser du monde.

C.B. : Le Quartz est un théâtre ouvert qui se distingue par une programmation très diverse des spectacles.

Il y en a vraiment pour tous les goûts, de l’art lyrique au hip-hop, de la Comédie Française aux performances les plus « déjantées »..

Une autre idée reçue est que le théâtre serait fermé par nature à la jeunesse. On caricature souvent le théâtre comme un art « pour les vieux », un art désuet qui n’aurait pas su saisir les changements du monde : un art que le cinéma d’abord, la télévision et la publicité ensuite, auraient ringardisé. Là encore, l’étude de la fréquentation du Quartz apporte un démenti très net : avec plus de 2000 lycéens abonnés dans notre dispositif avant-scène, avec 1500 abonnés individuels âgés de moins 26 ans (l’abonnement « Plume »), les jeunes représentent plus d’un tiers des abonnés du Quartz.

Enfin, une dernière idée reçue est que le théâtre serait cher : c’est vrai et faux à la fois. Malgré les subventions importantes qui sont accordées à l’établissement culturel, le prix d’une place de théâtre reste en moyenne autour de 15€. D’un autre côté, cependant, certains spectacles sont accessibles gratuitement, tandis qu’une partie importante de la programmation est proposé au tarif unique de 6€.

En réalité, notre politique tarifaire cherche à favoriser la fréquentation du théâtre par certaines catégories de la population, qui en est d’habitude exclue. Cela veut dire que nous essayons d’attirer d’autres personnes que des gens qui auraient une expérience théâtrale poussée, soit par une gamme de représentations artistiques variée, soit par des aménagements tarifaires importants en faveurs des personnes en difficultés financières. Les groupes également peuvent, sur certains spectacles, bénéficier jusqu’à 50% de réduction.

Nous travaillons également sur le terrain avec des associations ou des groupes, afin d’expliquer les œuvres présentées et convaincre ainsi toutes ces personnes à venir au Quartz.

Il faut savoir que Le Quartz travaille beaucoup avec le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de Brest, avec les associations caritatives, telles que le Secours Populaire, le GPAS et d’autres encore, pour justement faire venir les personnes qui ont trop souvent le moins accès à la culture.

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