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Epidémie de grippe aviaire et la concentration des élevages en Bretagne

Pour les Bretons, la grippe aviaire (ou grippe du poulet)qui touche une dizaine de pays en Asie, est une bien mauvaise nouvelle. Les Verts ont le devoir de le leur rappeler, en proposant les solutions durables qui permettront, un jour, d’éviter le pire.

Sur les dix pays frappés par le virus, en Asie, seuls deux d’entre eux - la Thaïlande et le Vietnam - ont fait état d’une transmission à l’homme. Aujourd’hui, le nombre de décès confirmés des suites de la grippe aviaire, s’élève à 17, dans ces deux Etats, depuis début décembre.

Mais qu’en sera-t-il demain ?

Certains spécialistes évoquent déjà, en cas de mutation du virus en une forme qui faciliterait la transmission inter-humaine, le risque d’une pandémie semblable à celle qui fit 20 millions de morts en Europe (et peut-être une quarantaine de millions à l’échelle du monde), en 1918, deux fois plus que la guerre mondiale qui venait de s’achever.

La cause de l’épizootie de grippe aviaire en Asie, est évidemment à chercher dans le développement de l’élevage hors-sol : un pays comme la Chine, par exemple, élève à lui seul près de 8 milliards de poulets !!!

Les risques sanitaires, qui ne doivent pas faire oublier les risques environnementaux, associés à ce type de production sont connus :
- la résistance aux antibiotiques, conséquence d’un usage systématique en tant que facteur de croissance, régulateur de stress et traitement préventif et curatif dans les élevages

- les risques cancérigène et neurologique associés à l’absorption de viandes contenant des résidus hormonés

- le risque épidémique que font peser les élevages concentrationnaires, notamment de volailles, tant il est vrai qu’ils peuvent induire des pathologies susceptibles de se transmettre à l’homme (et on en a malheureusement une nouvelle preuve en Asie, actuellement...).

Le problème asiatique est préoccupant. Et on sait pourquoi. Pour autant, combien de voix s’élèvent aujourd’hui, en France, notamment en Bretagne, pour dénoncer les risques sanitaires associés à l’élevage hors-sol, dans notre région ?

Le Docteur Lylian Le Goff, membre du réseau Cohérence et pilote de la mission biotechnologies de France nature environnement, nous a rapporté l’autre jour, à Quimper, la conclusion des XIIe Rencontres européennes sur la grippe et sa prévention, qui se sont tenues à Biarritz, en septembre 1998 :

Avec ses 12 millions de porcs, ses 500 millions de poulets , ses 10 millions de canards - et ses 3.000.000 d’habitants - La Bretagne réunit toutes les conditions pour donner naissance à un nouveau virus grippal, qui pourrait être aussi dangereux (forte contagiosité, virulence, taux de létalité élevé, extension géographique) que celui de la grippe "espagnole" qui, en 1918, fit plus de 20 millions de morts, rien qu’en Europe.

Cette épidémie pourrait venir de Grande Bretagne, de Belgique, des Pays-Bas, du Danemark, d’Allemagne, d’Espagne ou de Chine ; cependant, la région armoricaine présente la particularité de rassembler des conditions d’élevage à un degré maximal sur un espace réduit (27.000 km2), ce qui en fait une niche écologique idéale pour l’émergence d’un tel virus.

En théorie, les virus de la grippe sont spécifiques à chaque espèce ; en fait, l’observation enseigne que les virus peuvent passer d’une espèce à l’autre et engendrer des virus hybrides qui tiennent à la fois du virus humain et du virus aviaire. Un hybride peut être très pathogène pour les populations humaines : comme elles ne l’ont jamais rencontré, elles n’ont pas d’anticorps pour le neutraliser.

Toutes les pandémies (épidémies à l’échelle mondiale) qui ont sévi au cours des cent dernières années ont été provoquées par des virus hybrides issus de souches humaines et aviaires (c’est-à-dire provenant du poulet), dont le creuset était sans doute le porc, écrit le Dr. Manuguerra. Or, ces virus de type A ont tous resurgi, avec la régularité d’un métronome, de soixante à soixante-dix ans après leur manifestation.

Logiquement, le virus H2N2 (responsable de la pandémie de 1889) pourrait resurgir dans les années 2010 ou 2020. En fait, il y a même de fortes chances pour que cette pandémie se manifeste plus tôt, car les conditions agronomiques (concentrations d’animaux) n’ont jamais été si favorables à sa manifestation.

Pendant les années où ces virus ne sévissent pas, ils restent à l’abri dans des animaux réservoirs, les oiseaux aquatiques, en particulier les canards sauvages et domestiques. Et il est impossible de prévoir d’avance quand ressurgira le virus.

Des chercheurs du Centre national d’études vétérinaires (CNEVA) à Ploufragan (Côtes d’Armor) sont chargés de surveiller les 8.000 élevages industriels de porcs et les 5.000 exploitations avicoles de Bretagne.

Si une pandémie survenait, que ferait-on ?

À vrai dire, pas grand-chose, car les problèmes qui se poseraient n’ont jamais été traités à l’échelon international répond le Pr. Dubois.

A partir du moment où l’on disposera de la souche virale, on ne pourra vacciner la population qu’au bout de six mois, le temps de préparer le vaccin estime Sylvie van der Werf, chef de l’unité de génétique moléculaire des virus respiratoires à l’Institut Pasteur. Et qui vacciner en priorité ? Les scolaires, les personnes âgées, les patients souffrant du diabète ou d’une maladie cardio-vasculaire ? Sans compter les éventuelles ruptures de stock du nouveau vaccin qui pourraient survenir.

En cas de pandémie, on risque donc d’assister à une pagaille indescriptible, conclut celle-ci.

C’est pour empêcher cette pagaille, et peut-être la mort de millions de personnes, en Bretagne et ailleurs, à un moment ou un autre, qu’on peut, dans le contexte de l’épidémie de grippe aviaire en Asie, rappeler aux Verts bretons l’obligation d’aborder ce sujet, au cours de leurs campagnes électorales.

Faire (enfin) de la qualité et non plus de la quantité en matière d’élevage est la solution durable à ces épizooties qui forment, au final, comme une épée de Damoclès au-dessus de l’espèce humaine.

D’après un mél de Bruno Plouzennec

Posté le 10 février 2004 par Bruno Plouzennec
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Nouveau commentaire
  • Février 2004
    21:44

    > Epidémie de grippe aviaire suite

    par Stéphane Prost

    Merci pour l’analyse et l’info ; on ne pourra plus dire qu’on ne savait pas.

    Juste une remarque, on accuse toujours les écolos de faire du catastrophisme mais bien souvent la réalité rattrape la fiction voire dans e cas du poulet la dépasse.

    Dans tout les scénaris, on a prévu les catastrophes venus de virus Africain comme ebola ou autres, on a oublié la férocité du poulet.