Guy Hascoët demande le rejet de l’enquête sur le démantèlement de la centrale nucléaire de Brennilis
Ce matin (jeudi10 décembre) , Guy Hascoët, tête de liste de Europe Ecologie Bretagne est allé à Loqueffret(29) déposé ses conclusions pour le rejet du dossier EDF pour le démantèlement accéléré du coeur de la centrale de Brennilis.

Le démantèlement : la partie immergée de l’iceberg
Depuis quarante ans, on entend dire que l’ensemble du cycle industriel du nucléaire est parfaitement maîtrisé, y compris la gestion des déchets et le démantèlement des centrales. Mais il faut bien le constater à la lecture du dossier de consultation : bien des zones de flou demeurent. Bien entendu, je ne peux qu’être favorable à la disparition de cette verrue plantée au milieu du paysage qu’est désormais le dôme du réacteur, surtout dans ce magnifique site de Brennilis. Mais le démantèlement ne doit pas se faire dans la précipitation et il ne doit pas se faire en mettant en danger la sécurité des personnes. Je souhaite donc exprimer une série d’observations et d’interrogations.
1. Dans l’hypothèse proposée par l’industriel, les habitants, les travailleurs ainsi que l’environnement sont inutilement exposés à un risque élevé Il est par exemple impensable que 10 000 tonnes de matériaux radioactifs soient mis en circulation sur les routes sans que l’on sache précisément comment ils vont être transportés.
Comment être certains que des éléments semi liquides ou semi solides ne laisseront échapper aucune radioactivité sur les trajets ?
La question des conditions de travail des personnels des sociétés sous-traitantes qui interviennent sur les réacteurs du parc français doit aussi être posée. Le phasage des opérations envisagé par EDF implique d’exposer ces personnes à des degrés de radiation très élevés. Quelle raison valable est apportée qui justifie de mettre ces salariés ainsi en danger ? A la lecture du dossier, ces questions restent sans réponse. Mais nous avons des certitudes. Ce dont on est sûr, c’est que la centrale de Brennilis a causé par le passé des pollutions radioactives dans son environnement immédiat et dans la nappe phréatique, sans que les habitants en soient informés. Si le démantèlement était engagé demain, il est certain que les risques d’irradiation et de contamination monteraient en flèche. Les avantages et inconvénients d’un scénario de démantèlement différé doivent donc être examinés sérieusement. Dans tous les cas, la sécurisation du site pourrait passer par la création d’un bassin de décantation pour limiter les risques de contamination de l’environnement.
2. Où et dans quelles conditions seront stockés les déchets ?
Les destinations des différents déchets restent une inconnue. Pour les déchets de faible activité des stockages en plein air sont actuellement pratiqués dans deux sites à l’est de la France. A l’heure où nos déchets sont retrouvés stockés en plein air à proximité de zones d’habitat en Russie, la question du devenir des déchets ne saurait donc être traitée de façon hasardeuse. C’est pourtant bien le sentiment qui prévaut à la lecture du dossier.
Les 10 000 tonnes de déchets radioactifs qui seront produits par le démantèlement de la centrale de Brennilis ne semblent pas avoir à ce jour de destination connue, le site de l’Installation de Conditionnement et d’Entreposage de Déchets Activés (ICEDA) n’étant pas encore sorti de terre. Une réponse crédible doit être apportée de toute urgence à cette question cruciale.
3. Quel sera le vrai coût du démantèlement ?
Le dossier proposé ne comporte pas suffisamment d’informations sur le coût du démantèlement. Cependant, les prévisions évoquées de deux milliards d’euros au total permettent de souligner que l’opérateur retient les hypothèses hautes de coût de démantèlement du parc, rejoignant en cela les prévisions de nos voisins (Royaume-Uni ou Allemagne).
Un tel coût pour un réacteur de 70MW augure mal du dossier global de la gestion de tous les réacteurs nucléaires français en fin de vie. Il serait nécessaire que le dossier confirme par ailleurs l’engagement de l’exploitant à assumer l’intégralité du coût du démantèlement.
4. Que cache la précipitation coupable dans laquelle l’industriel entend mener le démantèlement ?
La solution retenue dans le dossier de mener le démantèlement sous 10 ans s’explique vraisemblablement par la volonté de l’industriel de pouvoir convaincre des clients potentiels que la totalité du cycle industriel d’une centrale est maîtrisé, démantèlement y compris. Il semble donc que la poursuite d’intérêts commerciaux soit privilégiée aux dépends des garanties en termes de santé publique, de sécurité des travailleurs et de préservation des écosystèmes. Par ailleurs, les propos entendus en réunion publique, affirmant qu’EDF bénéficie d’un retour d’expérience aux Etats-Unis sur le démantèlement de plusieurs réacteurs de taille importante, ne sont pas de nature à assurer que l’industriel dispose de savoir-faire confirmés dans le domaine. Cette opération de déconstruction est bien une première.
La prudence voudrait donc que le site comme les habitants soient protégés en priorité et que le démantèlement ne soit entrepris qu’une fois établie une vision claire et partagée d’un chantier dont les risques ne peuvent être laissés à l’improvisation. Par conséquent, il est indispensable que l’industriel propose un nouveau phasage des opérations qui permette de garantir un risque minimum.
5. L’information donnée sur le projet manque cruellement de transparence
Pour anticiper et réduire les risques, la transparence totale sur l’ensemble des donnés recueillies est un impératif. Or, à la lecture du dossier présenté par l’industriel on peut constater que les conditions de stockage, le suivi des aquifères, l’évaluation des rayonnements alpha, bêta, gamma sur le site sont laissés à la seule appréciation des autorités nucléaires elles-mêmes. On connait pourtant leur grande culture de transparence, le Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI) en tête, puisqu’il est impliqué dans tous les épisodes de mensonges liés à la filière nucléaire. La Commission Locale d’Information dresse les mêmes constats et pour autant donne un avis favorable… comme d’habitude le chèque en blanc semble l’attitude retenue par les responsables qui y siègent. Il est indispensable que les collectivités locales puissent disposer d’un suivi indépendant de l’ensemble du projet de démantèlement.
En conclusion : je m’associe donc aux habitants et aux associations pour demander l’organisation d’un grand débat public sur l’opportunité d’un démantèlement complet immédiat, et au-delà d’un débat national sur la question plus générale du démantèlement des centrales nucléaires. ÿ Pour permettre un tel débat dans la sérénité, je demande à la Commission d’enquête de rendre un rapport défavorable à l’autorisation de démantèlement de l’installation nucléaire du site des monts d’Arrée à Brennilis.
Enfin, je demande qu’un nouveau dossier de consultation soit constitué, qui présente en détail des scénarios alternatifs au démantèlement immédiat, afin que tous aient accès aux mêmes informations dans la transparence.
Dossier déposé le jeudi 10 décembre 2009 à la Mairie de Loqueffret.
Guy Hascoët
Tête de liste d’Europe Ecologie Bretagne
Ancien Ministre

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[...//...propos entendus en réunion publique, affirmant qu’EDF bénéficie d’un retour d’expérience aux Etats-Unis...//...]
D’ailleurs, comment le pourraient-ils, de profiter ainsi de l’expérience des concurrents directs de l’EDF ! Auraient ils encore usités de la bienveillance de certaines officines de surveillances !


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